lundi 18 décembre 2017

Régimes de retraites au Maroc : Une réforme qui ne fera pas que des heureux

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Pour le chef de gouvernement, les Caisses de retraite au Maroc sont sérieusement menacées. C’est ce qui l’a poussé, selon la majorité, à lancer la réforme de ce secteur, prenant tout le monde de court. Abdelilah Benkirane était-il vraiment dans l’urgence d’agir? Les avis divergent, mais ce qui est fait est fait. Retour sur un long feuilleton qui ne fait que commencer.

L’architecture des régimes de retraite dans le Royaume s’articule autour de 4 pôles. Deux pour le secteur privé (la CNSS et la CIMR) et deux autres pour le public (la CMR et le RCAR).

Première tentative de sauvetage

La question de la réforme des régimes de retraite est soulevée pour la première fois en 2004 (à l’époque, c’était Driss Jettou qui occupait le poste de Premier ministre). Pour tenter de sortir les Caisses de retraite du gouffre dans lequel elles se trouvent, une commission technique est créée. Chargée d’étudier la situation des retraites au Maroc, ladite commission présente 3 scénarios pour le sauvetage des régimes de retraite dans le Royaume.

Le premier scénario tend vers le maintien des dispositifs et des systèmes de financement des Caisses de retraite, tout en y apportant quelques modifications d’ordre paramétrique. Le deuxième préconise la création de deux pôles distincts, l’un pour les fonctionnaires et l’autre au profit des salariés du privé. Le troisième scénario propose la mise en place d’un pôle unique pour la gestion des retraites des secteurs privé et public. Au final, c’est le deuxième scénario de réforme qui est pris en compte après avoir fait l’objet d’un consensus quasi général.

Entre-temps, le gouvernement Jettou est remplacé par celui de Abbas El Fassi. Depuis, la réforme de la retraite est restée au point mort et la commission technique créée à cette fin ne se réunira que très rarement.

Le PJD se jette à l’eau bouillante

En 2011, une nouvelle Constitution est adoptée par les Marocains et des élections sont organisées en novembre de la même année. C’est le Parti de la Justice et du Développement (PJD) qui est porté à la tête du gouvernement avec Abdelilah Benkirane comme chef de gouvernement. Dès le début de son mandat, Benkirane ne cache pas sa volonté inébranlable de réformer la retraire dans le Royaume, quitte à y perdre des plumes. Après plusieurs rounds de négociations avec les syndicats, il prend la décision d’entamer cette réforme avec ou sans l’accord des partenaires sociaux. Il argumente sa décision par le fait que les Caisses de retraite sont au bord de la faillite, surtout la Caisse Marocaine des Retraites (CMR) avec plus de 800.000 fonctionnaires. En 2013, le chef de gouvernement convoque la commission technique du temps de Driss Jettou pour une réunion d’urgence. Lors de cette rencontre, Benkirane rappelle l’urgence d’entamer la réforme de la retraite au Maroc. Il fait savoir que la CMR est la Caisse sur laquelle il faut se pencher sans plus attendre.

Des chiffres et des déficits

Les chiffres témoignent de la situation critique que vit la CMR. Les études effectuées à la demande de l’Exécutif font état d’une faillite en 2021, si aucune réforme de cette Caisse n’est entamée incessamment. Dans le cas de la CNSS et du RCAR, la réforme peut attendre encore quelque temps. Ces deux Caisses de retraite ne devraient connaître un épuisement de leurs réserves qu’en 2037 et 2049 respectivement. Néanmoins, ces déficits constituent des arguments de poids aux yeux de l’Exécutif pour expliquer la réforme de la retraite lancée officiellement en juillet-août 2016, après le vote au Parlement, sans embûches, des textes de loi prévus à cette fin.

La solution passe par l’emploi

Présentée comme l’ultime issue qui éviterait la faillite de la retraite et, par la même occasion, une explosion sociale dans les années à venir, la réforme dans ce secteur vital pour des millions de travailleurs et de retraités peut se faire d’une autre manière. C’est en tout cas l’avis de  l’économiste Mohamed Chiguer. Selon lui, il faut encourager le recrutement. «Sans la dynamisation de l’emploi, la réforme de la retraite ne sera pas aussi efficace». Il ajoute que l’économie marocaine est capable de produite de la richesse. «L’économie nationale peut très bien faire de l’emploi, même hors croissance, le fer de lance pour booster la croissance. C’est de cette manière que la pérennité des Caisses de retraire sera garantie», conclut-il.  

Votée par les deux Chambres du parlement, la réforme de la retraite (CMR) doit entrer en vigueur fin septembre 2016. Selon le chef de gouvernement, «cette réforme n’est que le début d’une réforme globale qui nous acheminera vers la création de deux pôles (public et privé) de gestion des retraites dans le Royaume».

Mohcine Lourhzal

Un déficit qui se creuse

Le Haut-Commissariat au Plan (HCP) avait indiqué que la différence entre les pensions versées par les quatre Caisses (CMR, CNSS, CIMR, RCAR) et les cotisations prélevées sur les salaires des travailleurs marocains représenteraient un déficit estimé à 7,4% du PIB en 2050.

Ce qui a changé…

La proportion de cotisants (salariés et fonctionnaires) et de pensionnaires (retraités du secteur privé et public) est en net déséquilibre depuis plusieurs années. En 1986 par exemple, 12 actifs cotisaient pour 1 retraité. En 2013, 3 actifs seulement cotisaient pour un retraité. La situation ne risque pas de s’améliorer à la lumière de la courbe ascendante du chômage dans le Royaume.

 

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