mardi 17 octobre 2017

Ma propre fille m’a chassée

Fayrouz, 50 ans, sans emploi, est divorcée avec 4 enfants à sa charge. Cette femme raconte le martyre que lui a infligé sa propre fille. Voici son récit.

«S’il vous arrive de constater que votre enfant est abject avec les autres et parfois avec vous, corrigez-le. N’attendez pas, c’est le meilleur conseil que je puisse vous donner!  Ma fille, celle pour qui j’aurais sans hésiter échangé ma vie contre la sienne, aujourd’hui, s’acharne contre moi et me fait subir l’impensable. Je regrette d’avoir écouté ma grand-mère qui m’avait tant de fois implorée de ne pas lui flanquer de fessées ou la punir. Qu’aurait-elle dit aujourd’hui? Je me le demande. Et puis, ce chamboulement dans ma vie, c’est aussi à cause de celui en qui ma pauvre mami avait une totale confiance… Je lui pardonne de toute mon âme, jamais elle n’aurait pu s’imaginer que ce genre d’ignominie pouvait se produire dans une famille.

Je me suis mariée alors que j’avais à peine 15 ans. A cette époque, il valait mieux pour de nombreuses jeunes filles, se caser et le plus tôt possible. Surtout si le futur mari avait une situation prestigieuse. Généralement, il s’agissait d’une alliance divinement bénie pour la famille. On attendait, on espérait, on tentait même la ruse,  afin que ce dernier asperge l’ensemble de sa générosité.  

En ce qui me concerne, même si ce fut le cas, nous n’avions aucune idée, ma famille et moi, des vraies intentions cachées de ce rapprochement. Et quand bien même il y avait anguille sous roche, je ne peux pas dire que je n’ai pas été choyée par ce quadragénaire que j’avais pompeusement épousé et avec qui j’ai eu quatre enfants.

Je n’ai jamais eu à me plaindre de son comportement. Il a toujours été attentif, responsable, bienveillant avec moi et ses enfants. Mais beaucoup trop avec ma grand-mère qui avait fini par avoir en lui une confiance aveugle. Mon mari avait tout simplement conquis le cœur de cette dernière en l’éloignant définitivement de ses propres fils et filles. Moi, je me voyais ravie de cet honneur, me délectant sans limites de la présence quotidienne de celle qui m’avait élevée. J’étais loin de m’imaginer que tout cela relevait du stratagème.

Mes enfants, surtout mon aînée, jouissaient de faveurs singulières de la part de mon mari. Cette aînée, il l’a toujours adorée et en fit, finalement, sa meilleure alliée pour me martyriser. Elle fréquenta les meilleurs lycées, les meilleures institutions supérieures. Elle était la seule jeune fille de 18 ans de la famille à avoir eu son automobile pour se déplacer. Son parfait parcours scolaire a été pour moi une fierté que je n’ai jamais cessé d’acclamer.

Mais, bizarrement, même si une brillante carrière l’attendait, elle ne chercha pas à décrocher un job. Il y avait aussi son comportement que je trouvais des plus alarmants. Je m’inquiétais fortement de ses agissements avec ses meilleures amies, ainsi qu’avec de nombreuses personnes membres de la famille. Elle prenait un plaisir fou à les monter les uns contre les autres et à se faire détester. Je souffrais terriblement des échos qui me parvenaient de part et d’autre. J’essayais de comprendre en tentant de lui soutirer des informations. Le peu que je puisse affirmer, c’est que ma fille avait des penchants monstrueusement diaboliques, odieux et cela me faisait peur.

Je n’avais pas tort de m’inquiéter, surtout que, plus tard, c’est moi qui allais en pâtir.

Je sus de quel bois se chauffait ma fille, après m’être rendu compte de ce qui s’était tramé derrière mon dos en toute tranquillité et ce, durant des années. Ainsi, pendant que je passais mes journées à m’occuper de mes enfants et de ma maison, mon époux s’activait à me dépouiller de mon héritage et de celui de mes oncles et tantes. Bien avant notre union, il convoitait ces plusieurs centaines d’hectares qui ne rapportaient rien à ma grand-mère, parce que leur sol était aride, non exploitable pour l’agriculture. Pour la mettre en confiance, il s’était occupé des terres de mon grand-père et avait «soi-disant» aidé l’ensemble de ma famille à sortir d’une crise qui perdurait. Le comble était que j’étais la garante de cette générosité. Pour cela, il m’avait fait signer des papiers légaux. Jeune, de surcroît ignorante, la seule idée de lui demander de m’éclairer sur toutes ces démarches me terrorisait. Comment oser, moi la petite orpheline sans dot? N’était-il pas notre sauveur, notre bienfaiteur? Ma grand-mère, elle-même s’était laissé embobiner. C’est de cette façon qu’elle lui avait concédé, pour une somme complètement ridicule, un contrat de location de toutes ses terres. Je me souviens du jour où elle avait partagé équitablement quelques billets pour les distribuer aux plus démunis de la famille. Jamais personne n’en avait su la source, moi non plus.

Nous allions découvrir, ma famille et moi, la supercherie, au décès de ma pauvre et adorée grand-mère. Je fus forcée aussi d’admettre que j’avais vendu à mon insu mes parts d’héritage paternel. Je ne fis aucun problème à ce niveau, puisqu’au final, je restais son épouse et que la totalité de nos biens reviendraient forcément un jour à nos enfants. Mais pour les terres de ma grand-mère, il en fut autrement. Je n’avais d’autre choix que de m’allier à ma famille pour entamer, dans le cas où aucune entente n’aboutissait, des démarches juridiques, afin d’annuler ce contrat de location. Vis-à-vis des miens, il était hors de question qu’ils doutent de ma bonne foi. Je ne pouvais donc m’associer à cette arnaque. Je n’étais plus la jeune effarouchée d’autrefois. Je désirais donc que justice nous soit rendue et je l’avais clairement exprimé. C’est à ce moment que l’impensable allait se produire.

Ma fille, le fruit de mes entrailles, ma fierté, c’est elle qui allait se dresser contre nous pour défendre son père. Alors que tous les membres de ma famille étaient réunis chez nous, pour parlementer et trouver une solution, sans passer forcément par la justice, nous fûmes tous viscéralement contrariés par les paroles de mon époux. Il ne voulait rien entendre et nous menaçait de faire appel à la police pour nous faire décamper. Je constatais, choquée, qu’il oubliait que j’étais son épouse et que je faisais partie de cette famille. Mais je faillis m’évanouir lorsque ma propre fille, présente aussi à ce débat, commença d’emblée par s’en prendre à moi. Elle m’arracha le bras en me tirant vers la porte. Elle ne manqua pas de dire aux autres: «Vous voyez cette femme, elle est ma mère. Puisqu’elle s’associe avec vous contre son mari, voilà ce que je lui fais. Je jure qu’elle ne mettra plus jamais les pieds dans cette maison. Allez donc tous vous pendre et fichez le camp dehors».

Il me semble que j’ai dû perdre la raison, à force de pleurer et de ne pas réaliser ce qui m’arrivait. Me retrouver à la rue avec ce que j’avais sur le dos était tout simplement insupportable. Depuis cet incident, je continue de souffrir des agissements de ma fille qui ne cesse de me porter préjudice en ayant comme coach et protecteur son vieux père. Aujourd’hui, je suis divorcée, je vis dans la précarité totale et je n’ai pas la possibilité de voir mes autres enfants qui, je le sais, me réclament».

Mariem Bennani

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