vendredi 16 novembre 2018

Le travail domestique au Maroc : Tout n’est pas question de législation

Elles sont issues du monde rural. Pour la plupart d’entre elles, la seule manière de fuir la misère et d’améliorer ne serait-ce qu’un tout petit peu leurs conditions de vie est de s’installer dans de grandes villes, comme Casablanca, Rabat, Marrakech… N’ayant reçu aucune formation diplômante, ces jeunes, inexpérimentées, n’ont d’autre solution que d’accepter le premier métier qui s’offre à elles. Souvent, c’est un travail domestique.

Au Maroc, le métier d’employée de maison, travailleuse domestique ou «petite bonne» pâtit d’irrégularités et de dépassements multiples. Ce qui permet aux employeurs de bafouer la dignité de leurs salariées ou même de passer outre leurs droits imprescriptibles. Ainsi, insultes, humiliations, violences physiques, harcèlement sexuel, constituent le quotidien de beaucoup de ces domestiques.  

Et que dire des «smasriyas», ces intermédiaires aussi indélicats que sans scrupules, qui exploitent le besoin et la précarité de ces chercheuses d’emploi, pour se faire de l’argent facile? A Casablanca, plusieurs zones sont connues pour être de véritables QG où se rencontrent  les candidates au travail domestique et les intermédiaires. Les yeux baissés, en raison de la «hogra» dont elles sont sujettes, ces jeunes femmes sont «proposées» à leurs employeurs  potentiels à un prix dérisoire. En contrepartie de chaque «tête» choisie,  l’intermédiaire perçoit une commission à partir de 1.000DH, selon chaque cas.

Une fois recrutées, les employées de maison croient que leur souffrance va enfin se terminer. En fait, elle ne fait que commencer! Arrivées sur leur lieu de travail, elles sont parfois, dès la première semaine, l’objet de pires sévices. Insultes, coups, blessures, malnutrition et même des attouchements ou des agressions sexuelles, constituent le quotidien de beaucoup de domestiques au Maroc, face au silence général.

Actuellement, le gouvernement, après plusieurs années d’hésitation et de tergiversations concernant la mise au point d’une réglementation du travail domestique, a enfin décidé d’agir. En effet, le 2 octobre 2018, après adoption par le gouvernement et vote du parlement, une nouvelle loi (19.12) est entrée en vigueur. Celle-ci réglemente cette activité. Dans ce cadre, le nouveau texte offre des garanties liées notamment à la préservation de la dignité et de nombre de droits des employées de maison, à travers une batterie de sanctions contre les contrevenants.

Cependant, les associations de défense et de promotion des droits de l’enfant estiment que cette loi 19.12 est insuffisante et ne permet aucunement de lutter contre les dépassements dont souffre cette catégorie de travailleuses dites «petites bonnes». Les mêmes associations justifient leur position par le fait que l’application de plusieurs d’articles de cette nouvelle loi risque de se heurter à plusieurs obstacles d’ordre pratique, juridique et culturel.

Mohcine Lourhzal

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