mercredi 23 août 2017

L’enfant ou le travail ?

Avoir un bébé pour un couple qui travaille n’est pas simple. Halima est un jeune cadre de 30 ans. Elle s’est mariée et a eu un enfant. C’est là que son histoire commence…

«Je n’avais pas attendu de terminer le cursus de mes études pour me marier. D’un commun accord avec mon mari, il était exclu que je les arrête. Après notre mariage, nous avons continué à vivre chez nos parents respectifs. Lui, chez ses parents et moi, chez les miens. C’était la meilleure solution pour nous deux afin d’éviter les problèmes.

Nous n’avions pas les moyens d’une location, parce que mon mari avait acheté à crédit un petit appartement sur plan. Deux années plus tard, nous étions d’heureux propriétaires et, enfin, notre vie de couple démarrait. Durant ces deux années, je n’avais pas chômé puisque j’avais réussi mes examens et m’étais même trouvé un bon emploi. Nous n’avons pas souhaité avoir d’enfants, dans un premier temps. Parce que nous n’avions pas encore meublé notre petit appartement et nous voulions aussi profiter d’un tête à tête auquel nous n’avions pas eu droit au début de notre mariage. La vie de couple, nous la découvrions différente de ce que l’on peut rêver. Une somme de contraintes pas si évidentes pour nous qui avions toujours vécu avec nos parents. J’avoue que j’ai eu par moments quelques soucis pour m’adapter surtout aux interminables et obligatoires tâches ménagères. Mais par chance, mon mari m’aidait beaucoup et, finalement, nous nous en sortions pas mal dans notre nouvelle vie. Ce qui nous décida deux ans plus tard à devenir parents. Nous donnions alors naissance à notre premier enfant. C’était un grand bonheur pour nous d’accueillir cet enfant dans notre vie. Durant tout mon congé de maternité, j’ai prodigué mille petits soins à mon petit ange. Et je n’étais pas la seule, mon mari lui aussi, dès son retour à la maison, prenait la relève.
Nous savions que nous allions être confrontés à une dure réalité, à savoir la reprise de mon boulot. Nous en abordions le sujet avec de réelles angoisses. Comment allions-nous faire pour la garde de notre bébé? D’abord, parce qu’il n’y avait pas de crèche dans les environs. En plus, il était hors de question de remettre ma chair et mon sang à des personnes inconnues. Je ne pouvais pas non plus l’abandonner chez nos parents qui n’habitent pas la même ville que nous. Je n’ai pas eu d’autre choix que de demander à mes parents de me trouver une aide. Une personne qui forcément allait vivre sous le même toit que nous. Au départ, cette idée ne nous enchantait pas du tout. Nous n’avions pas envie de partager notre intimité avec une étrangère. Et puis, une jeune fille de la campagne n’est pas forcement habituée à la ville. Mais il nous fallait faire un choix et ce n’était pas du tout facile. Ma mère, elle aussi consciente de notre désarroi, s’était empressée de faire des recherches. Elle avait trouvé plusieurs jeunes filles et en avait choisi une. Je l’ai rencontrée, je l’ai trouvée bien. En tous cas, je préférais mille fois sa présence que de savoir mon enfant hors de chez nous. Il me fallait prendre sur moi; pareil pour mon mari qui, lui non plus, n’était pas tout à fait à l’aise face à cette nouvelle aventure. De toute façon, soit nous acceptions une aide, soit l’un d’entre nous restait à la maison pour élever notre enfant. Or, cela était impossible. Nous ne pouvions nous le permettre, nous avions besoin de nos deux salaires pour vivre correctement. En plus, nous avions maintenant une nouvelle responsabilité qui était celle d’être des parents dignes pour assurer le bien-être et le futur de leur enfant. J’engageai donc cette jeune fille et la coachais durant quelques semaines. Aïcha était gentille, douce, intelligente et pleine de bonne volonté. En plus, elle savait y faire avec les nourrissons. Elle en avait déjà fait l’expérience avec sa propre mère. C’était une réelle chance pour nous qui étions si terrifiés: cette jeune fille nous a conquis et s’est révélée être un don de Dieu pour nous. Je ne sais pas comment nous aurions fait pour nous sortir de cette impasse, sans elle. Je lui avais mis un lit dans la chambre de notre enfant et l’ai toujours traitée comme si elle avait été un membre de la famille. Je savais que ce n’était pas une chance que d’être née à la campagne, dans une famille nombreuse, démunie et d’en être séparée pour les aider matériellement. Mon mari, lui aussi a été conquis par cette adorable personne qui nous permit de nous sortir d’une impasse. Aujourd’hui, mon fils a trois ans; nous sommes vraiment heureux parce qu’il a grandi et dans de bonnes conditions. Mais nous sommes tristes et désemparés, parce que les parents d’Aïcha nous ont infligé le pire. Ils ont fait un tas d’histoires pour reprendre leur fille. Sachant que la présence de leur fille parmi nous était indispensable, ils n’avaient jamais cessé d’augmenter les mensualités, jusqu’à ce que nous ne puissions plus honorer ce chantage permanent. Nous avons été contraints et forcés de la voir partir. Nous souffrons terriblement de son absence, parce que des liens affectifs très puissants s’étaient tissés entre nous. Nous nous contentons malheureusement d’avoir de ses nouvelles grâce au téléphone portable que nous lui avons acheté. Nous nous inquiétons de son sort, parce que cette jeune fille n’a jamais été considérée comme une petite bonne chez nous. Nous avions toujours fait en sorte qu’elle ne le soit jamais. En tous cas, cette expérience nous a permis de nous rendre compte qu’avoir des enfants n’était pas une décision à prendre à la légère pour un couple, aujourd’hui. D’ailleurs, nous pensons que, pour bien vivre tous les trois, nous ne pouvons pas prendre le risque d’avoir d’autres enfants. Pas avant que l’Etat ne songe sérieusement à aider les mamans comme moi en encourageant la création de crèches par des lois qui les encadrent et des incitations fiscales qui donnent envie au privé de se lancer dans ce créneau».

Mariem Bennani

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