lundi 17 décembre 2018

Maroc-Iran : Et quand bien même ?!

Ce 1er mai 2018, le Maroc a décidé de rompre ses relations diplomatiques avec l’Iran. L’annonce en a été faite par le ministre des Affaires étrangères et de la coopération, Nasser Bourita, qui revenait de Téhéran où il s’était rendu pour exposer aux responsables iraniens les faits qui ont poussé le Maroc à envisager une telle décision. La démarche peut étonner. Un pays qui veut rompre ses relations diplomatiques avec un autre pays ne prend pas le soin d’envoyer un émissaire de haut rang chez le pays antagoniste pour le lui annoncer.

Mais le Maroc a joué la main tendue jusqu’au bout. Les faits et preuves exposés par Nasser Bourita appelaient une réponse de la part de l’Iran. Il n’y en a pas eu. «Avant tout, nous avons voulu confronter l’Iran à ça, c’est ce que j’ai fait ce matin. Nous n’avons pas reçu de réponse qui remet en cause les éléments en notre possession et c’est pour cela que le Maroc a pris cette décision», a expliqué le ministre.

La rupture a donc été officiellement annoncée. L’ambassadeur du Maroc à Téhéran a quitté l’Iran le jour-même et Nasser Bouritta est revenu à Rabat, expliquer à l’opinion publique nationale et internationale les tenants et aboutissants de cette affaire, avant de recevoir –le tout dans la même journée- le chargé d’affaires de l’ambassade iranienne à Rabat pour lui demander de quitter le Maroc «sans délai».

En exposant les raisons de cette rupture des relations avec l’Iran, Nasser Bourita n’a pas lésiné sur les détails. Il a d’abord donné la cause principale de cette décision. C’est «une réaction à une implication confirmée de l’Iran à travers le Hezbollah, dont tout le monde connait le lien avec l’Iran, dans une alliance avec le Polisario contre la sécurité nationale et les intérêts supérieurs du Maroc». Puis il a étayé cela de faits précis.
«Le Royaume dispose de preuves irréfutables, de noms identifiés et de faits précis qui corroborent cette connivence entre le Polisario et le Hezbollah contre les intérêts supérieurs du Maroc», a déclaré N. Bourita.
Il a expliqué que la collaboration entre les séparatistes du Polisario et le Hezbollah a gagné en ampleur et en visibilité à partir de mars 2017, indiquant qu’une relation entre les deux mouvements s’est construite bien avant, en 2016, lorsqu’un «comité de soutien au peuple sahraoui» a été mis en place pour la première fois au Liban, à la faveur d’une bienveillante protection du Hezbollah.
«En 2016, il y a eu la visite de hauts dirigeants de Hezbollah dans les camps de Tindouf pour rencontrer des responsables militaires du Polisario», a-t-il poursuivi, ajoutant que «le point de basculement et l’élément le plus important qui a changé la nature de la relation entre le Polisario et le Hezbollah a été l’arrestation à l’aéroport international Mohammed V de Casablanca, le 12 mars 2017, de Kacem Mohamed Tajeddine, un des grands financiers du Hezbollah qui agit en Afrique».
Expliquant que ce dernier a été arrêté sur la base d’un mandat d’arrêt international émis par les Etats-Unis pour blanchiment d’argent et appartenance à une organisation terroriste, le ministre a précisé: «à partir de ce moment-là, le Hezbollah a menacé de vengeance et commencé à renforcer sa relation avec le Polisario contre le Maroc», ajoutant que des artificiers et des encadrants militaires ont été envoyés à Tindouf pour entraîner des éléments du Polisario sur la guérilla urbaine et pour former des commandos dans le but de mener des actions contre le Maroc.

