samedi 21 octobre 2017

J’aime les animaux, eux pas…

Zaid, 15 ans, est collégien. Il adore les animaux et se sent frustré de ne pas pouvoir en adopter au moins un. Pourquoi cela ne lui est-il pas possible? Il raconte…

«Je ne suis plus ce bébé à consoler avec l’achat de toutes sortes de bêtes en peluche ou en plastique. C’est inadmissible à mon âge. Et puis, la vie avec des parents comme les miens est tout simplement intolérable pour quelqu’un comme moi. Pour eux, un animal à la maison, c’est hors de question. En tergiversant, ils avancent que notre vie en appartement ne nous le permettrait pas. Et que nous n’avons même pas une terrasse, seulement un petit balcon. Je sais aussi que c’est peine perdue depuis que mon adorable grand-mère est venue s’installer chez nous. J’avais eu, il y a bien longtemps, d’éphémères gains de causes.

Pour la première fois de ma vie, je me suis trouvé devant un clapier à lapin en allant au marché avec ma mère. Elle n’avait pas eu d’autre choix que de m’en acheter un. J’étais fou de joie, mettant toute la maison en effervescence pour qu’on lui emménage une place dans ma chambre. Je ne voulais plus le quitter, il me fallait coûte que coûte le garder auprès de moi. Des heures d’explication s’en suivirent pour me dissuader de l’enfermer dans ma chambre. J’acceptai la mort dans l’âme de le voir passer la nuit sur le balcon de la cuisine. Mon père, à l’aube, avant mon réveil, s’était occupé de lui en le faisant disparaître à tout jamais. Il s’en était allé le lâcher dans la nature. A moi, on m’avait exposé que le lapin s’était tué en sautant dans le vide et que le gardien de l’immeuble l’avait retrouvé mort et l’avait enterré. Inconsolable, j’ai passé des jours et des nuits à pleurer, persuadé d’être le seul responsable du suicide de mon pauvre ami lapin. On m’avait expliqué que ce lapin avait une âme qui circulait auprès de moi. Alors, je lui parlais, lui demandais de me pardonner et lui promettais solennellement que cela n’arrivera plus jamais. Mon amour des bêtes ne s’est pas amoindri. Je gardais l’espoir qu’un jour nous puissions adopter un animal chez nous. J’ai eu une perruche, mais la voisine, en prenant le café avec ma mère, lui fit la confession qu’un oiseau en cage à la maison portait malheur. On me dit à moi qu’il fallait obligatoirement la mettre sur la terrasse de l’immeuble pour lui donner l’illusion d’être dans le ciel, en liberté. Le lendemain, je fus horrifié de constater que quelqu’un m’avait dérobé ma cage et mon oiseau.
Une autre tragi-comédie allait se dérouler chez nous lorsqu’une amie de classe, connaissant ma passion, m’avait offert un bébé chat. Il fallait le voir, ce fripon, lové dans son adorable petit panier. Ses yeux avaient tellement attendri mes parents qu’ils n’avaient pas osé le rejeter. Tous à la maison étions gagas, sauf ma grand-mère. Ma grand-mère, tout un personnage, je l’adore! Sa présence chez nous m’est aussi indispensable que l’air que je respire. Pourtant, mes sentiments à son égard n’ont plus du tout été les mêmes lorsque j’ai su que ses pires ennemis étaient les chats et les chiens. Pour elle, c’était niet; ces animaux ne pouvaient avoir leur place en appartement et encore moins dans le nôtre. Lorsque cette minuscule boule de poils est entrée dans notre vie, elle ne voulait plus manger, ni boire. Elle râlait sans interruption, levant les bras au ciel implorant le Très-Haut et tous les saints de lui trouver une issue face au «drame» qui s’était abattu sur elle. Pas une minute ne passait sans qu’elle ne maudisse la pauvre bête, jurant que toute la maison puait le pipi de chat et que tous les canapés étaient souillés. Une situation intolérable pour quelqu’un comme elle qui fait sa prière, disait-elle. Je trouvais qu’elle en faisait trop. Je prenais un plaisir malin et vicieux à l’embêter en embrassant le matou et en allant ensuite la câliner. Je voyais des larmes de colère lui monter aux yeux. Mes parents, eux, rongeaient leur frein parce que je menaçais de me pendre, si quelqu’un avait la malencontreuse idée de toucher à mon chat. Mais le destin de la pauvre petite bête s’est joué lorsqu’elle s’est mise à gambader et sautiller dans tous les sens dans la maison. Un soir, je ne sais pas ce qu’il lui a pris, elle a été en miaulant faire un bond en pleine nuit dans le lit de mes parents. Ils ont eu très grosse frayeur qui nous a tous réveillés. Je les ai entendus ensuite l’insulter et l’enfermer dans la cuisine. Deux jours plus tard, il n’y avait plus de chat chez nous. Je n’ai rien dit, mais j’avais décidé que ma vie n’avait plus aucun sens aux côtés de cette famille de barbares. J’avais prévu une fugue pour le lendemain. Heureusement, je n’étais pas allé très loin, mes parents avaient pu me retrouver assez rapidement. Peut-être s’étaient-ils doutés que mon mutisme préparait quelque mauvais coup. Pour me consoler, le jour même, ils m’avaient offert un ordinateur. Ce qui n’était pas banal pour l’époque. De sitôt, j’en oubliais mon chagrin. Les recherches internet sur le monde des animaux me fascinaient. Je suis incollable à ce sujet et très sensible à leur cause. Je me suis également réconcilié avec ma grand-mère. Je ne comprends toujours pas sa phobie, mais j’évite toute discussion avec elle à ce sujet: c’est vain. Maintenant, je me suis fait une raison: il n’y aura jamais d’animal chez nous mais, chez moi, un jour, il y en aura partout, parce que j’ai des ambitions. Je sais qu’il n’y a que la réussite dans mes études pour me permettre de concrétiser mon rêve».

Mariem Bennani

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