mardi 17 octobre 2017

Maroc-Algérie : Ghardaïa ou la poudre aux yeux

En ce mois sacré de Ramadan, nous jeûnons, certes, mais ce n’est pas ce qui rend difficile notre compréhension du récent drame de Ghardaïa. Ce qui brouille notre compréhension, ce sont les explications données par les responsables d’Alger et leur presse à cette tragédie.
D’abord et avant tout, nous revendiquons notre droit à tenter de comprendre ce qu’il se passe à Ghardaïa. La légitimité de ce droit ne nous vient pas seulement de la profession que nous exerçons. Autrement dit, il n’est pas nécessaire d’être journaliste ou militant politique pour avoir le droit de s’intéresser à un drame, où qu’il se produise, y compris en territoire algérien.
La presse algérienne qui reproche au Maroc et aux Marocains de «fourrer leur nez» dans les derniers événements de Ghardaïa, ne peut pas feindre d’ignorer que le monde -qui était, depuis longtemps déjà, «un village planétaire»- est devenu, avec les réseaux sociaux, un «forum planétaire» où tout évènement est suivi et commenté, librement et en temps réel par tous les citoyens du monde !
Curieux reproche, du reste, venant d’une presse qui a fait du suivi des affaires du Maroc sa principale et obsessionnelle activité… Mais ce n’est pas là le plus important…

Ce qui légitime encore plus l’intérêt des Marocains pour les affrontements de Ghardaïa qui ont fait plus de 20 morts, ce sont les accusations d’y être mêlés qui ont été proférées à leur encontre par le pouvoir algérien et abondamment relayées par la presse affidée du pouvoir.
Premier à dégainer, le premier ministre, Abdelmalek Sellal, qui s’est fendu de déclarations mi-officielles, mi-confidentielles, désignant un «pays frère» -clairement le Maroc- comme étant à l’origine de ces affrontements ; suivi d’Ahmed Ouyahia, ministre d’Etat et directeur de cabinet à la Présidence, qui a à son tour pointé «la main de l’étranger», la presse algérienne se chargeant d’expliquer que cette main était marocaine… Généralement, les responsables algériens ne s’expriment pas directement sur leurs différends avec le Maroc. Ils laissent leur presse le faire à leur place. Le mécanisme est rodé depuis des décennies. Mais les événements de Ghardaïa sont trop graves. L’enjeu est trop important. Il fallait donner de la voix pour accréditer la thèse de «l’ennemi extérieur». C’est ce que les deux responsables ont fait, donnant le tempo à tous les affidés qui se sont ensuite déchainés. Le Maroc en a pris pour son grade, avec les accusations les plus cocasses. Ainsi, on a pu lire que le Maroc entraînerait sur ses terres les manifestants de Ghardaïa (ici, l’Algérie qui sait ce qu’elle fait avec les séparatistes du Polisario généralise son cas) ; que le Palais royal marocain financerait de ses propres fonds (sic) les rebelles ; que le Maroc a intérêt à déstabiliser Ghardaïa pour libérer le passage de sa drogue vers Israël, via Ghardaïa, puis l’Egypte (si, si, c’est écrit dans la presse algérienne !)… On en rirait si ce n’était à ce point affligeant.
Mais le Maroc n’a pas été le seul «ennemi extérieur» mis en cause. S’échinant à rejeter les torts sur l’étranger, Alger –par l’intermédiaire de sa presse et de quelques-uns de ses hommes politiques- a aussi accusé d’implication dans les troubles de Ghardaïa, la France, la coalition internationale contre Daech, la coalition arabe contre les Houthis du Yemen, ainsi que Bernard Henri Levy qui aurait comploté contre l’Algérie lors de réunions secrètes tenues en Tunisie…
Passant de la victimisation à l’autoglorification, les porte-voix du pouvoir algérien soutiennent que l’Algérie paierait pour son non-ralliement aux causes que défendent ces différentes parties…
Hélas, toutes ces accusations essentiellement destinées à l’opinion publique algérienne, devant laquelle le pouvoir d’Alger entretient le mythe de «l’ennemi extérieur» et plus particulièrement de «l’ennemi marocain», ne changeront rien à la réalité. Et la réalité, amère, est celle d’un conflit algéro-algérien ; celle d’une région qui couve un conflit intercommunautaire entre Mozabites ibadites et Arabes Malékites depuis plus de 30 ans, mais que le pouvoir central, occupé par ses divisions internes, a totalement négligée, n’utilisant que la force et la répression quand le foyer de tension menace de s’étendre au reste du pays.
Essayer de comprendre ce qu’il se passe aujourd’hui à Ghardaïa, c’est essayer de comprendre ce qu’il se passe au cœur du pouvoir algérien dont les principaux protagonistes se tiennent par la barbichette, tandis que dans cette fin de règne des contemporains de Boumédienne, se livre une guerre sans merci par clans interposés.
Tout le reste –et notamment les campagnes contre le Maroc- n’est que poudre aux yeux !

Bahia Amrani

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2 Commentaires

  1. Intéressez vous plutôt à ce qui se passe à Gaza que votre mokoko 6 et votre gouvernement tentent d’ignorer! Le peuple algérien est assez mûr pour régler ses problèmes en famille. Nous n’avons pas besoin d’intrus. Continuer à vous prostituer chez lez bédouins du Moyen Orient en participant à une guerre qui ne vous concerne nullement pour quelques Rials et la mort de vos soldats.

  2. L image de ce pays est terni par cette bande d ignorants qui se sont accapare le pouvoir depuis l’indepance que le Maroc leur a facilité.
    Les choses vont brutalement changés dans ce pays aux alllures de MIckey.Tout ne tient qu’au revenu du prix du baril de pétrole.
    Les moyens de la perversion vont d’immunier,et Aida abondannera ses AAouaiidha.
    Même le peuple est devenu soumis,quémande,pleurniche sur son sort,n’arrive même pas à faire déguerpir une bande d’handicapée,physique,et morale.
    Les histoires termineront avec ce pays dés 2016,constater avec moi que ce pays va mal et n’arrive pas à se diriger avec ses institutions vers le progrès et la modernisation.
    *le schéma esthetique urbain chaotique,pas d’architectes compétents voir inexistant.
    *l’industrie ,l’agriculture,le tourisme et autres ont été saccagé par incompétence et l’ignorance et d’un naïf en mal d’orgueil.
    La descente à l’ enfer est déjà enclenché .
    Rendez vous pris en 2016.

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