lundi 11 décembre 2017

Le HCP de Lahlimi refuse d’être aux ordres

Lahlimi Hcp

Gouvernement et HCP ne partagent pas les prévisions concernant le taux de croissance et le déficit. Sur ce, les prises de bec ne manquent pas et la polémique bat son plein.

Entre le gouvernement et le Haut-commissariat au Plan, rien ne va plus même si, de part et d’autre, on essaie tant bien que mal de temporiser et, comble de contradictions, le fougueux ministre de la gouvernance, Mohamed El Ouafa, jette par ses sorties médiatiques de l’huile sur le feu. A l’origine de cette polémique, les chiffres non concordants sur la croissance et le déficit avancés et par le HCP et par le gouvernement. Ce dernier a semé le doute, par ministres interposés (d’abord Boulif, ensuite El Ouafa), quant aux chiffres avancés par le département de Lahlimi.

Le HCP aux ordres?

Un proche d’Ahmed Lahlimi, qui requiert l’anonymat, affirme: «On cherche par ces sorties médiatiques à porter atteinte à l’indépendance et à l’autonomie du HCP. On voudrait surtout que celui-ci soit aux ordres». Mais Lahlimi, dit notre source, est un «farrane et qad b’houma». Le haut-commissaire au Plan, lors d’une conférence de presse à Casablanca, a justement mis sur la table les chiffres qui fâchent: une croissance économique qui passerait de 4,4% en 2013 à 2,4% pour l’année en cours. Il a prédit une hausse de l’inflation, ce qui n’a pas été du goût du gouvernement qui a vu dans ces prévisions, jugées source de dénigrement de l’action de l’équipe Benkirane, une tentative de faire douter de la crédibilité de l’Exécutif, surtout quand cela vient d’une institution qui, normalement, dépend du gouvernement.

Ahmed Lahlimi dans le collimateur

La polémique entretenue, nous a confié un proche du haut-commissaire, est une attaque directe qui vise Lahlimi. C’est pour cela qu’on fait référence à son appartenance politique et partisane. En plus, cette polémique, affirme la même source, intervient au moment où le HCP se prépare à organiser le recensement de la population et de l’habitat, histoire de perturber les préparatifs pour essayer de faire comprendre que le HCP est incapable de réaliser le recensement et de faire douter de ses capacités à tenir pareil pari.
Pour Ahmed Lahlimi, la devise est «wait and see».

Mohammed Nafaa
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Entretien avec Ahmed Lahlimi

«Ce qui les dérange, c’est ce que je fais»

Pour Ahmed Lahlimi, haut-commissaire au Plan, ce n’est pas le changement de statut du HCP qui le préoccupe, mais l’indépendance institutionnelle, culturelle et technique de l’Institution.

Pourquoi est-ce que les statistiques dérangent?

Parce qu’il y a une espèce de culture où la prévision est toujours sujette à caution. Parce qu’aussi cette culture sous-estime les compétences des cadres du pays et n’aime pas que des institutions puissent n’obéir qu’à des normes et à des valeurs et ne soient pas sous l’autorité du pouvoir. Cela dérange donc.

Et cette culture vous empêche-t-elle d’aller de l’avant?

Je dis que cela n’arrête pas l’histoire.

Votre référentiel de gauche n’y est-il pas aussi pour quelque chose dans cette guéguerre qu’on vous fait?

Mon référentiel de gauche me concerne. On ne peut pas me juger sur mon référentiel politique ou personnel, mais plutôt sur ce que je réalise dans le cadre de ma fonction à la tête du Haut-commissariat au Plan (HCP).

Etes-vous satisfait sur ce volet?

Je dirais même que je suis tranquille.

Et ceux qui vous tirent dessus à boulets rouges, le ministre Mohamed El Ouafa en tête?

Vous savez, ceux qui arguent de ces prétextes, je sais pertinemment que ce n’est pas cela qui les dérange, mais ce que je fais.

