mercredi 18 octobre 2017

On veut me marier mon fils !

Amina, 46 ans, fonctionnaire, est mariée et mère de deux enfants. Ce ne sont pas les études, ni la rentrée scolaire de ses enfants qui lui causent du souci, mais plutôt leur vie amoureuse. Elle se voit obligée de marier son fils de 18 ans. Elle raconte son histoire.

«Cette année, j’ai passé les pires vacances de toute ma vie. Il s’agit d’un évènement tout à fait insolite qui nous est tombé dessus, alors que tout allait si bien. Une histoire que je n’aurais jamais pu croire si une autre personne était venue me la raconter.
Durant ce mois de Ramadan, alors que je savourais timidement la réussite scolaire de mon fils qui a eu son bac, en essayant de ne pas le perturber dans la préparation de ses concours, une visite insolite à notre domicile allait chambouler ma vie et mes principes. Quand je me remémore le scénario, j’en tremble encore. Ce soir-là, après une dure journée de jeûne et de labeur, alors que nous étions, mon mari et moi, tranquillement installés à regarder un film, on sonnait chez nous. Nous étions très étonnés, parce que nous n’avions prévu aucune visite. Ma fille, la cadette qui est allée ouvrir la porte, est revenue à la hâte nous annoncer que les parents de la petite amie de mon fils demandaient à nous voir et qu’elle les avait invités à s’installer dans le salon.

Nous ne nous étions jamais rencontrés auparavant, mais nous savions que nos enfants, camarades de classe avant tout, étaient très liés par une sorte d’amitié amoureuse depuis deux ans. Je voyais le visage de mon mari s’assombrir. De quoi pouvait-il s’agir, me demanda-t-il? Quelles étaient les raisons de cette visite? Ces personnes seraient-elles venues nous parler de quelque chose de grave concernant notre enfant. Il n’y a rien de plus important aux yeux de mon époux et des miens que le bien-être de nos enfants. Nous nous sommes empressés de nous vêtir correctement pour accourir aux nouvelles. Après les présentations et les courtoisies, un lourd silence s’abattit sur la pièce. Le couple en profita pour prendre la parole et nous mettre tout de suite au parfum quant au but de leur visite. Ils parlèrent longuement de nos enfants, de leurs études, de leur relation, puis comme ça, de but en blanc, exigèrent de marier nos enfants. Nous restions toujours muets, parce qu’abasourdis par ce que nous venions d’entendre: la nouvelle était de taille. Eux, imperturbables, continuèrent de nous expliquer qu’ils ne pouvaient plus gérer cette situation. La relation de leur fille avec notre fils entachait leur réputation et celle de leur fille. Selon eux, ils avaient interdit à plusieurs reprises à leur fille de poursuivre cette relation, d’abord par des discours moralisateurs et ensuite par des méthodes barbares qu’ils ne souhaitaient pas vraiment, parce qu’ils faisaient souffrir leur fille qu’ils adoraient. Mais le problème venait du fait que notre fils s’opposait à leur décision en continuant sans relâche à vouloir lui parler et la fréquenter. Ils étaient donc venus ce soir pour en finir avec cette mascarade et nous demander d’officialiser légalement cette relation et ce, dès la fin du mois de Ramadan. De cette façon, expliquaient-ils, nous nous préservions tous d’éventuels graves problèmes, comme par exemple une grossesse. Ils nous révélaient par la même occasion qu’ils avaient bien réfléchi avant d’oser venir chez nous. En tant que parents modernes, ils préféraient avoir eu le courage de venir nous déranger avec cette démarche. Ils nous ont aussi dit qu’ils ne souhaitaient pas faire de fête, parce qu’ils n’en avaient pas les moyens pour le moment. Ils ont aussi terminé en nous informant que leur fille, une fois le contrat de mariage établi, devra vivre avec son mari. En clair, nous devions les prendre en charge complètement, tous les deux.
Tout ce discours me gela le sang dans les veines. Mon mari fut le premier à parler. Moi, je me suis enfuie; je ne pouvais contenir mes larmes. Une fois à l’abri de tous les regards, j’explosais en sanglots. Je me disais pourquoi un drame pareil s’abattait sur nous. C’était trop injuste, mon fils n’a que 18 ans, ce n’est qu’un enfant. Ces gens ont eu le toupet de venir demander notre fils en mariage et nous fourguer leur fille. A la place des sanglots, une colère noire s’empara de moi, mais je fus obligée de ravaler ma rancœur pour aller servir une boisson et écouter la suite. A mon retour, mon mari avait retrouvé sa voix. Calmement, il leur demanda de nous laisser le temps de prendre notre décision, parce qu’il nous fallait aussi savoir l’avis de notre enfant sur la question. Puis, il se tut. Ils ne restèrent pas plus longtemps, leur départ fut pour moi une délivrance. Cette visite et ce discours m’anéantirent, la suite des événements aussi.
Une fois informé, mon fils nous surprit en nous disant qu’il était très heureux de cette démarche. Il était comblé et tout à fait d’accord pour épouser cette jeune fille. Pour lui, c’était un rêve qui se concrétisait enfin; l’amour de sa vie, disait-il, allait venir légalement partager sa chambre, ses repas et sa vie quotidienne. Ma fille aussi trouva cette nouvelle formidable. Mon mari, que je croyais être aussi outré que moi, finit par avouer que les parents de cette jeune fille avaient raison de venir nous voir, que leur demande était tout à fait respectable et que ces personnes étaient honnêtes et sincères. Il rajouta que c’était une qualité très rare de nos jours et que, finalement, un mariage même précoce ne le dérangeait pas du tout. Il n’y avait donc que moi qui n’acceptais pas cette effronterie. J’étais contre, d’abord parce que mon fils est trop jeune pour devenir responsable, que cela pouvait nuire à ses études et que c’était moi qui allait en faire les frais, puisque je devrais gérer ma vie avec un couple chez moi. En plus, je trouvais que cette famille avait un sacré culot pour venir demander la main de mon fils. Des traditions, ils s’en moquent, eux, moi pas. On m’obligeait à marier mon fils comme s’il avait été un larron et que ce soit mon foyer qui en paye les frais. J’en ai fait une véritable maladie. Je me surprenais même à parler toute seule. Mon mari avait essayé de me réconforter et de me convaincre pour que je prenne les choses du bon côté. Selon lui, nous devions nous soumettre à la volonté de Dieu. Il me disait que nous devions accepter cette fille et la traiter comme la nôtre. Parce que nous devions nous mettre à la place de ces gens. Qu’aurions nous fait, nous, si un jeune garçon s’était entiché de notre fille en nous mettant dans l’embarras et nous narguant? Nous n’aurions jamais pu être aussi raisonnables que ce couple. Il fallait donc changer de mentalité. Il me demanda de mettre mes idées moyenâgeuses de côté et d’accepter de marier notre fils pour son bien. Finalement, tout ce petit monde est resté ligué contre mes volontés.
Aujourd’hui, mon fils a passé avec succès son concours dans une grande école, sa future épouse aussi et en cette fin de semaine, nous nous préparons pour recevoir les adouls pour rédiger leur contrat de mariage. Ils sont heureux de leur réussite et de leur nouveau statut. Moi, je serai belle-mère et j’en ai tellement honte. Je n’ose en parler à personne de la famille, ni à mes amies ou collègues. Je ne suis pas fière, tout cela va me pourrir l’existence. Les prochaines semaines, je serai jetée en pâture aux cancans pervers de tout un chacun».

Mariem Bennani

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