mardi 24 octobre 2017

Depuis que j’ai assisté à un viol…

Drissia, 60 ans, femme au foyer, a été témoin d’une tentative d’agression sexuelle. Elle souhaite plus d’attention concernant ce fléau.

«Etre témoin d’une tentative d’agression sexuelle est horripilant. Après cela, on ne se sent plus jamais en sécurité, nulle part. Comme tout le monde, j’avais vu des films, des feuilletons ou même l’actualité relatant le viol ou l’agression sexuelle. Cela m’avait affectée sur le moment, puis j’ai touché du bois en priant le Seigneur pour qu’Il me préserve du mal, ainsi que tous les membres de ma famille. De pareilles abjections restent tabous, parce qu’on préfère se dire qu’après tout, ca ne peut arriver qu’aux autres.
Malheureusement, nous avons tort de faire les autruches; il faut absolument en parler parce que des malades, il y en a beaucoup. Ils se fichent de tout et sont capables d’opérer n’importe où. J’ai vu de quoi peut être capable un malade mental. C’est pourquoi je me sens dans le devoir de raconter cette mésaventure.

Il y a quelques semaines, comme d’habitude, je suis sortie pour faire mes achats, sachant qu’en ce jour particulièrement, je pouvais prendre tout mon temps et rentrer plus tard que d’habitude. Je n’avais pas de déjeuner familial à préparer. Aussi, j’en ai-je profité pour me rendre chez mon couturier qui m’avait promis de me livrer l’ouvrage que je lui avais commandé. Je dus attendre une éternité son arrivée. Une fois de plus, il n’avait pas tenu parole : ma djellaba n’était donc pas prête. Je rageais parce que nous avions prévu, mon mari et moi, d’aller ce week-end rendre visite à mon beau-frère qui avait eu une promotion. Il était 13 heures et je n’avais pas encore faim. Je préférai donc aller fouiner dans les rayons d’ustensiles de cuisine du grand magasin spécialisé qui se trouvait sur mon chemin. J’y entrai et me mis à inspecter d’abord les nouveaux appareils électroménagers. Puis, je me suis dirigée vers le secteur des services en porcelaine.
Le magasin était immense, il y avait même un sous-sol plein à craquer. J’étais bien contente qu’à cette heure et en ce jour de début de semaine il soit désertique; ce n’est presque jamais le cas. Les responsables du magasin et les vendeurs se trouvaient tous à la caisse située à l’entrée. Moi, je continuais ma prospection en m’enfonçant vers le fond. C’est là que je remarquai qu’un grand gaillard mal fichu tentait de plaquer une jeune femme au mur, entre deux rayons. Elle semblait se débattre après avoir été bloquée par surprise. Je voyais que l’homme essayait de lui relever ses vêtements. Heureusement que j’avais compris le manège. Je poussais un cri strident en envoyant valser le tas de fourchettes qui se trouvaient juste à ma portée. Les vendeurs, alertés par mon vacarme, accoururent. Hors de moi, je n’arrivais pas à cesser de lui balancer des injures. Si je pouvais, je lui aurais arraché les yeux. Ce voyou affolé s’empara d’un couteau qu’il pointa dans ma direction. Heureusement, il avait lâché la jeune femme qui tentait de retrouver son souffle; elle avait été étranglée. Elle reprit sa respiration puis, de rage, elle eut la force de s’emparer d’une marmite en fonte et de la catapulter en direction de son agresseur qui tentait l’évasion. Le responsable du magasin avait appelé à la rescousse tous ses vendeurs installés au dehors. Les gardiens de voitures et quelques commerçants, eux aussi alertés par leurs propres vendeurs, avaient également accouru pour tenter de maîtriser l’infâme individu. Ce n’était pas chose facile: il était armé de son couteau. Il fut fort heureusement intercepté à la sortie du magasin par une horde d’hommes munis de bâtons. Il fut sauvagement tabassé et ligoté. La pauvre jeune femme l’avait échappée belle. Moi, je tremblais de tous mes membres. Nous n’osions aller voir la rixe. Ensuite, malgré l’ampleur du drame, nous n’avions pas souhaité porter plainte contre lui. Nous avions peur qu’il puisse facilement retrouver notre trace et se venge. Après d’interminables pourparlers, il a finalement eu affaire aux propriétaires du magasin. Depuis, chaque fois que je sors, je me sens comme traquée. J’essaye de ne pas m’éloigner de mon quartier. Sinon, j’attends d’être accompagnée par mon mari ou par l’un de mes fils. Je ne peux me permettre d’oublier toutes les jeunes filles et femmes qui n’ont pas cette chance. Pour cette raison, je ne cesse de parler autour de moi de cette mésaventure. Désormais, mon plus grand souhait est que ce genre de pervers soient sévèrement punis par la loi et que les jeunes filles, les femmes, voire les enfants… soient avertis de ce danger qui peut les guetter n’importe où».

Mariem Bennani

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