dimanche 22 octobre 2017

Mon fils m’a battu!

Jamal, tailleur, marié depuis 40 ans, 4 enfants, est grand-père de 4 petits-enfants. Ce père qui a été tabassé par son propre fils nous raconte son choc.

«Jamais je n’aurais pu imaginer vivre dans la terreur dans ma propre maison. Etre molesté par son propre enfant est une des pires humiliations qu’un parent puisse subir. Mon épouse et moi souffrons terriblement de ce qui nous arrive aujourd’hui. Je ne vois pas comment remédier à cette situation qui devient quasi-ingérable.
Pourtant, cet enfant était vraiment mignon et adorable. Sa naissance tardive et inattendue nous avait apporté de la joie. Ses sourires, ses petits mots nous comblaient de bonheur. Nous l’avons gâté, pourri, par rapport à nos filles. Elles sont nées et ont grandi dans la période des grandes épargnes. Je travaillais dans une usine de confection, mon salaire était modeste. Mais grâce à Fatiha, nous avons pu faire des économies, ce qui m’a permis de me mettre à mon compte. Ma première acquisition avait été le pas de porte d’un petit magasin; j’en ai fait mon atelier. Plus tard, la deuxième, un terrain R+2 dans une zone très populaire. Je commençais par la construction de deux magasins que j’avais loués. Les loyers et les revenus de mon activité me garantissaient d’achever le reste du bâtiment.

Dès que je finissais un appartement, je le louais aussitôt. Nous avons quitté notre premier logement pour emménager au dernier étage. J’ai mis beaucoup d’années pour clôturer mon chantier. Mes trois filles qui avaient grandi se sont mariées. Nous sommes grands-parents de quatre petits-enfants. Et puis, surprise générale pour la famille: nous voilà de nouveau d’heureux parents. Ma femme n’était pas très fière d’afficher un ventre rond, mais sa foi ne pouvait lui permettre d’avorter.
Nous avons eu ce dernier enfant, un garçon de surcroît. C’était inespéré, un vrai miracle! Ce fils, nous pensions qu’il allait prendre la relève, nous porter secours dans notre vieillesse. C’est pourquoi nous avons été trop indulgents et complaisants à son égard. Nous nous fichions des interventions de nos beaux-fils et de nos filles qui nous mettaient en garde lorsqu’ils nous voyaient agir de la sorte. C’est vrai qu’on lui permettait beaucoup de choses et même de manquer l’école. Plusieurs fois, nos filles avaient essayé de sermonner leur jeune frère pour son exécrable conduite avec les autres enfants et les adultes ou ses mauvais résultats scolaires. Mais le ton montait avec Fatiha qui préférait qu’elles se mêlent de leurs affaires et qu’elles laissent tranquille notre petit chérubin. Moi, j’évitais de mettre mon grain de sel dans leurs querelles. Je le regrette amèrement aujourd’hui. Parce que mon fils est devenu une sorte de petit caïd dans notre famille. Il a finalement décidé d’arrêter les études parce que, disait-il, les enseignants s’acharnaient à ne pas reconnaître son intelligence. Conscients, sa mère et moi, que ce n’était pas une bonne chose, nous avons essayé d’y remédier et de le réconforter en l’inscrivant dans une école privée. Là encore, aucun résultat, mais de l’argent jeté par les fenêtres. Depuis, mon fils ne fiche plus rien de ses journées, sauf dormir toute la matinée, puis sortir dans l’après-midi. Je ne sais pas où il va, ni qui il fréquente. Il revient assez tard dans la soirée dans un état bizarre et rentre directement dormir. Je n’ai aucune discussion avec lui, sauf lorsqu’il vient me réclamer de l’argent que je dois lui remettre sans broncher. Lorsque je refuse, j’ai droit à une scène. Il jure qu’il est le seul jeune au monde à avoir une misère comme argent de poche, que ce n’est même pas assez pour aller au café, recharger son téléphone ou se déplacer. Puis, je cède, me disant qu’au fond, mon fils ne travaille pas et que c’est à moi de subvenir à ses besoins. Mais maintenant, mon fils me demande bien plus qu’il ne faut. C’est en regardant à la télévision un reportage sur la consommation de drogue chez les jeunes et leur comportement que j’ai compris le mal qui ronge mon fils. Pour stopper cette gangrène, j’ai décidé de ne plus céder à ses demandes pécuniaires. Mon refus s’est soldé par un échange de paroles virulentes, intolérables. Pour la première fois, je lui flanquais une correction. J’ai vu mon fils se mettre dans un état de démence tel qu’il s’est permis de me renvoyer mes coups. La situation a dégénéré avec sa mère qui, en tentant de nous séparer, en a pris pour son compte, elle aussi. Je l’ai mis dehors en jurant ne jamais lui pardonner cet affront. Il a osé aggraver son cas en vociférant qu’il allait m’achever de ses propres mains. Fatiha, mon épouse, la pauvre, depuis cette tragédie, ne cesse de pleurer. Elle me supplie inlassablement de pardonner les coups et les offenses verbales de notre garçon. Elle dit qu’il faut calmer le jeu, le laisser revenir et tenter de trouver une solution. Et surtout éviter d’ébruiter dans la famille ce qui se passe chez nous. Moi, cette notion de «hchouma» (honte) me navre au plus haut point. Au contraire, dans ce cas précis, il n’y a pas de honte qui tienne: je veux que tout le monde sache ce que ce voyou a été capable de faire et de dire. D’autant plus que j’ai le pressentiment que s’il n’est pas sévèrement puni, quelque chose d’absolument irrémédiable se passera. Oui, je peux l’affirmer, nous pourrions être victimes d’un drame. Fatiha, malgré cela, continue de me mettre en garde en affirmant que notre fils, s’il reste dans la rue, reviendra à la maison qu’on le veuille ou non et certainement plus accro avec des désordres psychologiques plus graves et donc plus dangereux. Elle doit sûrement avoir raison mais, moi, j’ai trop de rancœur à son égard. Je ne me sens pas capable de le ménager et cela ne fera qu’aggraver les choses. Je me sens désarmé, affolé, ne sachant pas ce que nous allons devenir. Parce que, si notre fils revenait à la maison, nous aurons déjà un pas dans la tombe».

Mariem Bennani

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