mercredi 23 août 2017

Maroc-Algérie Quels enjeux autour des «Touaregs» ?

Un nouvel épisode vient exacerber les relations entre le Maroc et l’Algérie. C’est celui des Touaregs du Nord du Mali. Episode qui a commencé le vendredi 31 janvier, lorsque le Roi Mohammed VI a reçu, à Marrakech, Bilal AG Cherif, le secrétaire général du mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) et Moussa AG Attaher, porte-parole du mouvement.

Les épisodes, dans cet inépuisable feuilleton des tensions maroco-algériennes, ne se comptent plus, il est vrai.
En ce moment, la crise atteint le summum du crescendo. Sur le web, les insultes fusent («Marochiens» pour Marocains, d’un côté, «Algéchiens» pour Algériens, de l’autre), mais pas seulement… Les sphères politiques s’enflamment aussi. En Algérie, on accuse le Maroc de multiplier les provocations. Au Maroc, on rétorque que les provocations ont commencé en Algérie et que ce qui change, c’est que le Maroc a décidé de rendre coup pour coup, voire d’anticiper les coups.
Mais ce dernier épisode qui concerne les Touaregs du Nord du Mali réunit, à lui seul, tous les enjeux autour desquels s’affrontent le Maroc et l’Algérie. Les enjeux clairs et apparents et ceux, plus subtils, qui se dessinent en filigrane.
Le premier enjeu est celui du leadership dans la zone sahélo-saharienne. Celui-là est clair. L’Algérie considère qu’elle est incontournable dans cette zone, du fait de ses frontières communes avec certains pays du Sahel (le Mali et le Niger, notamment). Ce que personne ne lui conteste. Les problèmes commencent quand Alger veut imposer un leadership exclusif, avec le droit de décider qui peut être associé à la recherche d’une solution aux problèmes de la région sahélo-saharienne et qui ne le peut pas. Le Maroc, mais également les Etats Unis et la France, n’acceptent pas d’être exclus de la lutte contre le terrorisme et l’anarchie, dans cette région, par la seule volonté algérienne. D’autant, estime le Maroc, que ces problèmes –que l’Algérie est loin de pouvoir résoudre seule- le menacent aussi. C’est dans les étendues non contrôlées du Sahel que les groupuscules d’Aqmi (Al Qaïda au Maghreb islamique) se réfugient et prospèrent grâce à leurs trafics mafieux, échafaudant des plans et proférant des menaces contre le Maroc. Sans compter que le Maroc d’aujourd’hui est l’héritier de l’empire chérifien d’hier, qui avait des frontières communes avec le Sahel et a toujours été très impliqué dans cette région…
Le problème du Mali et des Mouvements Touaregs du Nord du pays a remis la question du leadership sur le tapis. L’Algérie s’est posée en médiateur entre ces Mouvements Touaregs et le pouvoir central du Mali. Mais elle a misé sur la mauvaise carte, celle d’Ansar Dine, Mouvement Touareg intégriste, connu pour ses accointances avec les jihadistes d’Aqmi. Aussi, quand l’Algérie a invité les Touaregs à se réunir chez elle, le MNLA, l’autre Mouvement important qui contrôle le Nord du Mali ne s’y est pas rendu. Son dirigeant a préféré venir au Maroc y rencontrer le Roi Mohammed VI. Pire, trois Mouvements Touaregs (le Mouvement des Arabes de l’Azawad –MAA-, la Coordination des mouvements et forces patriotiques de résistance –CMFPR- et le Haut conseil pour l’unité de l’Azawad –HCUA-) étaient censés avoir assisté à la réunion d’Alger, mais aussitôt après, leurs chefs ont nié que ceux qui y étaient les représentaient.
Côté marocain, un communiqué du cabinet royal, rendu public à l’issue de la visite du chef du MNLA, rappelait «le souci constant du royaume du Maroc de préserver l’unité territoriale et la stabilité de la République du Mali, ainsi que la nécessité de contribuer à une solution et à un compromis qui permettraient de lutter contre les mouvements intégristes et terroristes qui menacent aussi bien les pays du Maghreb que la région du Sahel et du Sahara» et concluait que le Roi avait «encouragé le MNLA à continuer de s’inscrire dans le cadre de la dynamique régionale, initiée par l’Organisation des Nations Unies et la CEDEAO, selon une approche réaliste et efficiente, à même de parvenir à une solution définitive et durable». Dans ces quelques mots, tout était dit. L’ONU et la CEDEAO étaient mis en avant. Quant à «L’approche réaliste» et à «la solution durable», ce sont des concepts auxquels le Maroc ne cesse d’appeler pour sa propre cause nationale, celle du Sahara.
Car l’autre enjeu important dans cette région est celui du Sahara. Le rapprochement du MNLA avec le Maroc est une victoire, en elle-même, sur le Polisario qui avait combattu aux côtés de ce Mouvement contre le pouvoir malien. D’où la crainte de l’Algérie de voir la même arme utilisée contre elle. A savoir, la déstabilisation de son Sud où se trouvent les «Touaregs algériens» avec l’aide de Touaregs séparatistes du Mali et de tous ceux qui rêvent du grand Azawad. Si en plus ces Touaregs deviennent les amis du Maroc qui subit le soutien algérien aux séparatistes sahraouis depuis près de 40 ans…
Aussi, le dernier enjeu est-il celui de la défense éloignée. Tant le Maroc que l’Algérie ont intérêt à rester vigilants dans cette zone où se joue, non pas la sécurité de cette zone-même, mais la leur.

Bahia Amrani

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