mercredi 23 août 2017

Ceux qui ont mis leur âme sur les murs…

Jidar 2015 rabat street art

Des artistes de renommée internationale ont fait spécialement le déplacement pour refaire la face de Rabat, aux côtés de tout aussi célèbres artistes marocains. Tous ont mis le cœur à l’ouvrage. La capitale s’est prise au jeu du Street Art: ses murs ont été recouverts de magnifiques fresques tagguées. Fresque Pop, calligraphie, graffitis, «calligraffitis»… Une première!

Elle peut se targuer d’être un symbole fort de la culture au Maroc. C’est en effet une ville qui allie l’ancestral, un patrimoine hérité d’une culture multiethnique, à une culture New Wave. Rabat est ce qu’elle est, un mastodonte de la richesse culturelle marocaine, mais qui n’hésite pas à aller de l’avant et à rajeunir en faisant cohabiter avec elle la culture urbaine.

Rabat ose et en redemande!

Nous commençons notre reportage dans le centre-ville de la capitale, du côté du Parlement. Un air revigorant par sa fraîcheur printanière emplit nos poumons. Les hauts palmiers qui longent l’allée du boulevard… créent des ombres se mouvant au gré de la position du soleil, augmentant le charme incontestable de cette allée où des pigeons ont élu domicile. La ville verte du royaume s’est déguisée, s’est parée de créations de Street Art dernier cri, aux couleurs gaies symbolisant cet esprit définitivement jeune et urbain à l’occasion du Festival Jidar.
Mouhim Simo, l’un des artistes marocains de cette première édition du Festival, nous accompagne pour nous montrer sa fresque murale qu’il venait de finir quelques heures auparavant. Ce grand gaillard est un inconditionnel du graffiti. Il avait déjà participé à d’autres manifestations de Street Art, notamment à Casablanca où son mur représentant une vieille dame au dos courbé à Bab Marrakech connaît un succès phénoménal parmi les jeunes et les moins jeunes.
Arrivés au cœur de Bab l’Hed, nous nous retrouvons engouffrés dans un tourbillon de klaxons de chauffeurs de taxi levant les bras au ciel, de vendeurs de cartes SIM téléphoniques complimentant les filles au passage… Des bicyclettes sur les trottoirs se mêlent aux gens allant dans des sens contraires, les sacs à mains s’entrechoquent, les cris des marchands de jus d’orange se font plus forts, interpellent des passants qui soudainement rebroussent chemin pour savourer un verre d’oranges fraîchement pressées… Nous arrivons à un feu rouge, les moteurs ronronnent, les conducteurs attendent que le feu passe au vert pour appuyer sur l’accélérateur. D’ici, nous arrivons déjà à voir ce mur d’une extrême blancheur, le seul dans ce panorama où se côtoient la terre d’ombre de Bab L’Hed et les murs blancs voilés d’une couche de fumée de pots d’échappement d’autobus.
La fresque «Two Generations» de Mouhim Simo ne laisse pas indifférent, les passants en prennent une photo, lèvent la tête pour admirer et essayer de comprendre son œuvre. Il nous emmène ensuite un peu plus loin, vers Bab Chellah, à côté des grands taxis. Fasciné par son collègue français, Vincent Abadie Hafez alias Zepha, il nous montre de son doigt la particularité de ce mural en cercles ? L’un dans l’autre, chacun est lui-même une œuvre d’art. Son style, loin de la French Touch, est ce qu’on pourrait appeler un genre hybride de calligraphie et de graffitis, le «Calligraffitis».
Pour l’occasion, Zepha, le parisien, a joué de mélanges, la calligraphie arabe ainsi que l’amazigh (en tifinagh) symbolisant les deux langues officielles du Maroc. Plus fascinant encore sur son œuvre, c’est qu’elle change de couleur ou, du moins, de reflets: le doré apparaît en reliefs en fonction des rayons du soleil…

