Ali Chaabani, sociologue : «Le phénomène des agressions est plus complexe qu’il n’en a l’air»

Dans l’actualité des derniers mois, plusieurs cas d’agressions ont été rapportés. D’où vient cette pulsion à agresser son concitoyen? Du point de vue du sociologue Ali Chaabani, la multiplication des agressions à l’arme blanche, dans les villes marocaines, reflète une crise identitaire et un sentiment d’injustice qui ronge une certaine jeunesse marocaine en perdition. Les inégalités sociales et spatiales, outre le creusement du fossé social entre riches et pauvres, sont également pointées du doigt par le sociologue.

Suite à la multiplication des agressions dans les lieux publics, peut-on parler d’une recrudescence du sentiment d’insécurité au Maroc ?

La multiplication des cas d’agressions et de violences physiques contre les citoyens dans les lieux publics est une réalité. Cette situation a un impact certain sur le sentiment d’insécurité chez les citoyens. La prolifération des agressions sur la voie publique qui n’exclue aucune ville du Royaume affecte considérablement la liberté de circulation dans la rue qui constitue un droit fondamental garanti pour tous les citoyens. C’est dire si le sentiment d’insécurité a considérablement augmenté ces dernières années, d’où l’urgence d’une action décisive de la part des autorités.

Des acteurs de la société civile au niveau national considèrent que les individus impliqués dans des affaires d’agressions sont, eux-mêmes, des victimes de la société et sont le miroir de la société marocaine. Partagez-vous ce point de vue?

Quoique rien ne justifie le recours à la violence contre autrui, j’estime que le phénomène des agressions est plus complexe qu’il n’en a l’air. Mis à part quelques cas, la plupart des agresseurs s’adonnent à de telles pratiques, non pas par choix, mais par obligation. La pauvreté, l’absence de cohésion familiale, le faible niveau d’étude et l’absence de perspectives peuvent pousser certaines personnes à sombrer dans la criminalité sous toutes ces formes. A cet égard, je reste convaincu que les responsables politiques ont une grande part de responsabilité dans cette situation. A l’ère des réseaux sociaux, les jeunes sont témoins du train de vie fastueux de certains responsables politiques. Ce qui accentue chez cette catégorie de la population, un sentiment de haine envers la société qu’ils considèrent comme étant responsable du creusement du fossé entre riches et pauvres. L’Etat doit mettre en place de nouvelles stratégies pour renforcer la cohésion sociale et spatiale au sein de la société, à travers des mesures tant préventives que correctives.

Doit-on finalement laisser les agresseurs sévir en toute liberté sous prétexte que la vie ne leur a pas fait de cadeaux?

Absolument pas. Les forces de l’ordre sont appelées à multiplier les campagnes anti-agressions dans le but de rétablir l’ordre public et renforcer le sentiment de sécurité chez les citoyens. Aussi, il est important de sanctionner toute personne qui contribue à semer la peur et la panique parmi la population. Cela dit, ce travail doit être mené en parallèle avec des études sociologiques approfondies, dans le but de cerner les contours du problème, le situer avec précision pour mieux le définir et le comprendre.

Les Marocains en appellent à l’intervention de SM le Roi Mohammed VI, garant de la sécurité spirituelle, de la stabilité et de la justice pour tous les citoyens. Cet appel de détresse lancé au Souverain n’est-il pas un aveu d’échec des pouvoirs publics?

Si nos responsables s’acquittaient de leurs missions de manière appropriée, les citoyens ne s’en remettraient pas en permanence au Souverain. La gestion du quotidien du citoyen, relève de la responsabilité du gouvernement et des élus locaux, qui vivent dans leur tour d’ivoire et ne se soucient aucunement des attentes de la population.  Il faut que chacun prenne ses responsabilités pour soulager les maux de la société, dont les agressions ne sont qu’une manifestation parmi d’autres, quoique importante et extrêmement inquiétante. 

Propos recueillis par Mohcine Lourhzal

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Un commentaire

  1. C’est un échec des parents qui ne sont pas d’abord eux même éduqués puisque l’éducation commence par la famille donc il faut regarder de ce coté

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