mercredi 18 octobre 2017

24 morts pour une leçon !

La tragédie vécue par le quartier Bourgogne de Casablanca n’en finit pas de bouleverser -en même temps que de révolter- à mesure que l’on en découvre les détails.
Depuis ce vendredi 11 juillet, où l’on apprenait que trois immeubles s’étaient effondrés au milieu de la nuit, dans ce quartier, faisant (au premier constat) deux morts et une quarantaine de blessés, la gravité de ce drame n’a pas cessé d’augmenter.
Les morts et les blessés d’abord. Le bilan, définitif, est de 24 morts, dont certaines atroces, et une soixantaine de blessés, dont plus d’une dizaine graves.
On est loin du premier bilan annoncé au lendemain de la catastrophe !

Tous les Marocains étaient déjà profondément touchés par le décès, dans de telles circonstances, de cet enfant de deux ans et de cette jeune femme de 40 ans qui ont été les premières victimes sorties de sous les décombres. Mais le malheur n’allait pas s’arrêter là. Plusieurs corps étaient prisonniers des gravats. Certains étaient déjà sans vie, mais d’autres –et c’est le plus insoutenable- étaient juste bloqués sous les immeubles en ruine. C’est le cas de la jeune actrice, Amal Maarouf, qui communiquait avec sa famille et les sauveteurs, par téléphone portable, leur expliquant qu’elle et sa mère étaient encore vivantes, puis que sa mère avait rendu le souffle, puis qu’elle manquait d’air, avant que sa voix ne s’éteigne à jamais. Trois jours d’espoir et d’agonie qui finissent ainsi… Il n’y a pas d’autre mot: c’est insoutenable.
Finalement ce sont 23 corps inanimés que les éléments de la protection civile retireront, les uns après les autres, d’entre les murs et plafonds entassés. Un pénible suspense pour les familles qui attendaient des miracles.
Mais la gravité de cette tragédie ne se limite pas au nombre de morts et de blessés. Il y a aussi les causes de cette tragédie. Une enquête officielle est certes lancée et il faut en attendre les résultats, le juge d’instruction étant à l’œuvre. Mais il n’y a quasiment plus de doute sur ces causes. D’abord, les immeubles (deux R+4 et un R+5) étaient initialement des R+1. Comment est-on passé de 1 étage à 4 et 5 ? Avec quelles autorisations ? Quels architectes, si tant est qu’il y en ait eu ? A qui incombent les responsabilités ? C’est ce que déterminera l’enquête. Mais, l’on peut d’ores et déjà condamner, avec la plus vive énergie, tous les inconscients qui ont participé à cette démarche. Que ce soit ceux qui auraient donné les autorisations de surélévation, sans s’assurer du renforcement des structures, avant et après les travaux. Ou bien, ceux qui auraient triché pour obtenir les autorisations, sans se soucier des conséquences. L’incompétence et la corruption, si elles sont vérifiées, sont ici impardonnables. Il y a 24 morts !
Et le plus grave, c’est que la plupart des immeubles du quartier ont connu des surélévations ! Si elles n’ont pas été faites dans les règles, des drames similaires menacent leurs habitants.
Autre cause du drame, l’inconscience de l’habitant du 1er étage (fils du propriétaire de l’immeuble) qui, pour élargir son salon, a fait venir un maçon qui a détruit un des piliers de l’immeuble. Plus d’étages et moins de piliers… La catastrophe s’explique aisément.
Les questions qui se posent, aujourd’hui, sont les suivantes: combien de personnes entreprennent des travaux dans leur domicile, ou sur leur terrasse, sans être conscientes du danger que courent les fondations si, du fait de ces travaux, elles ne supportaient plus le poids qui leur est imposé ?
Combien de pseudo-responsables délivrent des autorisations de complaisance, en échange de quelques billets, n’étant même pas conscients de la gravité de leur acte, jusqu’à ce qu’un jour, un drame se produise ?
Ce qu’il faut espérer, après le drame de Bourgogne, c’est que tout le monde retienne cette leçon –dont le douloureux prix a été 24 morts (et plusieurs familles dépossédées de tout)- et que les autorités usent de la plus grande fermeté, aussi bien pour déterminer les responsabilités que pour revoir l’ensemble des textes, afin qu’il n’y ait plus jamais ça.

Bahia Amrani

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