vendredi 24 novembre 2017

J’ai donné mon or de mon plein gré ?!

Aïda, 62 ans, mère au foyer, est veuve et a 4 enfants. Cette femme a été dévalisée «avec son consentement». Voici son récit.

«Voilà, ce qui m’est arrivé est complètement fou, insensé. On m’avait déjà parlé de cela, mais ces histoires me semblaient trop abracadabrantes. Franchement, je ne croyais pas du tout à ce genre d’histoires à dormir debout qui ont été parfois relatées dans notre presse locale. Bref, je les laissais aux crédules. Je m’étais même permis, une fois, de pouffer de rire en disant que le diable aussi se serait fendu la poire avec cette énième ruse féminine. J’avais tort, j’aurais mieux fait de plaindre le sort des pauvres victimes qui ont subi ce que je viens de subir. Maintenant, je prends garde à ce proverbe qui dit: «Celui qui se réjouit d’un malheur ne restera pas impuni».

Mon histoire débute de la façon la plus banale qui soit. Ce jour-là, précisément celui où j’allais être dévalisée de mon plein gré, j’avais reçu l’appel de mon amie Aïcha qui m’invitait pour le goûter à 17 heures. Nous sommes un groupe de femmes et nous avons pour habitude de nous réunir les unes chez les autres à tour de rôle. Pour rien au monde, je n’aurai décliné cette occasion de me divertir, échanger des recettes et cancaner sur les potins truculents.

Je suis veuve depuis plus de 10 ans et je vis seule. Mes enfants sont tous mariés, ils s’occupent forcément de leur boulot et de leur petite famille. Et moi, lorsque j’ai fini de m’user avec mon ménage, mes courses et les soins que je délègue à ma pauvre santé, je tue comme je peux ce qu’il me reste comme temps libre.

Ainsi, comme d’habitude, après mon repas, ma petite sieste, ma toilette et ma prière, j’avais revêtu ma djellaba pour sortir. Etant donné que je devais me rendre à mon rendez-vous en bus, je n’avais pas pris de sac à main, mais dissimulé mon porte-monnaie dans mes poches intérieures. C’était un rituel imposé par mes enfants pour ne pas m’exposer au danger d’être une cible de choix pour pickpockets. Que de précautions, pour déjouer des voleurs qui n’ont pas une seule et unique technique! Evidemment, cela, j’allais en faire les frais, d’autant que ce n’était sûrement pas moi qui aurais pu pressentir ce qui m’attendait… N’en avais-je pas ri sournoisement?

Une fois sortie de chez moi, je me suis dirigée vers l’arrêt de bus le plus proche. Il me fallait marcher une bonne dizaine de minutes. Il faisait chaud et la rue était presque vide. A peine arrivée, une femme d’une quarantaine d’années, sortie de je ne sais où, m’a accostée. Elle m’a demandé de la guider vers une adresse. Par méfiance spontanée, je l’ai, comme on dit aujourd’hui, discrètement scannée. Rassurée par son élégante djellaba, son beau foulard et, à la main, une ordonnance médicale, je lui ai suggéré de se rendre à la pharmacie du coin pour des renseignements précis. Je me suis appliquée, sans me presser, à lui indiquer la direction. Ensuite, croyez-le ou non… Trou noir ! Je ne me souviens plus de rien du tout !!

Mon réveil, ou plutôt reprise de conscience dans ma maison, dans ma chambre à coucher, fut un choc. J’étais assise sur mon lit, encore avec ma djellaba et, à mes côtés, trônait mon vanity de voyage béant et vide, tentant de comprendre et de répondre vainement à mes propres questions. Comment avais-je pu me retrouver-là? Pourquoi avais-je sorti de sa planque mon or? Pour sûr, personne ne pouvait l’avoir fait à ma place. J’étais bien la seule au monde à en connaître la cachette et les numéros de sécurité pour l’ouvrir. Je revenais de loin. C’est là que je m’étais mise à hurler en boucle: «Au secours, on m’a volé!», jusqu’à tomber au sol d’épuisement. Mais il n’y avait personne. Personne pour me venir en aide, ni pour me répondre. J’étais seule. Ensuite, un retour d’aplomb très furtif et quasi inespéré m’a permis de me lancer jusqu’à ma porte d’entrée, à la poursuite d’un hypothétique cambrioleur, un fantôme. Je la trouvais entrebâillée. Derrière, je reconnaissais mes voisins et voisines attroupés, prêts à bondir sur n’importe quel individu qui surgirait. Je tentais de leur parler, mais j’étais dans un état indescriptible, tantôt la mémoire lucide, tantôt la mémoire défaillante, un peu comme des coupures de courant successives. Je ne cessais de répéter que j’avais besoin de mes enfants.

Lorsque j’ai repris un peu de forces, je n’ai pu relater que ce dont j’avais un souvenir exact. Impossible de me rappeler ce qui m’avait poussée au retour à la maison et à qui j’avais remis volontairement mes bijoux.

Avec mes enfants, nous avons été déposer plainte pour vol, mais contre X. J’avais été victime de voleurs d’un genre plutôt étrange qui, de temps à autre, se manifestaient d’une ville à une autre. Avant, m’a-t-on affirmé, ces hommes opéraient seuls, mais leur procédé a été peaufiné. Les rumeurs ne leur avaient pas laissé de choix que de s’associer à des complices de sexe féminin, pour accoster les victimes. La prise de contact étant l’étape capitale dans leur délit. L’acolyte est un homme, c’est lui qui, de loin, récite des formules magiques pour s’emparer de la pensée de la victime. Il lui ordonne ce qu’il veut, sans qu’elle puisse se rebiffer. Une sorte d’Hypnose… Ainsi, c’est moi-même, obéissant à une emprise satanique, qui leur avais offert mes deux parures, mes sept bracelets (sertla) et plusieurs bricoles en or. Quel désastre! Je regrette tellement de m’être privée de les porter, mes économies de plus de 40 ans»!

Mariem Bennani

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