mercredi 15 août 2018

Campagne de boycott Les tergiversations du gouvernement

Face à la campagne de boycott, comment a réagi le gouvernement ? A-t-il eu le bon réflexe ? A-t-il su gérer la crise ? A-t-il coordonné son action ?

Le boycott visant Centrale Danone, Sidi Ali et Afriquia est une situation nouvelle au Maroc. Le Royaume, a estimé Didier Lamblin, DG de Centrale Danone, est pionnier sur un sujet nouveau qui doit nous faire réfléchir.

Cette situation a eu des résultats fâcheux, comme en attestent les conséquences dommageables. Face à un tel électrochoc, le gouvernement de Saâd-Eddine El Othmani aurait gagné à s’investir de manière positive, au lieu de se cantonner, au début du boycott, dans un silence que personne ne comprenait, suivi, immédiatement après, par une avalanche de déclarations malheureuses du ministre de l’Economie et des Finances, Mohamed Boussaïd («Lemdawikh») et des ministres Lahcen Daoudi, Aziz Akhannouch et Mustapha El Khalfi qui est aussi porte-parole du gouvernement. Des réactions gauches et mal accueillies aussi bien par les intervenants concernés que par une large frange de citoyens. Elles ont au contraire jeté de l’huile sur le feu. Le ministre El Khalfi avait même menacé de recourir à la justice pour pénaliser toute personne propageant de fausses informations à même de porter atteinte à l’économie nationale.

Propos menaçants

Face à cette vague déferlante qu’est le boycott, qui n’a fait que prendre de l’ampleur et après les propos menaçants de certains ministres du PJD, le gouvernement s’est vu astreint de changer d’attitude, histoire de calmer les esprits, en appelant les Marocains à arrêter le boycott des produits laitiers de Centrale Danone, pour stopper les effets dommageables dont les agriculteurs font les frais. Surtout après que l’entreprise visée a annoncé sa décision de réduire de 30% la collecte de lait auprès des agriculteurs et d’en informer le 27 mai 2018 au soir les coopératives. Certes, le chiffre est éloquent: il concerne 120.000 producteurs de lait dans les cinq zones de collecte qui allaient être affectés par les retombées du boycott qui dure depuis plus de cinq semaines maintenant.

Le boycott perdure

Devant le boycott qui perdure et prend de l’ampleur, le gouvernement d’El Othmani a décidé de changer son fusil d’épaule, cette fois en rendant public un communiqué. S’adressant aux boycotteurs, le chef de gouvernement, Saâd-Eddine El Othmani les a exhortés à «éviter davantage de dommages pour les agriculteurs, le secteur agricole et l’investissement national en général» et ce, à la lumière de l’évolution du boycott du lait. Et, comme pour passer l’éponge sur les malheureuses déclarations de certains de ses ministres et tendre la main aux citoyens qui lui reprochent de ne point s’être investi totalement dans un tel électrochoc qu’est le boycott, le gouvernement a affirmé «suivre avec un grand intérêt l’évolution du boycott du lait qui se caractérise essentiellement par la décision de la société ‘‘Centrale Danone’’ de réduire de 30% la quantité de lait achetée auprès des coopératives, avec tout son impact sur les agriculteurs et le secteur agricole».

Eviter les effets négatifs du boycott

Pour démontrer sa volonté de désamorcer le boycott et éviter davantage de dommages et d’effets négatifs de ce mouvement qui touchent 120.000 agriculteurs et 600.000 membres de leurs familles, le gouvernement a réitéré -toujours dans son communiqué- sa «détermination à entreprendre des initiatives visant à améliorer le pouvoir d’achat des citoyens et à agir avec fermeté en matière de contrôle du marché et la lutte contre la spéculation et le monopole».

Dialogue avec les professionnels

Pour mieux cerner les conséquences fâcheuses du boycott sur les petits agriculteurs, Aziz Akhannouch, ministre de l’Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts, s’est entretenu avec les professionnels de la filière du lait. Ces derniers ont mis en avant l’impact dévastateur de cette crise et exprimé leurs vives inquiétudes et leur détresse suite à la baisse du volume de collecte de lait auprès des coopératives laitières qui découle de la vague déferlante du boycott.

Impact sérieux sur l’investissement

La poursuite du boycott, estime-t-on auprès des milieux des affaires, aura un impact sérieux sur l’investissement national et étranger et donc sur l’économie nationale. Mais qu’a donc entrepris le gouvernement pour le citoyen qui souffre de la cherté de la vie? Sinon essayer de le rassurer, en lui promettant de protéger son pouvoir d’achat en veillant au contrôle ferme du marché et de la qualité des produits et de frapper fort les spéculateurs et le monopole. Le gouvernement n’a encore rien fait, volet prix des carburants, ni pris d’initiatives pour les faire baisser.

Le gouvernement est conscient

Nul ne peut avancer, aujourd’hui, que le boycott n’a pas réussi et le gouvernement en est conscient. C’est ce qui l’a poussé à revoir son attitude, passant du mutisme à la prise de position. Aujourd’hui, la masse a suivi le mouvement de boycott. Certains ne pouvaient pas savoir de quoi il s’agissait, si ce n’était cet élan internaute. Il faut donc, affirme Abdelaziz Aftati, membre du Conseil national du PJD, que l’Exécutif intervienne à travers la prise d’initiatives sur le terrain, avant qu’il ne soit trop tard.

De son côté, Salaheddine Mezouar, fraîchement élu à la tête de la CGEM, estime que si le boycott venait à perdurer, il serait alors nécessaire de passer à une secousse pour sortir de la zone noire. Auquel cas le patronat ne restera pas les poings liés.

Mohammed Nafaa

Akhannouch: «Ça fait mal au cœur…»

C’est devant la commission des secteurs producteurs à la Chambre des représentants que le ministre de l’Agriculture, Aziz Akhannouch, est intervenu au sujet du boycott qui perdure. «Les agriculteurs n’ont rien fait pour mériter que leur lait soit versé dans les égouts et ne pas trouver d’acheteurs de leur production laitière. Nous sommes tous affectés», a dit Akhannouch lors de la réunion de la commission des secteurs qui a duré jusqu’au petit matin. Le ministre a évoqué la gravité de la situation: «Est-ce que c’est ainsi que nous servirons notre pays? Au contraire, nous portons préjudice aux investissements et cela fait mal au cœur».

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