mercredi 13 décembre 2017

Au Maghreb, les pays ne peuvent pas travailler seuls

Jean paul cavalieri hcr

Entretien avec Jean-Paul Cavalieri, Représentant du Haut-commissariat des Nations Unies pour les réfugiés

Entretien

A votre avis, qu’est-ce qui a dicté la tenue au Maroc de la réunion de l’Assemblée parlementaire de la Méditerranée?

Il est tout fait louable que le Maroc accueille sur sa terre une pareille réunion de l’Assemblée. Les problèmes sont tout à fait conjoints.

Quels problèmes?

Ceux de l’immigration illégale, du terrorisme et de la sécurité.

D’autres pays connaissent et vivent ces problèmes…

Absolument. Ce sont des questions qui sont communes à tous les pays du pourtour méditerranéen.

Il y a aussi la dimension humanitaire…

Il ne faut pas perdre de vue cette dimension importante, c’est-à-dire la protection des réfugiés dans le cadre de ces mouvements qu’il faut bien distinguer. C’est qu’en l’absence d’alternatives pour atteindre les espaces de protection ou demander l’asile, les réfugiés ont recours à des trafiquants et c’est cela qui est problématique.

Quelles solutions à cette problématique?

Il est important que des routes et des avenues alternatives légales soient disponibles pour les réfugiés qui ne sont pas des migrants illégaux, ni des terroristes, mais qui ont besoin de protection spéciale, internationale et reconnue par tous.

Quel traitement pour les réfugiés syriens plus particulièrement?

Les Syriens, mais aussi les Somaliens et les Erythréens, il leur est très difficile d’arriver aux portes de l’Europe illégalement et de demander la protection. C’est pour cela qu’il est important de développer, premièrement, des avenues légales comme les quotas de réinstallation, des visas humanitaires, des permis de travail, puis explorer les réunifications de familles pour ceux qui ont déjà des parents. C’est déjà là une première avenue. Deuxièmement, il faudrait développer un espace d’asile et de protection, comme au Maroc qui est en train de le réussir.

Cette fameuse loi sur l’asile?

Il est très important que le Maroc vote cette loi sur l’asile pour formaliser le mécanisme de cette nouvelle politique qui vient d’être mise en place et qui va d’ailleurs dans le bon sens.

L’expérience marocaine, est-elle à votre avis exportable?

Il est important que cet exemple qui est donné par le Maroc puisse s’étendre à d’autres pays en Afrique du Nord.

Et l’apport de l’Europe dans ce processus?

Il est important que les ressources de l’Union Européenne facilitent la création de mécanismes nationaux d’asile, non seulement au Maroc, mais également dans les autres pays alentours, pour que le Royaume ne soit pas le seul espace de protection.

Quels sont les problèmes réels qui se posent à cette situation? Y a-t-il une stratégie bien ficelée?

Justement, le défi, c’est que les pays ne peuvent pas se permettre d’avoir une stratégie isolée de la situation régionale. Ils ne peuvent pas travailler seuls. Il est encore une fois nécessaire que l’espace de protection que le Maroc a développé soit élargi à d’autres pays.

Vous voulez dire la mise en place d’une large coopération?

Une véritable coopération régionale et sous régionale au niveau des pays du Maghreb pour les réfugiés.

Et au niveau de l’Europe?

Plus de solidarité avec les pays de transit et ceux d’origine pour favoriser les alternatives légales et aussi pour soutenir les mécanismes nationaux des pays d’Afrique du Nord qui établissent des systèmes d’asile.

Et pour ce qui est du terrorisme et de l’extrémisme, objets de votre réunion, aujourd’hui (26 mai 2015) au Maroc? Et ces destructions opérées par Daech du patrimoine culturel d’Irak et de Syrie?

C’est une réponse qui appartient à l’ONU et aux Etats concernés. Aussi estimé-je que le terrorisme est quelque chose qui n’épargne personne dans ce monde. Il est important, pour ce qui est des demandeurs d’asile, qu’il y ait des procédures qui puissent permettre de distinguer les gens qui ont véritablement besoin de protection et les gens qui pourraient se faire passer pour des réfugiés, mais qui ont en fait un autre profil.
La convention de Genève sur les réfugiés permet ce type de distinction: des clauses d’exclusion pour les gens qui sont des terroristes qui ont commis des actes terroristes. Donc, les mécanismes sont là, ils existent, pour éviter de donner la protection à des gens qui essaieraient d’utiliser les procédures pour se cacher.

Interview réalisée par Mohammed Nafaa

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