vendredi 18 août 2017

1er Mai boycotté : Et le gagnant est… Abdelilah Benkirane !

Unmt 1er mai casablanca mai 2015

Un seul syndicat a fêté le 1er Mai: l’UNMT. Benkirane ne pouvait rêver mieux. Il n’a pas raté l’occasion pour parler à cœur ouvert à la classe ouvrière: bilan, perspectives, occupations… Des messages, que des messages!

L’UNTM a célébré ce 1er Mai 2015 autour du thème «Un militantisme continu pour exécuter les engagements et élargir les acquis», alors que les quatre plus importantes centrales syndicales (UMT, CDT, UGTM et FDT avec ces deux courants) ont boycotté les festivités de la Fête du travail en signe de protestation contre la politique gouvernementale. C’est la première fois dans l’histoire du mouvement syndical marocain qu’une telle décision a été prise. L’Union nationale du travail au Maroc (UNTM), la centrale syndicale proche du parti dirigeant le gouvernement, le PJD, était la seule organisation d’envergure à ne pas avoir boycotté les festivités du 1er Mai, défilant ce jour-là dans plusieurs villes du royaume: Fès, Marrakech, Oujda, Béni Mellal, Tanger, Es-Smara, Guelmim, Tan-Tan… Mais c’est vers Casablanca que les regards étaient dirigés.

Au quartier Al Farah, avenue Chouaib Doukkali, des travailleurs affiliés à l’Union Nationale du Travail au Maroc (UNTM) ont défilé comme ils le faisaient chaque année. Le syndicat a attiré de nombreux médias d’ici et d’ailleurs pour voir comment cette centrale proche du parti au pouvoir allait réagir et répondre aux centrales ayant appelé au boycott. Après le défilé et les nombreux slogans scandés, l’ensemble des participants se sont retrouvés autour d’une estrade aménagée où se sont installés les dirigeants du syndicat, ainsi que leurs invités. A la tête des invités, le chef de gouvernement, Abdalilah Benkirane. Mohamed Yatim, SG de l’UNTM, a précisé: «Je ne vois aucun motif valable pour boycotter la Journée onusienne du 1er Mai et priver les salariés de la seule fête de l’année où ils peuvent exprimer leurs attentes et défendre leurs intérêts». Yatim a souligné que la décision du boycott des festivités du Premier Mai ne pouvait pas être prise par la direction de son syndicat, car cela relève de la compétence du Conseil national. Un reproche aux autres centrales qui se sont contentées de se concerter au niveau de leurs directions pour décider le boycott. Yatim a aussi insisté sur l’indépendance de sa centrale vis-à-vis du PJD. Il a rappelé les «acquis» arrachés depuis l’installation du gouvernement dirigé par Benkirane. «La plupart des points figurant dans l’accord du 26 avril 2011 et qui ont un caractère financier ont été résolus. De plus, l’augmentation des salaires n’est pas le seul moyen pour améliorer les conditions matérielles des travailleurs», a-t-il lancé aux syndicats qui ont opté pour le boycott. Parmi les autres moyens, figure l’amélioration des conditions d’accès au logement social pour les fonctionnaires figurant en bas de l’échelle de la Fonction publique. «Le gouvernement planche sur la création d’un fonds pour aider ces fonctionnaires à acquérir un logement social», a-t-il annoncé. Le syndicaliste n’a pas hésité à accuser «les centrales qui détournent l’argent des comités des œuvres sociales pour l’utiliser à d’autres fins». Yatim a également rappelé les «avancées» obtenues depuis l’arrivée de Benkirane au pouvoir, tels l’indemnité pour perte d’emploi, l’indemnisation des veuves, le Ramed… Or, du fait que ce Premier Mai a coïncidé avec un vendredi, les organisateurs ont programmé deux allocutions en annulant le reste, afin de permettre aux participants de pouvoir aller accomplir la prière d’Addohr. Et de céder la tribune à Abdelilah Benkirane qui a certainement fait l’intervention la plus attendue.
En premier lieu, le chef de gouvernement a évoqué un argumentaire défendant sa présence à ce meeting. Il a expliqué qu’il avait toujours participé avec les militants de l’UNTM à ces festivités avant qu’il ne soit chef de gouvernement et qu’il n’y avait pas de raisons pour qu’il leur tourne le dos, aujourd’hui, du fait de son statut de chef de gouvernement. «J’ai hésité un peu, d’autant plus que certains syndicats ont décidé de boycotter les festivités du 1er Mai. Que je reste chef de gouvernement ou que je parte, je continuerai toujours de venir aux meetings de cette famille dans laquelle je suis né», a dit Benkirane.

