samedi 16 décembre 2017

Ramadan : L’année des pique-niques

Ftor au bord de l eau

Cette année, pendant le Ramadan, une sorte de nouvelle «mode» a gagné plusieurs tranches de la population et, la canicule aidant, cette «mode» continue de prendre de l’ampleur. Elle consiste, pour les familles, comme pour des groupes de jeunes, d’emporter son Ftor soit au bord de la mer, soit dans les rares espaces verts et de rompre le jeûne dans la nature…

C’est l’année des Ftors-pique-niques. Une vraie mode observée au Maroc. Le retour de la traditionnelle «Nzaha» si chère aux Marrakechis, mais appliquée au Ramadan.
Il est vrai que ce Ramadan 2015 coïncide avec l’été… Et même avec plusieurs jours de canicule. Mais le Ramadan de l’année dernière et celui de l’année d’avant, aussi, coïncidaient avec l’été, voire avec des températures plus élevées.
Ce n’est donc pas seulement la chaleur qui explique cette nouvelle «mode» de Ftors-pique-niques.
C’est la découverte d’un plaisir partagé par les familles ou les amis, qui est en vogue.

Les MRE, les premiers ?

Selon Aïcha, qui en est à son 3ème pique-nique au bord de la mer, l’idée serait née au sein des familles qui accueillent leurs proches, vivant à l’étranger. «Ce sont les familles qui reçoivent les MRE (Marocains résidents à l’étranger) qui ont été les premières à venir à la plage pour prendre leur Ftor. Hommes, femmes, enfants, ils ne venaient pas pour prendre le Ftor dans les cafés de la plage, mais sur le sable, au bord de l’eau. Aujourd’hui encore, la plupart des gens qui rompent le jeûne sur notre plage sont des MRE. Ils apportent tout. Ils dressent les tables, posent les chaises et les serviettes. Et ils alignent les plats, les crêpes, la soupe, les œufs, les dattes… Tout ! Pour les MRE qui viennent voir leur famille pendant le Ramadan, c’est ça la vraie fête. Après le Ftor, ils jouent, ils se baignent, ils chantent… Nous, quand on a vu ça, on a eu envie de faire pareil. On a essayé et c’est formidable ! D’ailleurs, on n’est pas les seuls. Plusieurs familles s’y sont mises elles aussi», raconte-t-elle.

Les jeunes aussi

Pour Ismaïl, peu importe qui a commencé. Mais il est presque sûr que ce sont les jeunes qui ont répandu cette mode. Il explique: «peut-être que les MRE font ça aussi, mais c’est avec nous, les jeunes, que les Ftors-pique-niques sur la plage se sont multipliés. On a trouvé l’idée sympa. Comme c’est Ramadan et qu’il n’y a ni alcool, ni voyous, les parents sont plus tranquilles. Ils nous laissent prendre notre Ftor entre copines et copains et pour nous, c’est super ! On se met d’accord. Chacun apporte quelque chose de chez ses parents, un la soupe, l’autre les crêpes, un troisième, les œufs, le fromage et le pain… Et ainsi de suite. On apporte même des tajines ! …Sans oublier les sodas… Et on passe de belles soirées à rigoler. Après le Ftor, on n’a plus besoin de courir pour se retrouver et chercher où aller, on reste sur place, au bord de la mer et on y est très bien. Parfois, d’autres se joignent à nous. On se sent libres, juste entre jeunes !».
Sa sœur, Leïla, aussi, a été appelée par ses amies pour participer à un Ftor-pique-nique. «Elles m’ont dit qu’elles allaient prendre le Ftor sur la plage, de venir et d’apporter quelque chose à manger pour six. J’aurais bien voulu, mais j’ai ma deuxième session du bac. J’ai raté la première en juin. Pour mes parents, il est hors de question d’aller où que ce soit avant cette session de rattrapage. D’ailleurs, moi non plus je n’ai pas le cœur à passer des soirées festives alors que j’ai un examen cette semaine», confie-t-elle, une moue au coin des lèvres.

Le moindre espace vert…

Il n’y a pas que les plages qui soient prises d’assaut par les familles qui ont goûté au plaisir des pique-niques de rupture de jeûne. Les citoyens qui, soit résident dans des villes non littorales, soit préfèrent le centre-ville, profitent du moindre espace vert. Le Maroc, hélas, en manque et c’est souvent l’espace public (une fontaine, un bout de gazon, etc) qui est squatté par des familles entières venues se rafraîchir et s’offrir une évasion… Mina, son mari et leurs trois enfants en bas âge, ne prennent pas le Ftor dehors, mais ils sortent tous ensemble après la prière du Taraoueh que le mari effectue dans la mosquée du quartier et, munis de lait, jus et gâteaux pour les enfants, ils passent leurs soirées dans un jardin public. Mina: «On ne peut pas prendre le Ftor dehors, mon mari a ses petites habitudes. Il lui faut ses sardines frites, ses deux verres de café après la rupture du jeûne. Et nos enfants sont trop petits. Il faut les couches et le biberon pour l’un, une surveillance continue pour les deux autres. C’est toute la maison que je devrais déménager… Et je dois tout faire en surveillant les gosses. Ce n’est pas possible. A la maison, l’espace est clos. Ils ont leur coin. Je ne crains rien. Walakine, nous n’aimons pas rester enfermés chez nous. Surtout par cette chaleur. Alors, on sort après les Taraouih. Le frère de mon mari et sa petite famille aussi. On se retrouve et on reste dehors jusqu’à ce que les enfants soient fatigués. On vient dans ce jardin public parce qu’il a des bancs où nous, les femmes, on peut s’asseoir pour regarder les petits jouer et permettre aux bébés de se tenir debout de temps en temps. Les hommes, soit se promènent pas loin, soit jouent aux cartes. Nous n’avons pas la mer, mais de plus en plus de gens piquent-niquent la nuit. Il faut voir… Il y a vraiment foule. Le moindre espace vert est occupé !».

Ramadan s’adapte aux vacances

Le fin mot revient à Abderrahim, étudiant en sociologie qui pique-nique régulièrement avec ses amis à Mehdia: «Ces Ftors et ces soirées-pique-niques, entre amis et/ou membres de la famille, c’est un peu un avant-goût de vacances. Nous, les Marocains, on est de bons vivants. On trouve toujours le moyen de rendre les choses agréables. Ramadan tombe avec les vacances ? Eh bien Ramadan s’adapte aux vacances !».

KB

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