lundi 23 octobre 2017

Comité Al-Qods Quelle utilité ?

Il faut du courage pour s’attaquer à la question palestinienne. Tous ceux qui s’y sont essayés ont dû s’armer, non plus de courage, mais de témérité. Ils y ont parfois consacré leur vie et leur vie n’a pas suffi.

De Yasser Arafat à Mahmoud Abbas, côté palestinien, sans oublier ceux des leurs –morts ou vivants- qui se sont opposés à eux, au nom de la même cause… De la longue liste des dirigeants arabes à la non moins longue liste des responsables israéliens qui, pendant plus de 66 ans, se sont relayés sur le triple front des guerres sanglantes, des illusoires deals de paix et des négociations avortées… Des initiatives et feuilles de route qui ont toutes fini en stand-by (la dernière en date, celle du Quartet), aux médiations des grandes puissances et résolutions des instances internationales, indifféremment vouées au même sort… Le monde a suivi les près de 7 décennies de rebondissements de ce conflit, sans jamais pouvoir y apporter de solution.
Il faut donc bien plus que du courage pour, aujourd’hui encore, reprendre son bâton de pèlerin et croire pouvoir faire bouger les lignes.
En réunissant sa 20ème session, à Marrakech, la semaine dernière (17-18 janvier), le Comité Al-Qods, sous la présidence du Roi du Maroc, prenait un pari incertain. Les causes de l’échec de toute tentative de résoudre le problème palestino-israélien sont toujours là. Pire, elles se sont aggravées. D’un côté, le gouvernement israélien a accéléré sa politique des colonies, annexant de facto des pans entiers du territoire ; ce qui vide de leur substance les négociations de paix qui prévoient la coexistence de deux Etats distincts, avec une Palestine dans ses frontières d’avant la guerre de 1967 (comme l’énoncent les résolutions de l’ONU). De l’autre, le front palestinien s’est largement fissuré, un affrontement fratricide opposant le Hamas régnant en maître à Gaza, à l’autorité de Mahmoud Abbas confiné en Cisjordanie. Et pour tout couronner, le front arabe, en plus des rivalités qui l’ont toujours miné, se retrouve encore plus affaibli et divisé, suite à la guerre d’Irak (qui a changé la donne des Chiites dans la région, les renforçant) et aux tempêtes du «Printemps arabe» qui ont secoué –et secouent toujours- certains des Etats les plus directement concernés par le voisinage d’Israël (la Syrie, l’Egypte…). Sans oublier que la bipolarité du monde s’est écroulée avec le mur de Berlin et que les Etats Unis, allié inconditionnel d’Israël, ont la haute main sur la région. Etats Unis qui, du reste, ne semblent même plus en mesure d’exercer de pression sur le gouvernement israélien. On a vu comment le ministre de la défense d’Israël s’est moqué des actuels efforts de relance des négociations de paix que déploie John Kerry, s’interrogeant sur son «incompréhensible obsession… son messianisme» et lançant: «la seule chose susceptible de nous sauver est que John Kerry remporte le prix Nobel et nous laisse tranquilles» !
Quelle utilité du Comité Al Qods dans un tel contexte ? La réponse est dans le timing et la stratégie choisis par sa Présidence.
Faire entendre, aujourd’hui, la voix de ce Comité qui ne s’est pas réuni depuis 2002 (et dont cette 20ème session était prévue pour… 2009), n’est pas fortuit. D’une pierre deux coups. Le Comité Al Qods apporte son appui aux efforts de relance des pourparlers de paix par l’administration américaine. Cela est d’ailleurs explicitement consigné dans le communiqué final (paragraphes 3 et 9). Dans le même temps, il conforte le retour de la question palestinienne sur les devants de la scène internationale, après qu’elle ait été éclipsée par les autres événements qui ont ébranlé la région… Ce qu’exprime le Roi du Maroc, Président du Comité lorsqu’il évoque, en ouverture des travaux le «repli sensible, tant en termes de soutien politique et matériel, qu’au niveau des médias» de la «solidarité à l’égard de la cause palestinienne».
Pour ce qui est de la stratégie, le Comité Al Qods la décline en deux axes. D’abord, l’action diplomatique à laquelle il entend insuffler une nouvelle dynamique (désormais présence des représentants du Comité Al Qods partout et tout le temps, résume la ministre déléguée aux Affaires étrangères, M’Barka Bouayda). Ensuite –et c’est le point sur lequel insiste fortement le Maroc- l’action sur les lieux-même. Une action de terrain, au quotidien, à l’intérieur de la ville d’Al Qods, via l’Agence Beït Mal Al Qods, pour secourir les démunis, créer des emplois et sauver des terres en les achetant. Action qui ne s’est jamais interrompue ces 12 dernières années (souligne le communiqué final) et que le Maroc –qui l’a financée à hauteur de 80% jusqu’à présent- appelle à renforcer avec la participation de tous, dans le cadre d’un plan quinquennal.
Avec cette stratégie, le Comité Al Qods fait preuve de réalisme, s’engageant pour ce qui est en son pouvoir. C’est un pragmatisme à saluer. Il lui faut effectivement occuper le terrain, au sens propre comme au sens figuré. Mais, pour le reste, le problème reste inextricable… Ceux qui auraient quelque velléité d’y apporter une solution de fond feraient mieux d’envisager de soulever les montagnes. La tâche serait plus facile que de réconcilier les Palestiniens et les mettre d’accord sur une seule direction ; réunir tous les Arabes et Musulmans autour d’un même plan de solidarité avec les Palestiniens ; convaincre Israël du bienfondé d’une solution juste et équitable avec 2 Etats, dont une Palestine autonome ayant les frontières d’avant la guerre de 1967 et Al Qods-Est comme capitale ; etc, etc.
Si les Palestiniens étaient convaincus que l’administration américaine pourrait réaliser cela, Mahmoud Abbas, de retour de Marrakech où ont pris fin les travaux du Comité Al Qods, n’aurait pas décidé, sans attendre, de s’envoler pour… Moscou.

Nous nous réjouissons de l’attribution à la Palestine du statut d’Etat observateur non membre au sein des Nations unies.

Bahia Amrani

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