lundi 11 décembre 2017

Zafzafi : Le point de rupture

Celui qui a pris la tête du Mouvement de contestation à Al Hoceïma, Nasser Zefzafi, est aujourd’hui devant la Justice. Fallait-il donner un coup d’arrêt à ses harangues qui allaient crescendo, ou le laisser conduire ce Mouvement (al Hirak) comme il le faisait ?

Les partisans de la 2ème option continuent de manifester et d’exprimer leur soutien, demandant sa relaxation (Nous sommes tous Zafzafi, libérez-le ou mettez-nous tous en prison, disent leurs pancartes et slogans). Qui sont-ils et pourquoi le font-ils ? Les observateurs objectifs ont du mal à y voir clair. Car, aux côtés des citoyens d’Al Hoceïma qui, de bonne foi, se battent pour une réponse à leurs revendications économiques et sociales, il y a une flopée d’intervenants dont les intentions et objectifs sont différents… Il y a les inconditionnels supporters de toute contestation au Maroc, comme l’AMDH, immédiatement entrée en ligne… Puis les initiateurs dépités du Mouvement du 20 février (2011) qui rêvent toujours d’un «Printemps arabe» au Maroc, comme Annahj Addimocrati… Mais encore, les déçus des dernières élections, les aigris de certains partis politiques… Et la liste est longue, comptant tous ceux qui, pour une raison ou pour une autre, sont en colère contre leur pays et/ou contre ceux qui nous gouvernent. Si l’on y ajoute les soutiens extérieurs au pays, dont la diversité interpelle encore plus, il devient difficile de voir dans tout ce «beau monde», un Mouvement aux revendications homogènes qui se limitent aux droits économiques et sociaux.

Certes, les excès de tous ceux qui soutiennent Zafzafi ne lui sont pas imputables. Certains parlent (et font de la surenchère) en son nom sans qu’il leur ait rien demandé.

Mais Zafzafi lui-même a commis une faute… LA Faute… Celle qui lui a aliéné le soutien de nombreux Marocains. Tant qu’il exprimait des revendications socio-économiques pour sa ville, non seulement personne ne s’était mis sur son chemin, mais l’Etat s’était incliné devant ses revendications. Celles qui pouvaient avoir une réponse immédiate l’ont eue (le dialogue engagé, l’éloignement des interlocuteurs qu’il refusait, etc). Pour les autres, réalisables sur le moyen et long terme, des délégations ministérielles se sont rendues à Al Hoceïma pour une évaluation, précise et par secteur, de la situation ; et pour prendre des engagements fermes visant à accélérer la mise en œuvre des plans de sauvetage… Délégations ministérielles qu’il a d’ailleurs boycottées…

Mais, tout a basculé lorsque Zafzafi est passé des simples et légitimes revendications sociales des citoyens d’Al Hoceïma, à un discours politico-religieux menaçant de réveiller, dans cette région du Rif et au-delà, tous les démons que le Maroc a mis tant d’efforts à exorciser. C’est là qu’il a franchi le point de rupture. Bien qu’il s’en soit défendu, ses harangues remettaient en selle les divisions entre berbères et Arabes («l’occupation espagnole est plus supportable que l’occupation arabe», a-t-il déclaré, sachant que l’occupation espagnole avait à l’époque gazé les Rifains) ; les vieilles velléités de séparatisme du Rif (son utilisation de la mémoire de Abdelkrim El Khattabi a excédé jusqu’à la fille du résistant Rifain qui lui a demandé d’y mettre un terme), le radicalisme religieux (son prêche improvisé à la mosquée, vendredi 26 mai, est juste hallucinant)…

Etait-il seulement grisé par son succès, ou avait-il un plan à exécuter, soutenu et financé à partir de l’étranger, comme cela a été avancé ? La Justice tranchera et apportera sans aucun doute les preuves de ce qu’elle affirmera.

Quoiqu’il en soit, pour la majorité des Marocains, y compris certains parmi ceux qui soutiennent Zafzafi, il y a deux lignes rouges à toute cette affaire d’Al Hoceïma: la stabilité du pays et la mise en cause du Roi.

Pour ce qui concerne la stabilité, le Maroc a su préserver la sienne durant les pires moments du «Printemps arabe». Il continue de le faire, alors que le terrorisme extrémiste ne cesse de le menacer. Ce n’est pas pour que la manipulation de revendications sociales d’une ville fasse tout voler en éclats ! L’Etat doit répondre aux revendications, c’est indéniable, mais la stabilité du pays est non-négociable.

Enfin, mettre en cause le Roi, c’est d’abord faire preuve d’une profonde injustice à son endroit, lui qui est sur tous les fronts pour défendre les intérêts du pays et qui, plus est, concernant Al Hoceïma, a été le premier à agir, en lançant le Plan de développement de cette région en 2015 (il faudra déterminer à qui incombe la faute du retard enregistré par la mise en œuvre de ce Plan). Ensuite, cela est devenu une évidence non contestée, le Roi et l’institution qu’il incarne est le véritable socle qui unit toutes les composantes du Maroc d’aujourd’hui.

Bahia Amrani

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