mardi 21 novembre 2017

PPS : Le «j’y suis, j’y reste» l’emporte

C’est à une écrasante majorité que le Comité central (CC) du PPS a approuvé la décision du Bureau politique de maintenir le parti au sein de la coalition gouvernementale.

Refusant d’être doublement sanctionnés, d’une part, par la destitution royale -et non des moindres!- de deux de leurs ministres, le Secrétaire général du parti, Nabil Benabdallah (ancien ministre de l’Habitat) et Lahoucine Louardi (ancien ministre de la Santé) et, d’autre part, par un éventuel vote du Comité central (qui aurait pu opter pour le non maintien du parti au sein du gouvernement), les membres du CC, réunis samedi 4 novembre 2017 en session extraordinaire, à la demande du Bureau politique, pour délibérer conformément aux statuts du parti, ont approuvé à une majorité écrasante le maintien du PPS au gouvernement actuel.

«Une défaite, plutôt que deux», nous a confié un membre du Bureau politique du PPS qui a par ailleurs assuré: «Nous avons déjà avalé la pilule amère de la destitution de nos deux camarades qu’il nous serait difficile de décider, en toute âme et conscience, de claquer la porte du gouvernement au sein duquel, comme a dit notre camarade Nabil Benabdallah, nous avons eu un rôle prépondérant».

Oui au gouvernement!

Ainsi, à l’exception de 17 membres du Comité central qui ont voté contre et d’une seule et unique abstention, tous les membres présents se sont prononcés pour le maintien du PPS au sein de l’actuel gouvernement, tout en laissant au Secrétaire général la charge de la gestion de l’étape actuelle.

Intervenant devant quelque 700 militants, le patron du PPS, Nabil Benabdallah, a assuré que le Bureau politique évalue ce sujet, aujourd’hui objet d’un sérieux débat, «avec tout le respect et la considération dus à SM le Roi et à ses Hautes décisions», ajoutant que le BP tient compte en cela de l’esprit de responsabilité et de pondération ayant toujours marqué le parcours du PPS, aussi bien pendant sa présence à l’opposition cinq décennies durant, que lors de sa participation à la gestion des affaires gouvernementales.

Le rapport Jettou discutable 

S’agissant du rapport du président de la Cour des Comptes, Nabil Benabdallah a précisé que ce document reste discutable, étant donné qu’il ne s’agit pas d’un texte sacré. C’est pourquoi, a-t-il souligné, le Bureau politique recommande de revenir sur ses contenus. Et, dans le but de tonifier les camarades, le patron du PPS a mis l’accent sur les épreuves qui ont marqué le parcours du parti, mais que celui-ci a toujours réussi à dépasser et à en sortir plus fort et plus renforcé, tout en préservant son identité.

Le PPS dans une situation difficile

Le PPS, a souligné Nabil Benabdallah, se trouve aujourd’hui dans une situation difficile, face à une épreuve. Il a rappelé que l’identité du PPS est fortement liée à la défense du projet sociétal ayant pour fondements la démocratie véritable et les institutions. C’est pour cette raison, a expliqué le patron du PPS, que ce dernier poursuit sa marche et que, s’il en dévie, il perdra son utilité.

On a besoin du PPS

En dépit de tout, a soutenu Benabdallah, le Maroc a aujourd’hui besoin d’un parti comme le PPS, qui se distingue par son rôle et qui, malgré l’ampleur du choc -la destitution de ses deux ministres, dont lui-même-, sait trouver les formules appropriées pour remettre la formation politique sur les rails.

L’intérêt supérieur du pays avant tout

Prenant la parole à son tour et de façon exceptionnelle, Moulay Ismaïl Alaoui, président du Conseil des sages, a appelé les membres du Comité central à placer l’intérêt supérieur du pays et du parti au-dessus de toute considération (voir sa déclaration au Reporter). Il a, en outre, informé les membres du CC de deux messages reçus, l’invitant à maintenir sa participation à l’actuel gouvernement. Et, jouant sur la corde sensible, le président du Conseil de la présidence assure que ce choix va permettre au parti de poursuivre le combat de l’intérieur même du gouvernement.

Vibrant hommage aux ministres déchus

Le débat fructueux sur le maintien ou non du PPS au sein de l’actuelle majorité a permis aux membres du Comité central de rendre un vibrant hommage aux camarades touchés par les Décisions royales, à savoir Nabil Benabdallah, Lahoucine Louardi et Mohamed Amine Sbihi  et de leur exprimer leur solidarité,

Rendez-vous au Congrès national

Pour ce qui est de la situation organisationnelle du parti et de son rôle au sein de la société, le Comité central envisage d’en débattre lors de sa prochaine session, qui aura lieu le 18 novembre 2017, dans le cadre des préparatifs du 10ème Congrès national prévu en principe à la fin du premier semestre 2018.

