mercredi 16 août 2017

Mes parents envahissants…

Imane, 48 ans, indépendante, est veuve et mère de trois grands enfants. Cette femme souffre de l’intrusion continuelle de ses parents.

«J’ai encore des parents sur le dos qui me contrôlent, m’espionnent. Le plus dur à encaisser à mon âge, c’est qu’ils continuent de me dévaloriser aux yeux de tous, même devant mes enfants. Pour eux, je suis le vilain petit canard écervelé de la famille ou l’idiote de service, ou encore le zombie sorti de la planète des macaques… Ou les trois, tout me semble possible. Tout ce qui me concerne n’a jamais été bon et ne le sera jamais. Pourtant, j’ai toujours fait de mon mieux pour leur donner une bonne image de moi et ne jamais les contrarier. Aurais-je eu tort? Depuis ma tendre enfance, mes parents me reprochent tout, vraiment tout, jusqu’à mon physique. C’est comme si j’avais choisi d’être ce que je suis, qu’on m’avait délivré à la naissance un mode d’emploi conçu rien que pour moi et que je ne m’en suis jamais servie.

J’ai toujours enfoui ma souffrance au fond de mon cœur en faisant semblant de prendre les choses à la légère. De toutes les façons, dialoguer ou se révolter est quelque chose d’inadmissible ou plutôt d’impossible. Le statut de parents relève du sacré, maudit celui qui oserait la confrontation. Parfois, je me sentais prête à aller de mon propre chef à l’asile psychiatrique, tellement l’injustice de mes parents à mon égard était grande. Puis, j’oubliais tout une fois dehors avec mes amies et camarades. Je n’ai réussi que moyennement dans mon parcours scolaire. Encore une occasion pour mes parents de me le rappeler souvent et de me rabaisser. Je me suis débrouillée pour trouver un bon emploi. Mes parents ne s’étaient jamais inquiétés de mon sort. Par contre, de mon salaire, si. D’emblée, il leur fallait des précisions et que je leur en verse une partie. Avec mes autres frangins, ce n’était pas pareil. Encore aujourd’hui, ma situation de veuve avec trois enfants ne change rien; c’est toujours moi qui dois faire le plus pour eux. Parce que, selon eux, mes enfants et moi ne méritons pas d’avoir hérité, c’est trop bien pour nous. Ce sont des paroles de ma famille qui m’ont été rapportées par une de mes belles-sœurs. Un choc qui m’a coûté une dépression avec hospitalisation. Quelle barbare cruauté pour des parents, n’est-ce pas? Je me souviens du jour où je leur avais parlé de mon futur mariage. Ils s’étaient bien moqués de moi. Pour eux, quel homme pouvait s’intéresser à une fille comme moi? Un fou, sûrement. Pourtant, j’ai eu droit à un très beau mariage entièrement financé par mon mari. J’ai eu trois magnifiques enfants et quinze belles années d’amour et d’enchantement. Il n’y avait que ma famille pour me gâcher ce bonheur. Mon pauvre mari n’acceptait pas le comportement de ma famille à mon égard et se risquait à prendre ma défense. Ce sont des épisodes cauchemardesques que je préfère oublier. Je me trouvais entre le marteau et l’enclume. Il me fallait du courage pour mettre fin à des situations insensées et rétablir un peu les relations d’une guéguerre sans fin. Je ne pouvais pas me ranger totalement du côté de mon mari, contre mes parents, ni l’inverse. Et puis, la mort m’a arraché la seule personne qui m’ait vraiment aimée et soutenue.
La souffrance et la rage m’ont fait réagir. Nous nous sommes éloignés, mes enfants et moi, du tohu-bohu de la famille en trouvant refuge dans une autre ville. Mes parents ne me l’ont jamais pardonné. Même de loin, ils continuent de vouloir tout savoir de ma vie et tenter leurs éternelles évaluations. Il faut que je leur rende des comptes tout le temps, sans relâche, sur mes activités, celles de mes enfants, mes dépenses. Le moindre détail a une importance capitale. Un exemple banal: si, par malheur, je ne peux être joignable, mes parents sont capables de remuer ciel et terre pour me retrouver. Essayer de prendre des distances est vain, ils se dépêcheront d’ailleurs de venir chez nous pour en décrypter les raisons. Nous sommes très heureux de leur visite. Nous oublions l’espace d’un moment leur but. Avec mes enfants, nous prenons toutes nos précautions pour éviter de répondre à l’ingérence et aux reproches. Nous savons pertinemment que nous sommes sous les feux des projecteurs et que notre quotidien va encore alimenter des mois de discussion et de harcèlement. Tout est retransmis aux autres en «mode critiques». Je suis tellement navrée pour mes enfants: leurs cousins et cousines ne connaissent pas ces problèmes. Ils en rient plutôt avec les leurs. D’ailleurs, en ce moment, je ne sais pas quelle sorte d’histoire je vais bien pouvoir inventer pour les fiançailles de mon fils. Je ne veux pas que ma famille y trouve une énième occasion de nous gâcher notre bonheur avec leurs préjudiciables appréciations. Faut-il que les us se perpétuent ad vitam aeternam? Non, tant pis, je prends le risque: ma famille ne sera pas conviée! Je suis dans le devoir de protéger mes enfants, ils ont droit à une vie amoureuse, sentimentale, harmonieuse et sans problèmes. De ce côté-là, en ce qui me concerne, c’est peine perdue. Je n’en suis plus à une déception amoureuse près. Ne pas vouloir présenter mes parents me fait passer pour une femme aux mœurs légères qui multiplie les relations. Merci papa, merci maman.
Les critiques, les exagérations, l’inquisition, tout cela est navrant. Je suis accablée, parfois je regrette tout simplement d’être née leur fille. Si seulement mes parents m’en avaient donné le choix…».

Mariem Bennani

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