mardi 23 octobre 2018

Violences faites aux femmes : Les lacunes d’une loi

Une femme marocaine violentée par son mari, en pleine rue à Tanger  

Jugée progressiste par les uns et insuffisante par d’autres, la loi 103.13 relative aux violences faites aux femmes au Maroc ne fait pas l’unanimité.

Qualifiée de progressiste par la ministre de la Famille, de la solidarité, de l’Egalité et du Développement social, la nouvelle loi contre les violences à l’égard des femmes est jugée insuffisante par le tissu associatif qui pointe plusieurs lacunes. Tout en considérant que la nouvelle loi contre les violences faites aux femmes au Maroc est riche en dispositions qui accordent davantage de protection aux victimes, nombreuses sont les associations de défense des droits des femmes au Maroc qui énumèrent certains obstacles, lesquels, selon elles, risquent de freiner les femmes violentées dans leur élan dénonciateur.

Les insuffisances de la loi 103.13

Parmi ces obstacles, il y a l’obligation pour la femme victime de violence de porter plainte pour que son cas soit pris en considération. Sur ce point, des voix s’élèvent pour rappeler qu’au Maroc, peu de femmes vont jusqu’au bout et dénoncent les actes de violence dont elles sont victimes; surtout si cette violence est à caractère sexuel et commise par le conjoint. L’autre lacune pointée par les détracteurs de cette loi est relative au fait que certains agents de police recommandent souvent à la femme violentée par son conjoint de rentrer au foyer conjugal et de taire sa détresse, pour ne pas être considérées par la société comme une «mauvaise épouse» et une «femme rebelle»; ce qui reste très mal vu dans la société marocaine. Pour la Fédération Internationale des Droits de l’Homme (FIDH), la loi 103.13 est comparable à une montagne qui a accouché d’une souris. Dans ce sens, la Fédération n’est pas allée de main morte en dénonçant une «réforme cosmétique et insuffisante» qui, in fine, n’aura aucune incidence sur la perception de la femme et de son rôle dans la société par certains hommes ayant une mentalité archaïque.  La FIDH va encore plus loin en estimant que la nouvelle loi contre les violences faites aux femmes n’est qu’un moyen de masquer les souffrances physiques et psychologiques des femmes victimes de violences au Maroc.

D’autres failles, concernant les mécanismes d’application de cette loi, sont relevées par la société civile.  Il s’agit, entre autres, de l’exigence de témoins et de preuves que doivent apporter les femmes victimes de violences, outre la possibilité, pour elles, de retirer leur plainte, ce qui empêche la société civile de se porter partie civile. Les détracteurs de la loi 103.13 ajoutent que, dans la majorité des cas, une femme violentée subit des pressions de la part de la famille, la poussant à demander l’abandon des charges contre la partie adverse, de peur de représailles, s’il s’agit d’un étranger ou pour éviter la «chouha» (scandale) au cas où c’est le conjoint qui est à l’origine de l’acte de violence.

Certes, la loi incriminant les violences faites aux femmes est une bonne chose, un pas vers la réhabilitation de la femme marocaine. Il n’en demeure pas moins qu’un travail de fond et de longue haleine reste à faire auprès des générations montantes. Objectif, faire de ces dernières les citoyens de demain respectueux de la femme et conscients de son rôle dans la société, loin de tout stéréotype sexiste. 

Mohcine Lourhzal

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