S’agissant du maintien ou non du PPS au sein de la majorité gouvernementale, dirigée par Saâd-Eddine El Othmani, le parti de Nabil Benabdallah avait menacé de claquer la porte, ce qui n’a pas été pour plaire au chef de gouvernement. Ce dernier craignait que le départ du PPS ne déséquilibre sa majorité. D’autant plus que les Istiqlaliens ne voyaient pas d’un bon œil qu’El Othmani fasse appel à leur concours par la porte de service, eux qui viennent à peine de mettre sur le piédestal un nouveau Secrétaire général, en la personne de Nizar Baraka, lequel promet dans sa feuille de route de remettre sur pied et de re-crédibiliser un parti à peine sorti de la débâcle.  

Un long débat de 7 heures

Très délicat, ce sujet a valu aux camarades du PPS un débat de près de 7 heures. Car il s’agissait de discuter des tenants et aboutissants de la destitution des ministres du PPS -qui fait mal au parti-;  une destitution que les militants considèrent comme une sanction et qui, de plus, est venue de la plus Haute autorité. Ce qui explique que ce dossier chaud a dû être soumis à l’appréciation du Comité central, pour en tirer les conclusions qui s’imposent.

Le mot de la fin au CC

Le mot de la fin est donc revenu aux membres du Comité central qui, à une majorité écrasante, ont voté pour le maintien du PPS au sein du gouvernement. Une épine enlevée du pied d’El Othmani, nous a confié un député du PJD, mais sans que l’issue des consultations menées activement par le chef de gouvernement ne soit pour autant à portée de main. Optimiste, El Othmani aurait respecté le «Swab»  (courtoisie), en félicitant dans un entretien téléphonique Nabil Benabdallah pour la décision de son parti de rester au sein de la coalition gouvernementale. 

Mohammed Nafaa

Ils ont dit….

Ismaïl Alaoui, président du Comité des sages

«Je pense qu’il était nécessaire que ce soit une décision démocratique, prise en connaissance de cause. Et c’est ce qui s’est produit. De ce côté-là, il n’y a qu’à se rendre à l’évidence et applaudir la décision qui a été prise.

Donc, la décision de continuer de faire partie du gouvernement est, d’abord, dans l’intérêt du pays ; et ce qui est dans l’intérêt du pays est automatiquement dans l’intérêt du PPS».

Nabil Benabdallah, SG du PPS

«Mobilisation et ferveur règnent lors de cette session extraordinaire du Comité central du Parti du Progrès et du Socialisme (PPS), ici à Salé, pour discuter de la participation ou non du parti à l’actuel gouvernemental, après un long débat concernant ce sujet et après avoir fait preuve d’une grande maturité et un esprit de responsabilité».

Khalid Naciri

«Le Comité central, qui est l’instance habilitée à discuter des choix concernant la participation ou non au gouvernement, s’est réunie pour prendre la décision qui est conforme à ses accumulations historiques au service du pays».

M.N.

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Questions à… Abdelouahed Souhaïl, membre du Bureau politique

Comment estimez-vous la décision du PPS de rester au gouvernement?

Je pense que nous sommes dans un exercice important de démocratie interne, au sein du PPS. Le parti a été interpellé fortement au cours des dernières semaines. Il lui revient de prendre la position politique qui lui convient.

Et le rapport du Bureau politique du PPS?

Le Bureau politique a présenté un rapport pour le soumettre au vote de nos camarades. Ils n’ont pas seulement voté, mais ils l’ont également discuté toute la journée. Je constate que le rapport du Bureau politique, présenté par notre camarade, le secrétaire général du PPS, Nabil Benabdallah, est très fort et présente les problèmes essentiels qui se posent à notre pays, à notre scène politique et sociale et aussi à notre modèle économique. Et la décision qu’il propose au Comité central devrait s’insérer dans cette voie-là.

Comment le PPS pourrait-il continuer son rôle, qu’il joue  depuis 70 ans, dans les circonstances actuelles? Quelle est la réponse du PPS?

Je crois que notre parti répond positivement et parfaitement et nous avons vu ce que le Comité central a décidé: une décision tout à fait positive. Je reste confiant quant à la décision finale de cette session extraordinaire du Comité central.

Est-elle positive?

J’estime qu’elle ne pourrait être que telle, si je crois bien connaître mes camarades (rires) !

Propos recueillis par Mohammed Nafaa

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