mardi 22 août 2017

«J’en ai marre du sans-gêne des autres!»

Saïd, 42 ans, cadre administratif, est marié et père de deux enfants. Cet homme ne supporte plus le sans-gêne des gens qu’il rencontre. Et s’il ne réagissait pas, ce n’est plus le cas. Voici son récit.

«Les gens disent de moi que je suis devenu trop coléreux, trop agressif. Il paraît qu’ils ne comprennent pas ce brusque changement. Quelle bonne blague! Pourtant, c’est tout simple, il n’y a rien de compliqué à comprendre. Mon comportement est dû à ce sans-gêne ambiant qui va en augmentant, m’agresse et que je ne supporte plus. Jusqu’à il y a quelque temps encore, je faisais semblant d’être quelqu’un d’imperméable aux attaques directes ou indirectes. Je faisais semblant de n’avoir rien entendu, rien vu. Je montrais que je m’en fichais complètement de ce qui, pour moi, n’était que l’apanage des gens aigris. Mais en mon for intérieur je fulminais au point où je pouvais passer plusieurs nuits blanches, l’estomac noué, à ressasser ce que j’aurais dû répondre ou faire au lieu d’esquiver. D’autant que je me suis rendu compte un peu tard, malheureusement, que les gens qui s’attaquaient à moi devaient sûrement présumer, dans leur petite tête creuse, que mon comportement venait du fait que je les craignais. Révolté, j’ai dit basta! Dorénavant, si les chiens aboient, eh bien, la caravane passera tout en crachant du feu!

Depuis, je suis comblé de m’être lâché. Dernièrement, au supermarché, j’étais seul au rayon conserveries. Je choisissais tranquillement ce qu’il me fallait quand, tout d’un coup, une jeune femme ayant la quarantaine, avec son caddie, m’est tout simplement rentrée dedans, m’arrachant les orteils. Hébété, scotché par la douleur, je l’ai regardée se dodelinant, prendre ma place et se mettre à la recherche de ce qui l’avait amenée sur les lieux. Alors là, ma colère a éclaté. Elle m’a regardé, abêtie, me suggérant de surcroît de ne pas me mettre dans des états pareils pour si peu. Pour cette gourde, mes pieds écrabouillés n’étaient donc pas grand-chose. Evidemment, armé de ma nouvelle décision, j’ai hurlé à qui voulait m’entendre que je ne comprenais pas une telle insolence et un tel manque d’éducation. La bonne femme décampa tout en faisant des gestes avec sa main droite qui voulaient dire que j’étais fou. Peu importe, je jubilais d’avoir braillé au scandale. Une chose est certaine, elle ne recommencera plus jamais, parce que j’avais vraiment ameuté la foule, répétant sans arrêt que cette femme m’avait arraché les pieds avec son caddie et qu’elle ne m’avait même pas présenté ses excuses.

Je jure qu’il n’y a pas un jour qui passe sans que je m’en donne à cœur joie.

Une autre fois, en grimpant dans le train, j’ai été carrément bousculé par un jeune homme. Il m’a suivi jusqu’à la place où je me suis installé. Il m’a posé son sac à dos tout poussiéreux sur les genoux pour s’asseoir à son aise. Ni pardon, ni s’il vous plaît, ni rien du tout! J’ai poussé alors une gueulante qui a mobilisé le train. Les vigiles, inquiets, nous ont demandé de descendre. Le jeune, au moins, a compris sa faute et s’est excusé. Le problème était réglé.

Cet autre accroc fut l’un des plus truculents. Alors que j’étais assis dans ma voiture à attendre le retour de mon fils. Une femme est arrivée et s’est mise à klaxonner. J’étais à mille lieues d’imaginer que ce raffut me concernait. La dame en question s’est aventurée à descendre de son véhicule pour venir jusqu’à ma portière. Intrigué, je baissais ma vitre. Tenez-vous bien, cette sotte me disait de dégager de ma place pour la lui laisser. En guise de réponse, j’ai haussé les épaules. En refermant ma vitre, j’ai perçu les mots effort, courtoisie. Alors là, je n’ai pas eu la patience de laisser filer l’occasion de lui faire la leçon, à cette évaporée. Je suis descendu de ma bagnole en rugissant: «Vous n’avez pas honte? Vous vous prenez pour qui? Vous n’êtes pas mieux que moi! C’est quoi votre problème? Il n’y a pas que la mienne de place, allez voir ailleurs, vous avez toute l’avenue pour vous!».

Pas gênée le moins du monde, elle est restée stationnée en double file à quelques mètres du feu rouge, gênant tout le flux. Et là, bingo! Une voiture de police faisant sa ronde est arrivée. J’ai ri aux larmes du spectacle. Elle avait perdu, du coup, son air hautain et ses manières de fausse bourge. Je l’ai vue parlementer, supplier, mais rien à faire. Elle paya l’amende et dégagea sans regarder de mon côté.

Honnêtement, cette façon de remettre les pendules à l’heure, immédiatement, à qui m’attaque ou outrepasse à mon endroit les limites de l’admissible, me procure une telle sérénité que je regrette d’avoir tant attendu!».

Mariem Bennani

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