samedi 16 décembre 2017

Faut-il avoir peur du PJD ?

Benkirane vote septembre 2015

Les scores réalisés par le PJD (Parti Justice et Développement) aux élections communales et régionales de ce 4 septembre ne souffrent aucune équivoque. Le parti dirigé par le chef de gouvernement, Abdelilah Benkirane, est le grand gagnant de ces élections. Il a obtenu le plus grand nombre de voix aux «Communales» ; réalisé un triomphe aux «Régionales» ; conquis les principales villes du pays –y compris Fès dont il a détrôné l’Istiqlal et son chef, l’«ennemi juré» Hamid Chabat ; consolidé, sinon étendu, son ancrage social dans les zones urbaines…
Ses adversaires politiques en sont restés sans voix !

Les critiques formulées contre le PJD depuis son arrivée aux affaires n’y ont rien fait ; les railleries contre Abdelilah Benkirane, son populisme et ses écarts de langage non plus. Force est de l’admettre: C’est bien la victoire de l’homme et de son parti que ces élections ont consacrée.
Faut-il alors avoir peur de cette victoire ? Faut-il y voir une lame de fond des Islamistes qui risque de conduire progressivement le Maroc vers la tant redoutée radicalisation ?
Beaucoup le craignent. Abdelilah Benkirane a beau rassurer sur le référentiel de son parti. «Nous ne sommes pas un parti islamiste, nous sommes un parti politique», avait-il dit récemment. Ceux à qui le PJD fait peur pensent que derrière cette vitrine accommodante se cachent –et s’activent- les «purs et durs» du parti (notamment les ultra-conservateurs du MUR, Mouvement Unicité et Réforme) ; ceux qui prônent toutes sortes d’interdictions et d’atteintes aux libertés individuelles et qui attendent une plus grande mainmise sur le pays pour réaliser leurs objectifs.
D’autres, au contraire, estiment que le PJD est un rempart contre la radicalisation. En jouant le jeu politique et en donnant de l’espoir aux couches sociales pauvres, conservatrices et très critiques à l’égard de la gouvernance publique, il empêche de larges pans de la population de basculer vers le radicalisme, voire le terrorisme. Pour ceux-là, le raz de marée islamiste n’est pas le fait du PJD, mais de l’évolution actuelle des sociétés arabo-musulmanes de par le monde. Le PJD ne fait que surfer sur cette vague, aidé en cela par son référentiel islamiste.
On voit là se profiler le débat qui a enflammé l’opinion publique tous ces derniers mois, à l’occasion des affaires relatives aux libertés individuelles (jeunes filles agressées à Inezgane, harcèlement d’homosexuels à Fès et ailleurs, interdiction de bikinis sur la plage par de simples individus…). Un véritable bras de fer entre ultra-conservateurs et modernistes.
Une question se pose cependant. Les électeurs qui ont massivement donné leur voix au PJD, l’ont-ils fait par conviction religieuse ou pour raison de sérieux et/ou d’efficacité des candidats de ce parti ? Le PJD l’a emporté même si c’est sous le gouvernement qu’il conduit que les mesures les plus impopulaires de ces 20 dernières années ont été prises (réforme de la Caisse de compensation) ou annoncées (réforme su régime des retraites).
Les détracteurs du PJD devraient y réfléchir. C’est sur le plan opérationnel que le PJD peut faire peur. Il est constamment sur le terrain. Sa devise, comme l’avait rappelé un de ses ministres, Mustapha Khalfi (ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement), c’est «permanent campaign» (campagne permanente). Ce n’est pas avec des insultes et des mensonges que ses adversaires politiques feront mieux… Chabat l’a appris, à ses dépens, lui qui ne s’est fixé aucune limite dans ses attaques contre Benkirane, allant jusqu’à l’accuser de coopérer avec Daech et le Mossad.
Sur le plan politique, pourquoi le PJD ferait-il peur ? Le Maroc est protégé par son institution monarchique qui défend l’Islam tolérant et la modernité ; et multiplie les plans d’action dans ce sens. Il est protégé par sa société civile qui ne laisse rien passer des velléités d’atteinte aux libertés individuelles, sans les dénoncer et condamner à coups de manifestations et de sit-in. Il est enfin protégé par sa longue tradition d’ouverture et de tolérance. Valeurs que porte une bonne partie de la population, laquelle peut être mobilisée si l’on arrive à la convaincre de la nécessité de se mobiliser. Après tout, le PJD a obtenu 1 million et demi de voix à ces élections, mais le Maroc compte une trentaine de millions de citoyens, dont plus de la moitié est en âge de voter. Ce sont les électeurs qui font la décision, ce sont donc eux qu’il faut écouter et satisfaire. Le reste suivra. En attendant, c’est le PJD qui a leur faveur. Ainsi en a décidé le scrutin du 4 septembre.

BA

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