mercredi 22 mai 2019

Libertés, conservatisme : La double bataille des femmes, aujourd’hui

Dans son combat pour la dignité et la reconnaissance, la femme marocaine fait face à de multiples barrières d’ordre culturel et religieux 

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Ph: Soufiane Benkhadra

Le Maroc, à l’instar des autres pays du monde, célèbre le 8 mars de chaque année, la Journée internationale de la femme. C’est l’occasion de revenir sur les acquis obtenus par les femmes marocaines, mais aussi de pointer les obstacles qui se dressent devant ces dernières, lesquelles livrent au quotidien une double bataille, pour plus de libertés et contre le conservatisme rampant. Car l’affligeante réalité, ces deux dernières décennies, c’est qu’au moment où les femmes commençaient à réaliser quelques avancées en matière de droits, de parité et de statut social, la lame de fond intégriste, non seulement a stoppé net ces progrès, mais a imposé un abandon de certains acquis, en même temps qu’un recul de la cause de la femme. Après le pas en avant, deux pas en arrière donc… D’où, un nouveau combat…  

Les femmes marocaines, épaulées par les défenseurs de la cause féminine, ont bataillé dur, de longues années durant, pour qu’enfin soient reconsidérés leur rôle et leur place au sein de la société, malgré les réticences d’une catégorie de citoyens hostiles au changement. 

Redonner leur pleine dignité aux femmes

Depuis son accession au Trône en 1999, SM le Roi Mohammed VI a placé la cause de la femme en tête de ses priorités. Cette volonté royale a suscité un élan d’optimisme parmi les femmes qui ont longtemps souffert de discrimination basée sur le genre. Dans ses différents Discours, SM le Roi a insisté sur la nécessité de moderniser le Statut de la femme, ainsi que sur l’importance de la promotion du rôle des femmes dans les sphères décisionnelles et au sein des institutions publiques et privées. L’une des principales victoires de la femme marocaine a été le nouveau Code de la famille promulgué en 2004. La Moudawana a reflété la volonté royale de rendre justice aux femmes, en introduisant des améliorations substantielles à leurs conditions et à leurs droits. Le Code de la famille a d’ailleurs été considéré comme une révolution sociale dans le Royaume. Le 10 décembre 2008, à l’occasion de la célébration du 60ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, le Souverain a annoncé la levée par le Maroc des  «réserves enregistrées au sujet de la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard de la femme, réserves devenues caduques du fait des législations avancées qui ont été adoptées par notre pays». Le 19 décembre de la même année, SM le Roi Mohammed VI a adressé un message aux participants à la «Première rencontre des Marocaines du monde», organisée à Marrakech. Le Souverain y a exprimé, entre autres, sa ferme volonté de faire de la promotion des droits des femmes au Maroc le principal pilier pour l’édification d’une société moderne. Ce processus a été couronné, en 2017, par la décision royale de charger le ministre de la Justice d’ouvrir aux femmes la profession d’adoul et de prendre les mesures nécessaires pour réaliser cet objectif. Cette décision a confirmé la compétence et la capacité dont les femmes marocaines ont fait  preuve dans les différentes hautes fonctions qu’elles ont assumées. La Constitution de 2011 est venue ajouter une pierre à l’édifice égalisateur entre les hommes et les femmes. Elle a banni toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes. En effet, dans son préambule, la loi suprême du pays proclame: « Le Royaume du Maroc s’engage à bannir et combattre toute discrimination à l’encontre de quiconque en raison de sexe». Il est important de constater que cette Constitution, concernant l’élimination des discriminations, cite en premier celle liée au sexe, avant celles relatives à la couleur, aux croyances, à la langue ou au handicap.

Les avancées réalisées en faveur de la femme se sont poursuivies, notamment avec l’entrée en vigueur, en septembre 2018, de la loi 103-13 relative à la lutte contre la violence faites aux femmes. Ce texte est aujourd’hui considéré comme un pas en avant en faveur de la consolidation des droits des femmes.

Briser le joug du conservatisme

Néanmoins, la loi contre les violences faites aux femmes se heurte à plusieurs obstacles d’ordre pratique. En effet, il est très difficile, parfois même impossible pour une victime de violence, d’apporter des preuves pour corroborer ses propos, surtout quand il s’agit de violences commises à l’intérieur du foyer conjugal ou tout autre espace fermé.

Mais les difficultés juridiques ne constituent pas l’unique entrave devant la femme dans son combat pour la liberté. Le plus grand défi à relever par les Marocaines opprimées concerne surtout les structures mentales archaïques et rétrogrades qui se dressent contre tout développement dans le pays. Face aux adeptes de ces pensées dépassées, se dresse fort heureusement une partie de la population qui continue de militer contre le conservatisme qui a gagné certains esprits. Ces deux dernières années ont, en effet, connu une montée inquiétante des cas d’agression physique, verbale et sexuelle dont ont été victimes des femmes innocentes. Le comble, c’est que ces crimes abjects ont été commis dans des espaces publics, sous le regard complice d’individus dépravés. Ces derniers, au lieu d’intervenir pour porter secours et assistance aux victimes, n’ont rien trouvé de mieux que d’immortaliser ces scènes horribles, avant de les balancer sur les réseaux sociaux. La loi marocaine punit sévèrement la non-assistance à personne en danger. Les spécialistes en psychologie sociale sont unanimes pour dire que la multiplication des vidéos montrant des femmes violentées ou abusées sexuellement dénote un certain recul moral dans la société et constitue une preuve supplémentaire de l’attachement de certains citoyens au conservatisme qui se nourrit de la mauvaise interprétation des textes religieux.

L’importance du rôle de la femme au sein de la société marocaine est désormais reconnue. Doter la gent féminine des moyens à même de lui permettre de jouir de ses pleins droits, sur un pied d’égalité avec les hommes est nécessaire, n’en déplaise aux adeptes de l’obscurantisme. 

Mohcine Lourhzal

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