mardi 16 octobre 2018

Dakhla : Le dilemme des pêcheurs clandestins

Ils sont 118 propriétaires de barques non réglementaires à faire pression sur le ministère de la Pêche, pour que celui-ci cède à leur revendication de régulariser leur situation.

A Dakhla, le poulpe a toujours attisé les convoitises. Malgré les périodes de repos biologique, la pêche illicite ne s’est pas pour autant affaiblie. Le nombre légal dans cette région est estimé à 3.080 barques qui opèrent dans le segment de la pêche artisanale. Cependant, il existe un nombre non déterminé de barques clandestines qui s’activent dans la pêche illicite, selon des professionnels de la région. Le projet relatif à l’identification des barques nationales de la pêche artisanale par radiofréquence -récemment mis en place par le ministère- fait d’ailleurs référence à cette problématique. Ce système, qui permet également l’obtention d’informations précises et immédiates sur la barque de pêche (nom de la barque, identité de son propriétaire, numéro d’immatriculation et licence de pêche), est entré dans sa phase exécutoire à Dakhla, depuis quelques semaines. Cependant, l’entrée en application de ce projet ne s’est pas fait sans remous.

En effet, chez les marins pêcheurs n’ayant pas de licence de pêche et utilisant des embarcations non autorisées, la colère monte. «Maintenant que le dispositif des puces a été installé sur les barques autorisées, celles non réglementaires ne peuvent plus s’adonner à leur activité clandestine», explique un professionnel de Dakhla. C’est ce qui explique, dit-il, le mouvement de colère de ces marins «clandestins». Ces derniers justifient leur grogne par le fait que «la pêche artisanale est une activité vivrière» pour eux.

Pour se faire entendre, ils multiplient les sit-in. Constitués en une «Coordination des jeunes de Dakhla-Oued Eddahab, propriétaires des barques vivrières de la pêche artisanale», les protestataires tiennent, depuis plus de trois mois, un sit-in dans le village de pêche de Lasargua, à Dakhla.

Après Dakhla, la protestation a également gagné Rabat. En effet, un autre sit-in est organisé, depuis le 25 mai, devant le ministère à Rabat. Le 30 mai, les forces publiques sont intervenues pour disperser le rassemblement. Mais cela n’a pas empêché les contestataires de revenir sur les lieux.

Au jeudi 7 juin, les contestataires tenaient encore leur sit-in devant le ministère. Au total, ils sont 118 propriétaires de barques non réglementaires à faire pression sur le ministère, pour qu’il cède à leur revendication de régulariser leur situation administrative. «Nous comptons poursuivre notre mouvement, jusqu’à ce qu’une solution soit trouvée à nos revendications.  Nous n’allons pas arrêter de manifester jusqu’à la régularisation de notre situation administrative. Car il y va de notre vie et de notre existence. Nos barques sont notre seule source de revenu», ont crié les protestataires, lors de leur rassemblement devant le ministère.

Le département de la pêche finira-t-il par céder aux arguments des propriétaires de barques non réglementaires? Comment envisage-t-il de gérer cette situation? Au ministère, la réponse ne s’est pas fait attendre. Des sources autorisées assurent au Reporter que ce département ne cédera pas à la pression, ajoutant que le mouvement des contestataires n’aura aucune incidence sur la volonté de faire aboutir le projet (d’identification), dont le ministère attend beaucoup pour lutter contre les barques artisanales illégales et la pêche non déclarée et non réglementée. «Ces propriétaires de barques non réglementaires n’ont jamais été autorisés à opérer. Ils n’ont jamais eu de licence de pêche», déclare Bouchta Aichane, Directeur de la Pêche maritime et de l’Aquaculture. Celui-ci ajoutera que parmi les jeunes protestataires en sit-in devant le siège du ministère, « certains ont déjà bénéficié d’une indemnisation des autorisations des barques délivrées par la Wilaya de Dakhla Oued Eddahab en 2005 ».

Notre responsabilité, dit-il, c’est la préservation de la ressource. « A Dakhla, il y a un effort de pêche déjà existant qu’on ne peut pas augmenter. Car cela va mettre en péril la ressource. Le résultat auquel nous sommes arrivés aujourd’hui, c’est bien grâce à un plan d’aménagement qui a été appliqué dans la région depuis 2004, avec des quotas individuels, des recensements de barques, un programme de restructuration de la flotte de pêche artisanale, etc. A cela vient aujourd’hui s’ajouter le système d’identification automatique des barques artisanales», tient à souligner le responsable.

C’est un véritable dilemme. Au département de la pêche, on indique que les pêcheurs contestataires ne peuvent pas être autorisés à opérer dans le secteur car il y va de la durabilité des ressources. Et, de l’autre côté, la pêche artisanale est une source d’existence pour ces 118 propriétaires.

Mais derrière le problème de ces marins pêcheurs «clandestins», beaucoup d’interrogations… Comment faisaient-ils pour pêcher, alors qu’ils n’avaient pas de licence de pêche? Comment ont-ils construit leurs barques? Et pourquoi ont-ils été tolérés, pour opérer dans cette activité de manière clandestine? «Tout le monde peut s’improviser pêcheur, de nos jours », témoigne de son côté un professionnel de Dakhla. «Ces marins reconnaissent qu’ils ont des barques non réglementaires. Ils s’adonnaient à la pêche illégale et leurs barques n’ont aucun matricule. Aujourd’hui, ils viennent demander d’être autorisés à travailler. Mais les articles 33 et 34 du dahir 1973 stipulent que la personne exerçant la pêche non réglementaire et non autorisée doit être sanctionnée», a-t-il dénoncé.

Naîma Cherii

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