lundi 23 octobre 2017

Mon gagne-pain en péril, sauf si….

Imane 48 ans, gérante d’un atelier de confection, est veuve et mère de 3 enfants.  Une imminente faillite guette l’atelier de confection de cette femme.  A moins qu’elle n’accepte de basculer dans «l’illégal»… Sera-t-elle la 1ère?

«Je suis propriétaire d’un petit atelier de confection de vêtement. Cela fait des années que mon métier me permet de subsister, ainsi que mes trois employées. En ce qui me concerne, c’est le seul revenu de la famille. Mais aujourd’hui  je subis la concurrence de grandes entreprises de confection qui, depuis la crise et le manque de donneurs d’ordres étrangers, écoulent sur le marché une énorme quantité de marchandises à des prix sacrifiés. A cela, je peux ajouter les franchises qui se sont implantées, la marchandise chinoise et celle de la contrebande également.

Malgré un énorme travail pour satisfaire une clientèle habituée à mes modèles et à mon travail soigné, je ne m’en sors plus. Serais-je aussi trop honnête, comme le laisse entendre mon entourage? Forcément, il y a lieu de m’interroger sur le vrai du faux. Parce qu’à mes cotés, j’en vois quelques-uns qui s’en sortent beaucoup mieux que moi. Ils ont non seulement une clientèle plus affluente, mais en plus qui paye rubis sur l’ongle, alors que moi j’arrive à peine à retenir la mienne. Ce n’est pas la jalousie qui me fait réagir. Il y a que, schématiquement ou logiquement, nous devrions pratiquement tous être logés à la même enseigne.

Cela fait 20 ans que j’ai hérité de ce commerce dans lequel je travaillais déjà.  Il appartenait à mon époux. A son décès, je n’avais que des dettes à éponger et des enfants à élever. Et puis, passons sur ces détails de la vie. Je ne suis pas le genre à me plaindre. Au contraire,  je peux affirmer sans rougir que je me suis battue contre vents et marées. Ce qui par contre m’alarme et m’exaspère aujourd’hui, c’est que bientôt je vais devoir mettre la clé sous la porte en y laissant ma chemise, comme on dit. Parce que je ne peux plus garantir à ma clientèle les anciens tarifs tout en continuant de payer et sans retards les échéances de crédits, les salaires, les couvertures sociales, les charges et les impôts. Certains de mes amis à qui je raconte mes déboires m’affirment qu’il serait grand temps que je me décide à bouger et à prendre plus de risques. En gros, ils me suggèrent de garder ma structure, mais en parallèle de devenir une délinquante économique en ouvrant un atelier clandestin dans un garage. J’y ferais travailler des gens sans contrat à la journée en usant de tissus et de fils achetés au noir. Et surtout, de liquider cette marchandise au comptant sans traçage. Pour m’y encourager, ils affirment que je n’ai rien à craindre, parce que je ne serais pas la seule. Selon eux, il y aurait pire dans la fraude. Même que de nombreux magasins qui ont pignon sur rue depuis des années n’ont ni patente ni registre de commerce, ne payent aucun impôt et ne peuvent fournir aucune vraie facture.  En plus, ils se vantent de leurs articles provenant de l’étranger…

De l’impensable! Il ne manquait plus que ça pour me remonter le moral! Devenir mafieuse, alors que j’ai toujours été réglo dans mes démarches administratives! Mes employées sont déclarées,  je paye ce qu’il faut pour leur CNSS. J’achète avec des factures et je fournis des factures. Ma comptabilité a toujours été nickel.  Et ce, même quand mes bénéfices sont inexistants.

Oui, je reconnais que, parfois, j’ai dû vendre à perte des stocks qui, une fois la saison passée, seraient démodés. Que mes marges sont de plus en plus infimes et qu’il n’y a que le crédit ou des prêts familiaux pour me sauver du désastre.

Si aujourd’hui je suis dans une impasse, c’est parce qu’il n’y a vraiment plus personne sur qui je peux compter. D’autant plus que je ne peux supporter l’idée de faire faux bond à ces familles qui comptent sur le petit salaire que je leur verse chaque mois pour vivre. Aussi à ma fidèle clientèle qui vend exclusivement mes articles. Qui pourrait m’indiquer une solution et surtout légale? Je me fiche de ceux qui trafiquent, grand bien leur fasse, c’est leur problème. Je ne pense qu’à moi et à ceux qui sont dans la même situation que la mienne. Je suis sûre que nous pourrions ne pas sombrer, si seulement il y avait une aide de l’Etat pour les petits ateliers en péril comme le mien. Aussi serions-nous si heureux par un allègement des charges, avec des exonérations de taxes et impôts mieux ajustées à la réalité du marché.

En attendant un miracle, je continue de résister à la défaite -mais pour combien de temps encore?-  en travaillant sur des matières de mauvaise qualité. Il n’y a que mes coupes et mes finitions qui continuent de  plaire».

Mariem Bennani

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