Des couleurs pop

C’est en apportant les dernières retouches à sa fresque murale pop de l’avenue Al Alaouiyine que Maya Hayuk a été interpellée par un vieux passant. Admirant ce mur aux bandes symétriques de couleurs fluo et acidulées, il remarque un petit quelque chose qui le dérange… Il finit par demander à quoi cela rime… «Est-ce qu’elle va nettoyer ces bavures?» demande-t-il innocemment. Pour lui, le travail n’est pas fini, il faudrait que l’artiste new-yorkaise rattrape les écoulements de peintures afin que l’Artwork présente des lignes tracées au millimètre près et, surtout que cela fasse «propre». Comment imaginer une peinture qui dégouline de partout? Vraisemblablement, ce n’est pas possible. Pourtant, l’artiste a prémédité ces «bavures», c’était volontaire. Elle explique que, pour elle, le fait de laisser couler la peinture, c’est l’essence même de l’esprit du Street Art. «C’est la liberté», dit-elle. L’Américaine a voulu démontrer à travers son travail que ce courant artistique né dans la rue n’est pas limité et n’est conditionné par aucune règle. Si dans le travail d’un peintre les bavures sont son pire ennemi, dans le Street Art, elles deviennent un élément esthétique apportant ce clin d’œil à cet Art qui se rebelle tout en étant agréable à regarder. Maya Hayuk, très inspirée par la culture des pays d’Europe de l’Est, notamment de l’Ukraine dont elle est originaire, connue pour ses «Pysanky» colorés (coquilles d’œufs décorées), puise son inspiration de l’art figuratif ou encore du cubisme en y intégrant des éléments forts de la culture est-européenne connue pour ses couleurs vives. Son credo, c’est le graphisme, l’esthétique des lignes avec lesquelles elle joue de la symétrie à l’asymétrie, selon ses envies.
Sur notre chemin vers une autre fresque, nous faisons la rencontre d’un groupe d’adolescents de 16 ans qui se prennent en photo devant la façade de 7 étages de Remi Rough, l’anticonformiste anglais dont la réputation autant sur le plan du Street qu’à l’intérieur d’une galerie n’est plus à faire. Ils se prennent en photo tour à tour devant la façade du Technopark qui a retrouvé de la gaieté grâce aux couleurs pop de Remi Rough.
Hamza, sa casquette à l’envers, dirige l’opération photos en proposant des poses délirantes à ses trois amis: «On a décidé de faire le tour de la ville à la recherche des murs qui ont étés peints. On prend le tramway et on se perd dans les rues en espérant tomber sur un mur». Munis de la carte de la ville, les toiles de rues marquées par géolocalisation, ils jouent à la chasse au trésor et découvrent sur leur chemin des boîtes postales relookées, une façon ludique de voir la ville d’une autre façon. «Mon préféré, c’est celui de Hassan (celui de Maya Hayuk).
J’ai beaucoup aimé les lignes sur ce mur, c’est très graphique», dit Kenza à son tour. Elle aimerait intégrer une école de graphisme après son bac. «Il me reste encore deux ans avant de le passer, mais je sais déjà ce que je veux faire», dit-elle.

Yasmine Saih

……………………………………………………………..

Interview de Simo Mouhim

«Ce sont quelques messages»

Simo mouhim

Alors, ce Festival à Rabat?

J’ai beaucoup apprécié Rabat. Moi qui vis à Casablanca, le bruit, la pollution me dérangent beaucoup. Ici, j’ai vite pris mes marques. Même cet engin (il nous montre le charriot élévateur), j’ai appris à le conduire, je le déplace comme je veux. Il va me manquer, lui aussi (rires).

Un sentiment?

Les passants qui se retournent sur leur passage pendant que je travaille et même maintenant que c’est fini, cela me fait énormément plaisir. Ils se prennent en photo, en selfie, de loin, pour pouvoir prendre tout le mur dans le cadre. Ils me posent des questions. J’aime beaucoup le fait que le public s’intéresse au Street Art.

Quel genre de questions?

Quand j’étais en train de dessiner le profil du vieux monsieur à droite, les gens me demandaient si c’était Mohammed V. Alors j’ai durci les traits du monsieur pour le montrer plus vieux qu’il ne l’était. Ensuite, on m’a demandé si c’était Ghandi. Je lui ai donc mis des lunettes pour qu’on ne le reconnaisse pas (rires).

Le message ou le symbole de cette fresque?

A vous de me le dire!

Une transmission bienveillante du savoir, de traditions d’une génération à l’autre?

Oui, exactement! Ce sont deux générations différentes qui communiquent entre-elles. Elles ne se regardent pas, mais les informations sont quand même transmises.

Que représente la cigogne sur la tête du vieux monsieur?

Le nid et la cigogne sur sa tête porte un message d’union familiale, de protection des valeurs, comme la cigogne prend soin de sa famille, construit son nid. Le vieux monsieur transmet cela aussi.

Voir aussi

Voyage… Ces jeunes qui bousculent les habitudes…

Diplôme en poche, nouveau boulot, les moins de 35 ans bousculent les habitudes et, surtout, …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Inscrivez-vous gratuitement à la newsletter du Reporter

Pour recevoir les dernières actualités et mises à jour de notre équipe.

Félicitations vous êtes bien inscrit(e) !

En poursuivant votre navigation, vous acceptez l'utilisation de cookies afin de réaliser des statistiques d'audiences et vous proposer des services, contenus ou publicités adaptés selon vos centres d'intérêts. En savoir plus.