vendredi 22 juin 2018
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Safi, Fès, Tanger… Les nouveaux gardiens de la morale repassent à l’action

Les auteurs de l’agression de deux personnes (une femme et un homme), dans la localité de Jemaat S’heim, à proximité de Safi, ont été placés en garde à vue.

Le procureur général près la Cour d’appel de Safi a décidé, lundi 4 juin 2018, de poursuivre, en état de détention, un groupe d’individus composé de 14 personnes. Ils sont accusés de tentative de meurtre avec préméditation, vol caractérisé et destruction de la propriété d’autrui. Quant aux deux victimes, elles sont soupçonnées d’adultère.

La vindicte populaire prend une proportion inquiétante

Pour mieux cerner cette affaire, un petit retour en arrière s’impose. Le 30 mai 2018, dans une vidéo qui a circulé massivement sur les réseaux sociaux, montrant un groupe d’individus cagoulés en train d’agresser un homme et une femme, les assaillants justifiaient leurs actes par le fait que les victimes s’apprêtaient à manger volontairement, en plein jour, pendant le Ramadan et à avoir une relation sexuelle, ce qui est formellement interdit par la religion musulmane et sévèrement puni par le Code pénal marocain.

Dans la vidéo filmée par un téléphone portable, on pouvait voir le chauffeur du véhicule tentant, en vain, d’expliquer à ses agresseurs les raisons de sa présence avec la jeune femme à cette heure de la journée. «C’est une étudiante. Je n’ai fait que l’accompagner dans le cadre d’une recherche qu’elle effectue», répétait-il, en essayant de se protéger le visage et celui de la jeune femme des coups que tentaient de leur porter les assaillants. Visage ensanglanté et cheveux ébouriffés, l’étudiante essayait, de son  côté, d’expliquer la situation, en vain. «Il ne s’est rien passé entre lui et moi. C’est un chauffeur de taxi qui exerce dans la clandestinité. J’ai eu recours à ses services, dans le cadre d’une étude que je réalise», jurait-elle en pleurant.

Cette scène d’agression à Safi n’est pas sans rappeler d’autres agressions. En effet, le Maroc connaît ces dernières années une série de «justice populaire». A Fès, dans la soirée du 29 juin 2015, la vidéo d’une foule déchaînée agressant un homosexuel avait provoqué beaucoup de réactions. On y voyait un jeune homme tentant de s’enfuir en prenant un petit taxi, mais le véhicule a été vite encerclé par une foule en colère. Un an plus tard, à Rabat, c’est au tour d’un jeune diabétique d’être violemment tabassé par la foule, après avoir bu de l’eau dans un lieu public pendant le Ramadan. Encore, en 2017, une jeune tangéroise a été menacée par une dizaine de jeunes hommes jugeant sa tenue trop serrée.

D’après les d’habitants de Safi, les auteurs de l’agression dans la localité de Jemaat S’heim seraient originaires de la région de Doukkala-Abda. Ils auraient dissimulé leurs visages pour se protéger de la poussière provenant des champs de betterave où ils travaillaient comme ouvriers agricoles.

L’article 222 du Code pénal marocain prévoit: «Celui qui, notoirement connu pour son appartenance à la religion musulmane, rompt ostensiblement le jeûne dans un lieu public pendant le temps du Ramadan, sans motif admis par cette religion, est puni de l’emprisonnement d’un à six mois», ainsi que d’«une amende de 200 à 500 DH. Le code ne prévoit pas que la foule lynche les éventuels contrevenants…

Mohcine Lourhzal

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