Les révélations de Nasser Bourita dévoilent des faits encore plus graves. Il rapporte: «plus récemment, au cours de ce mois (avril 2018), une première livraison d’armes a été fournie au Polisario. Notamment des Sam 9, Sam 11 et des Strellas, ont été livrés par des dirigeants du Hezbollah aux milices armées du Polisario». Et d’ajouter que des éléments plus précis seront -certains l’ont déjà été- partagés par les services marocains avec leurs partenaires de pays étrangers. Les preuves, quand il n’y en a plus, il y en a encore ! Le ministre révèle que le Maroc dispose «des preuves, des données et des dates qui montrent l’implication d’au moins un membre de l’ambassade d’Iran à Alger dans l’organisation de toutes ces opérations pendant au moins deux ans».
«L’implication d’un membre de l’ambassade disposant d’un passeport diplomatique iranien qui travaille à l’ambassade d’Iran à Alger, a été l’élément clé pour faciliter les contacts et les rencontres et fournir toutes les facilités logistiques pour que les hauts responsables y compris militaires du Hezbollah puissent partir à Tindouf et rencontrer les responsables du Polisario”, a-t-il indiqué. Précisant qu’il ne s’agit pas juste d’une rencontre ou d’une déclaration, mais de «deux ans de coopération, de deux ans de visites à travers l’ambassade d’Iran à Alger».
«Nous pensons que la République islamique d’Iran ne peut être étrangère à toute cette préparation», a confié le ministre, expliquant que le Maroc ne peut accepter «qu’un pays forme des commandos et des gens à la guérilla urbaine, livre des armes, entraîne militairement et encadre les militaires du Polisario». Puis de conclure: «Le Maroc n’a pas l’habitude de prendre ce genre de décision facilement et c’est pour cela que nous avons pris beaucoup de temps pour recouper les informations, pour vérifier chaque donnée, chaque date, chaque rencontre, et lorsqu’on a eu suffisamment d’éléments, d’indications et de preuves que des choses se préparent pour menacer la sécurité nationale du Maroc et la sécurité des citoyens marocains, le Maroc a pris cette décision».

Tous ces faits et preuves, dévoilés par Nasser Bourita et plus accablants les uns que les autres, n’ont pas empêché l’étalage de mauvaise foi du Polisario, de l’Algérie et du Hezbollah, qui ont tenté de mettre en avant d’autres causes de cette rupture. Entre autres, une prétendue pression d’Etats amis du Maroc et ennemis de l’Iran (USA, Arabie saoudite…). Ce que le département de N. Bourita a démenti. De même qu’il a démenti toutes les autres raisons fallacieuses. Notamment, celle en lien avec le dossier du Sahara. «Poussant l’aberration à son comble, les séparatistes du Polisario sont allés jusqu’à lier la position souveraine marocaine à l’adoption de la dernière résolution du Conseil de Sécurité sur le Sahara marocain. D’abord, les résolutions du Conseil de sécurité adoptées au cours des dernières années, ont toutes conforté la position du Maroc et reconnu la prééminence de son Initiative d’Autonomie. De même, la dernière résolution n’a fait que refléter la position de la communauté internationale, qui converge avec celle du Maroc, notamment sur les violations par le Polisario du cessez-le-feu», peut-on lire dans le communiqué officiel du démenti.

Un démenti qui reste dans les limites du diplomatiquement correct.

Quant aux Marocains, dans leur ensemble, ils ne prennent pas de gants pour dire aux adversaires de l’intégrité territoriale du Maroc, qu’ils aillent au diable ! Ils peuvent penser et dire ce qu’ils veulent. Le Maroc est un Etat souverain qui a le droit de défendre son intégrité par tous les moyens. Quand bien même il nouerait des alliances, passerait des accords, voire, accepterait des pressions… Il le ferait pour Sa cause sacrée et il serait libre de le faire s’il juge que c’est ce qu’il faut pour défendre ses intérêts supérieurs.

HD

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Un commentaire

  1. Conclusion valable également pour les sahraouis. Pour libérer leur pays n’ont ils pas le droit de s’allier avec le diable s’il le faut?

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