Les autres centrales

Benkirane disait comprendre la position des «syndicats indépendants» qui ont boycotté les festivités du Premier Mai. Il leur a dit que le dialogue social est toujours à l’ordre du jour et que sa porte est toujours ouverte. Par contre, il a estimé s’être débarrassé, grâce à ce boycott, des désagréments des autres syndicats ayant des agendas autres que syndicales.

Les acquis du gouvernement

Abdelilah Benkirane, qui a reconnu que ses acquis restaient insuffisants, a promis une augmentation des salaires bas. Il a demandé à ceux qui touchent 5.000 DH et plus davantage de solidarité, parce qu’il veut plus d’attention envers les catégories fragilisées. Il a aussi demandé aux Marocains d’essayer de comprendre quelques décisions prises qui donnent l’impression d’être des décisions dures, comme la réforme des retraites, mais qui auront des retombées positives sur le citoyen.

IPE, CNSS, lAMO, Fonds au profit des veuves…

Benkirane a profité de sa présence au meeting de l’UNTM pour envoyer des messages politiques sur les acquis, tels «la possibilité pour les adhérents de la CNSS n’ayant pas totalisé un minimum de 3.240 jours de récupérer leurs cotisations, l’AMO dédiée aux étudiants qui nécessiterait 400 millions de DH, l’augmentation de la pension minimale à 1.000 DH, le règlement du butoir de la TVA, la hausse du SMIG… « Quant à l’AMO au profit des ascendants, nous continuons d’y réfléchir», a-t-il dit. Le chef du gouvernement a par ailleurs déclaré à l’assistance: «La priorité sera donnée aux franges sociales les plus démunies». Quant à ceux qui perçoivent un salaire d’au moins 5.000 DH, «ils devront faire preuve de patience». Benkirane a rappelé: «Nous faisons aujourd’hui la politique pour contrer une minorité de mercenaires qui veut arriver au gouvernement pour tout accaparer. Ce n’est pas un gouvernement contre l’opposition ou un front du bien contre un front de la dépravation. Il s’agit de ceux qui défendent leur intérêt. Ceux qui s’adonnent à la contrebande du gasoil et qui causent des catastrophes; ceux qui accaparent des terres (des milliers d’hectares); ceux qui commercialisent, protègent ou font du chantage aux narcotrafiquants…».

Les adversaires

Le chef de gouvernement a évoqué dans son allocution ses deux principaux adversaires politiques: le Secrétaire général du Parti l’Istiqlal, Hamid Chabat et le Premier secrétaire de l’USFP, Driss Lachgar, en les accusant de «despotisme» et de «mensonges».

Le tyran de l’USFP…

«Sans honte et avec une ingratitude envers ses camarades… Imaginez Si Abderrahmane El Youssoufi, un grand monsieur que nous respectons tous. Quand il entre, lui (sous-entendu Lachgar), il sort…», a rapporté Benkirane. Il a aussi cité deux adversaires de Lachgar, en l’occurrence Abdelhadi Kheirat, un symbole de l’USFP et feu Ahmed Zaidi. «Alors comment pourrait-il avoir de la gratitude envers le pays», a lancé le chef de gouvernement, ajoutant: «Nous demandons à Dieu de protéger notre Roi, le garant après Dieu de la stabilité de ce pays et des droits des citoyens. Mais nous, en tant que citoyens, nous devons l’aider par la droiture et pour contrer ces figures, ces symboles de la dépravation».

… Chabat aussi

A Propos du SG du PI, Benkirane a dit: «Je lui ai posé la question en public en lui demandant: ”dites-nous: vous avez accusé le n° 3 du PAM, dans une vidéo diffusée sur le site de Hiba Press, qu’il faisait pression sur les commerçants de la drogue et leur extorquait des milliards. Alors, si ces dires sont des mensonges, il faut présenter des excuses, ou s’ils sont vrais, alors, comment se fait-il qu’aujourd’hui vous vous entendez si bien?”. Ma question est restée sans réponse».
Et de citer ce dicton arabe : «quand deux voleurs se disputent, on sait qui est volé. Mais quand les deux voleurs sont de connivence, on ne le sait pas».

Et l’imprimerie

A propos de son imprimerie, Benkirane a donné les explications suivantes: «Ils sont allés chercher, fouiner… Nous avons acheté cette imprimerie, parce que les autres imprimeries refusaient de nous imprimer des tracts. Nous l’avons donc achetée à 150 mille dirhams et il m’a fallu 1 an et demi pour la rénover». Et s’adressant à l’adversaire dont il n’a pas cité le nom, il lui a reproché: «Maintenant, tu avances qu’elle coûte 2 milliards. Je te mets devant la réalité: je te la vends à seulement un milliard. Ainsi tu gagneras 1 milliard que tu ajouteras aux autres milliards que tu as. Menteur!». Certes, ce message était codé. Mais une chose était sûre: l’assistance, lors de ce meeting, était complétement captivée par le discours de Benkirane!

Bouchra Elkhadir

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