lundi 23 octobre 2017

Je n’oublie pas ma laideur…

Halima, 40 ans, célibataire, manager dans une entreprise, raconte sa souffrance au quotidien depuis sa plus tendre enfance, à cause de sa laideur, dit-elle. Aujourd’hui, elle est artificiellement belle, mais continue de souffrir. Son récit.

«J’ai un seul et grand problème dans la vie. Je suis une personne qui ne se sent pas bien dans sa peau, malgré une lutte quasi-permanente et les grands moyens que j’y consacre. Mon image est une obsession. Je suis une maniaque de l’apparence. Si l’on me croise, je doute fort que l’on puisse soupçonner mon mal et surtout son origine. En vérité, c’est le souvenir du laideron que j’ai été qui continue de me hanter. Cela remonte à bien loin, du temps de la garderie, puis de l’école, puis du collège. J’étais toute petite quand, déjà, mes camarades ne m’aimaient pas à cause de mon aspect hideux. Je ne comprenais pas pourquoi jamais personne ne voulait jouer avec moi ou se mettre à côté de moi. Plus tard, presque tous évitaient la punition de se trouver assis en classe à côté de moi. Ils ne pouvaient pas supporter les moqueries des autres. En récréation, je restais souvent seule, enfin pas tout à fait puisque je subissais le harcèlement et la cruauté de certains.

Jusqu’au jour où j’ai eu pour camarade un autre laideron. Nous avons vécu, cette fille et moi, des choses horribles. Ces souvenirs me glacent encore. Mes parents qui ne voyaient rien ou qui faisaient semblant -je ne peux le confirmer avec exactitude- avaient le chic d’aggraver les choses. Pour mon malheur, ma mère s’était toujours entêtée à me faire pousser les cheveux alors qu’ils étaient très crépus. Elle semblait s’appliquer à me rendre encore plus laide que je ne l’étais, parce que j’avais même droit au masque de henné à chaque hammam. J’en ressortais avec une tignasse encore plus difficile à coiffer, de couleur rouille. J’avais un épouvantail en guise de tête avec des espèces de cornes nattées. Elle m’habillait avec des vêtements d’une autre époque, trop larges aux couleurs indéfinissables. Jamais je n’aurais pu lui dire que c’était à cause d’elle que j’étais le souffre-douleur et la risée de tous. Si seulement elle avait pu comprendre, j’aurais été une petite fille protégée et certainement une autre femme aujourd’hui; mais elle était vraiment trop bornée. Pour elle, c’était une honte que de remarquer à la sortie des écoles des filles encore toutes jeunes aux cheveux lâchés, avec des tenues qu’elle ne jugeait pas convenables. Elle se mettait souvent dans tous ces états contre le laxisme des parents irresponsables. Mon père, lui, imperturbable, était du genre à être plus que réconforté d’entendre ainsi parler ma mère. Tandis que pour moi, tout se compliquait à chaque rentrée scolaire. Et quand bien même, je ne pouvais pas haïr l’école parce qu’elle était mon seul refuge. Je continuais de subir les moqueries sur mon physique, mon apparence, mes vêtements, mes fournitures, mon cartable, jusqu’à mes sandales d’où mes doigts de pieds sortaient parce qu’elles étaient souvent trop petites. Les filles, mes camarades de classe et parfois d’autres aussi se moquaient de moi entre elles et complotaient avec les garçons pour qu’ils s’amusent à me tirer les cheveux et à me mettre des cafards dans les poches et tant d’autres farces. Mes continuelles plaintes n’étaient pas traitées avec sérieux, du fait de leur cadence et parce que je n’avais jamais pu faire intervenir mes parents. Ceux là, avec leurs œillères, auraient ruiné ma vie et mes études; leurs idées, je les trouvais tellement arriérées et détestables. Heureusement que la Providence ne m’a pas abandonnée, parce que bien qu’étant moche et mal fagotée, mes notes étaient brillantes. C’est ce qui m’a sauvée.
Plus tard, au collège et au lycée, j’avais appris à me défendre. On me respectait parce qu’on avait besoin de mon aide pour remonter les moyennes. Comme par magie, mes camarades ne me rejetaient plus, on devenait aimable avec moi et on se disputait la place tout près de la mienne. Je profitais de cet avantage jusque dans mes études supérieures. Aussi et heureusement avais-je pu me libérer de l’influence parentale. J’ai alors appris à me mettre en valeur grâce aux vêtements et au maquillage. Mais ce n’était pas suffisant pour trouver un amoureux. Je réussissais dans le domaine des études et dans le monde du travail, mais pas dans le domaine sentimental.
Pour continuer de me délivrer de ce qui m’habitait, je n’ai cessé de dépenser des fortunes en chirurgie esthétique, vêtements et artifices. J’ai maintenant de longs cheveux dont la moitié ne m’appartient pas. Je me suis fais coudre une belle crinière. J’ai agrandi mes yeux, ils ont la forme amande, avec des sourcils tatoués et des faux cils. J’ai les pommettes hautes, un nez droit, une dentition alignée, blanche, étincelante, toute en porcelaine. Je me suis fait sculpter un corps de sirène. Je m’habille très chic et très cher. Dans mon appartement, j’ai aménagé une chambre pour mon maquillage et ma beauté, puis une autre pour mes vêtements. Je fais attention aux moindres détails, les plus infimes qui concernent mon apparence. Si seulement tout cela pouvait me rendre heureuse et me libérer. Je constate malheureusement que non, ce mal est trop ancré en moi. Parce que si par malheur, un jour, je ne lis pas de l’admiration dans le regard des autres, je n’ai alors qu’une idée en tête, c’est d’aller étudier ce qui ne va pas. L’idée du bistouri ne me quitte pour ainsi dire jamais, tout comme mes vieux souvenirs. Même si aujourd’hui, tout est différent et que je suis devenue une personne dont on dit qu’elle est belle, sexy et très élégante, au fond de moi, je suis toujours l’enfant moche que j’ai été».

Mariem Bennani

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