mercredi 13 décembre 2017

Souk Al Fallah : Un marché où la contrebande casse les prix

Situé à Bab Sidi Abdelouahab, «Souk El Fallah» est le fief de la contrebande dans la capitale de l’Oriental, Oujda. C’est un marché où l’on trouve de tout. De la seringue jusqu’à la boîte de lait en poudre pour nourrissons, en passant par l’alimentaire… Reportage.

Il est 14h, ce samedi 23 septembre 2017. A Oujda, contrairement à Casablanca et Rabat, la circulation est très fluide. La conférence de presse de clôture du Salon Maghrébin du Livre n’est prévue qu’à 18h. En attendant, rien n’empêche de faire un petit tour à Souk Al Fallah, dont on nous a beaucoup parlé, depuis notre arrivée à Oujda.  C’est donc en petit taxi que nous nous dirigeons vers ce marché, dont la réputation dépasse la région. A peine installés dans le véhicule que nous arrivons à notre destination. Finalement, cette course n’a coûté que 5 DH. En effet, à Oujda, les petits taxis appliquent un tarif minimum qui ne dépasse pas 5 DH, contrairement aux grandes villes, comme Casablanca, où ce tarif est fixé par les autorités à 7,50 DH mais qui, en réalité, est de 8 DH.

Au moment de descendre du taxi, le conducteur nous met en garde contre ce qu’il estime être le principal danger de Souk El Fallah: les «toubibs ambulants». D’après lui, c’est le surnom donné aux marchands de médicaments présents en masse dans ce marché, vieux de plusieurs décennies.  

Médicaments de contrebande: attention, danger!

Pour vérifier les propos du taximan, nous décidons d’aller directement vers ces personnes tant redoutées. C’est un vendeur de «Karan» (sandwich populaire à Oujda, élaboré à base de farine de pois chiche, sorte de ‘‘caliente’’) qui nous guide vers ces marchands d’un autre temps. Ce que nous constatons dépasse de loin notre imagination. Des médicaments, en grande quantité, sont en effet mis en vente à l’air libre, exposés aux rayons du soleil et à la poussière, à des prix cassés. Par exemple, une boîte de Doliprane 1000MG est vendue à 10 DH, avec possibilité de marchandage. Brusquement, un client débarque. Il a l’air pressé. Il demande 20 boîtes de ce médicament et 10 boîtes de seringues. Quand on tente d’avoir plus d’explications de la part du vendeur, ce dernier nous demande de l’attendre quelques minutes au coin de la rue. C’est ce que nous faisons. Après 10 minutes d’attente, le jeune commerçant nous rejoint en nous promettant des médicaments meilleurs que ceux qu’il vient d’écouler. «Vous m’avez l’air de Casablanca. Je vais donc vous proposer une meilleure marchandise. Vous devez pour cela me faire une avance et revenir demain matin». On lui promet de revenir dans deux jours pour lui faire la commande. Bien-entendu, il ne va plus nous revoir. Mais on a toujours cette envie de connaître la raison qui fait que le commerce des médicaments demeure florissant à Souk El Fallah, alors que la contrebande figure en tête des fléaux à combattre par le gouvernement. Nous posons cette question au «toubib». Sa réponse est sans appel: «Vous savez, au Maroc, les rafles et les tournées de contrôle sont monnaie courante. Mais elles ne durent que quelques jours. Et les choses reprennent leur cours habituel».  

La nuit commence à tomber sur Souk El Fallah. Ici, comme au marché aux puces de Derb Ghallef à Casablanca, la majorité des commerces ferment peu après le coucher du soleil. Nous décidons donc de nous rendre dans la partie du marché réservée aux produits alimentaires.

La faim ne justifie pas les moyens

Souk Al Fallah est aussi un endroit où de grandes quantités de produits alimentaires de contrebande sont écoulées chaque jour. Dans ce Souk, les aliments proviennent généralement d’Espagne ou de France. C’est ce que nous confirme le propriétaire d’un petit commerce de fromage et de charcuterie. «Ma marchandise provient de Sebta et parfois de France», nous explique-t-il. Il souligne qu’il fait appel à un réseau bien rodé qui lui permet de s’approvisionner, avec livraison au Souk El Fallah, moyennant une somme d’argent qui varie selon la quantité; en plus d’une commission prélevée sur les ventes. Les produits alimentaires les plus courants au Souk El Fallah sont: les pâtes alimentaires, les biscuits, la charcuterie de dinde et de bœuf et, tenez-vous bien, le lait en poudre pour nourrissons, entre autres produits. Leurs prix défient toute concurrence, aux risques et périls du consommateur. Par exemple, une boîte de fromage de 16 portions est vendue à Souk El Fallah à 11 DH seulement. Un paquet de biscuits de 30 pièces coûte 15 DH. Enfin -et c’est ce qui choque le plus-, une boîte de lait en poudre pour nourrisson est vendue à 45 DH, avec possibilité de marchandage. 

Pour ce qui est des produits de beauté vendus dans ce Souk, ils proviennent généralement du préside occupé de Sebta ou d’Algérie. Un déodorant produit en Algérie est vendu à Souk El Fallah à 12 DH. A Casablanca, cette même marque vaut 30 DH, soit 18 DH de différence, de quoi attirer la clientèle oujdie qui afflue en masse vers ce marché très populaire!

Oujda entre hier et aujourd’hui

Si pour certains, Oujda est synonyme de denrées alimentaires bon marché, d’autres voient en la multiplication du commerce de contrebande dans leur ville, un signe de crise économique qui frappe la cité et la région de l’Oriental de plein fouet. C’est l’avis de Azeddine, serveur dans un café situé à proximité du centre-ville. Selon lui, «Oujda est une ville victime». Il estime que la ville avait vécu des années fastes, avant la fermeture de la frontière terrestre avec l’Algérie. Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui, à cause de problèmes politiques, alors que le citoyen lambda n’y est pour rien». L’avis de Azeddine est partagé par Abdelmajid, chauffeur de taxi. Père de deux enfants, il nous confirme qu’Oujda meurt à petit feu. «L’économie locale est en berne. Les jeunes Oujdis n’ont aucune perspective d’avenir. Si certains d’entre eux ont réussi à quitter le pays, d’autres se retrouvent aujourd’hui pris entre deux feux: d’une part, la pauvreté et l’absence de débouchés dans leur pays et, d’autre part, les mesures de plus en plus draconiennes imposées par l’UE qui rendent de plus en plus difficile l’émigration vers l’Europe», déplore-t-il, appelant les autorités locales et le pouvoir central à mettre en place une politique de développement réelle au profit de toutes les régions du Maroc. «Le Maroc, ce n’est pas uniquement Rabat, Casablanca, Tanger et Marrakech», dit-il.

Reportage réalisé par: Mohcine Lourhzal

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