Le HCP est pourtant -ou devrait plutôt être- aussi autonome qu’indépendant…

L’autonomie d’une personne et l’indépendance d’une institution sont toujours difficiles à supporter et à avaler, les deux en même temps.

Les chiffres dérangent aussi. Le gouvernement juge que le rapport publié par le HCP sur les projections de l’économie nationale est loin de celui publié par l’Exécutif.

Vous savez, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Nos chiffres sont irréprochables. D’ailleurs, les instances internationales les considèrent à juste titre.

Quelle place accorder à la crédibilité des chiffres?

La crédibilité, on peut la juger par les écarts entre les prévisions que nous avons faites pendant six ans et les réalisations enregistrées. A ce titre, vous avez un écart de l’ordre de 0,5% pour la croissance. C’est la moyenne des chiffres des dernières années et c’est exactement la même moyenne que celle de l’INSA en France. Elle est souvent meilleure que les écarts enregistrés entre les prévisions du FMI et les réalisations.
Et si tout le monde se met à douter des prévisions du FMI dans le monde, ou de l’OCDE, eh bien, la machine économique internationale s’arrêtera immédiatement.

A qui profite cette campagne de dénigrement? Avez-vous été critiqué directement par le chef de gouvernement?

Non, pas du tout! D’ailleurs, il n’y a aucune raison à cela. Généralement, c’est moi qui demande à le voir. Je le faisais avant toutes ces histoires, parce que je voulais l’entretenir au sujet du recensement de la population et de l’habitat. Nous avions parlé et convenu de nous revoir mais, entre ses voyages, ses missions, ses occupations d’abord nationales, ensuite son voyage à Marrakech pour la réunion d’Al-Qods, puis à Devos, le parlement…, cela fait que, jusqu’à présent, je n’ai pas encore eu de feed-back.

Que lui auriez-vous dit si vous l’aviez rencontré?

Nous aurions discuté de ce qu’il faudrait faire pour réussir les opérations en cours du Haut-commissariat au Plan et, notamment, les préparatifs pour l’organisation du recensement de la population et de l’habitat.

Et pour ces prises de bec?

Jamais. En tant que chef de gouvernement du Royaume du Maroc, je ne lui dois que du respect et, si j’ai des explications à lui donner sur telle ou telle action que je mène au HCP, je lui donnerai toutes les informations qui lui permettraient de comprendre ce que je fais.

Et s’il réclame des explications sur votre travail?

Je les lui donnerai volontiers et spontanément. Et ça se termine toujours par des mots et des échanges d’un très grand respect mutuel.

Certains chuchotent la nécessité de transformer le HCP en Direction…

Qu’ils chuchotent autant qu’ils veulent. Le Haut-commissariat au Plan est bien là. Si on change son statut, on le changera et ce n’est pas moi qui les en dissuaderai.

C’est facile à changer?

Il y a des procédures pour changer les statuts. Et puis, tout un chacun est libre de proposer tout ce qui peut améliorer le fonctionnement des institutions.

Vous laisseriez donc faire?

Je n’ai rien à dire sur ce volet-là. Ce n’est pas le statut du HCP qui me préoccupe, pourvu qu’il continue de bénéficier de son indépendance institutionnelle, intellectuelle et technique et de jouir de la crédibilité et du statut qui lui permettent de toujours garder cette crédibilité.

On vous reproche au gouvernement d’avoir ignoré le chef de gouvernement en faisant votre sortie médiatique et en donnant des chiffres qui ne correspondent pas à ceux de l’Exécutif?

Je donne des conférences de presse pratiquement tous les six mois sur la situation économique du pays et chaque fois que cela s’impose.

Vous êtes-vous référé à Abdelilah Benkirane pour ce faire?

Pas du tout!

Qu’est-ce qui vous en empêchait? Vous êtes pourtant ministre.

C’est une question d’indépendance du Haut-commissariat au Plan. Je n’ai jamais demandé l’autorisation d’organiser une conférence de presse.

Interview réalisée par Mohammed Nafaa

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