lundi 17 décembre 2018

Yémen : Une interminable sale guerre

Il n’y a aucune guerre propre, contrairement à ce que l’on a essayé un  temps de faire croire à l’opinion, notamment occidentale. Mais il y a des guerres plus sales que d’autres. Celle du Yémen en est une.

La guerre du Yemen frappe les populations civiles et provoque une immense catastrophe humanitaire. Et pourtant, ce n’est pas la Libye, personne ne parle d’intervenir en dehors des pays de la région engagés, sinon embourbés, dans l’affrontement de cette «guerre d’Espagne musulmane» qui oppose l’Arabie saoudite à l’Iran.

C’est à peine si on voit émerger une certaine mobilisation et prise de conscience devant les ravages de cette guerre trop longtemps oubliée.

Le Yémen actuel résulte de la fusion (en 1990) de deux entités distinctes: la «République arabe» au nord et la «République démocratique populaire» au sud (de type marxiste). A cette première césure vient s’en ajouter une autre: le pays est composé de 55% de sunnites et de 45% de chiites. Ces derniers appartiennent au courant zaydite. S’estimant lésés, politiquement et économiquement, ils ont commencé à revendiquer et à manifester contre le pouvoir central en 2004. Leur chef religieux, Hussein Badreddine al-Houti, sera éliminé lors de ces turbulences. Ses sectateurs, qui se baptiseront désormais «houtistes», prennent les armes et s’emparent de plusieurs territoires septentrionaux.

A la faveur des printemps arabes, le président historique, Ali Abdallah Saleh, cède la place à Abd Rabbo Mansour Hadi, en 2012. Les rebelles houtistes poursuivent leur avancée et pénètrent en 2014 dans la capitale, Sanaa.

Sur le plan militaire, les forces progouvernementales yéménites, appuyées par l’aviation de l’allié saoudien, ont réalisé, jeudi 8 novembre, une percée dans la ville de Hodeida sous contrôle des rebelles, au prix de combats meurtriers qui menacent des milliers de civils. Depuis 2015, les forces loyales au président Abd Rabbo Mansour Hadi, aidées militairement par l’Arabie saoudite et les Emirats Arabes Unis, tentent de chasser ces rebelles, soutenus par l’Iran, des vastes régions qu’ils ont conquises, dont Hodeida et la capitale Sanaa.

L’ONU a indiqué  qu’elle entendait intensifier ses programmes d’assistance au Yémen, pour fournir une aide alimentaire à 14 millions d’habitants, environ la moitié de la population, alors que la famine menace le pays. «Le Programme alimentaire mondial des Nations Unies met en place des plans pour atteindre jusqu’à 14 millions de personnes par mois, contre 7 à 8 millions de Yéménites par mois actuellement», a annoncé aux médias Hervé Verhoosel, porte-parole de l’agence spécialisée à Genève. Mais les spécialistes de l’aide humanitaire et les responsables des Nations Unies disent qu’une forme plus insidieuse de guerre est aussi à l’œuvre au Yémen; une guerre économique qui fait bien plus de dégâts dans les rangs civils et risque, aujourd’hui, de faire basculer le pays dans une famine épouvantable.

Sous la houlette du prince héritier Mohammed ben Salmane, la coalition, dirigée par l’Arabie saoudite et ses alliés yéménites, a imposé une série de sanctions économiques visant à couper les vivres aux rebelles houthistes qui tiennent le nord du Yémen. Dans la guerre qu’elle mène avec ses alliés et notamment les Emirats Arabes Unis au Yémen, l’Arabie saoudite bénéficie d’une aide logistique de Washington, ainsi que d’un soutien précieux en matière de renseignement de la part de ses partenaires américains. Or, cette coopération fait maintenant débat aux Etats-Unis.

Des députés de cinq pays européens ont lancé  un «appel de Paris» pour le Yémen, demandant notamment un «cessez-le-feu immédiat» dans ce pays dévasté par la guerre, ainsi que la suspension des ventes d’armes aux pays prenant part au conflit. La guerre dévastatrice qui fait rage au Yémen a davantage fait parler d’elle ces dernières semaines, après le tollé soulevé par l’assassinat d’un dissident saoudien à Istanbul (Jamal Khashoggi) qui a braqué les projecteurs sur les opérations saoudiennes dans le reste du monde. Les critiques les plus virulentes de la guerre conduite par l’Arabie saoudite concernent les frappes aériennes qui ont touché, notamment, des mariages, des enterrements ou des bus scolaires, tuant plusieurs milliers de civils, à l’aide de bombes et de renseignements fournis par les Etats-Unis.

La crise humanitaire qu’a déclenchée l’intervention saoudienne est considérée comme la plus grave de la planète par les Nations Unies. En France, où le gouvernement apporte officiellement son plein soutien à la sécurité de l’Arabie saoudite, jugée menacée par les forces houthistes qui, déployées sur certaines portions de la frontière avec le Yémen, tirent occasionnellement des missiles vers les villes du royaume, le ton commence également à changer. Un débat émerge, notamment sur la fourniture par Paris d’armes françaises à Riyad. La ministre française des Armées, Florence Parly a pour sa part estimé, au micro de BFM-TV, qu’il était «plus que temps» que ce conflit cesse.

Mais pour le moment, il ne s’agit que de vœux pieux ou hypocrites.

Patrice Zehr

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Un commentaire

  1. Le Maroc à participé à cette sale guerre. À l’injonction de son mentor et financier saoudien. Il ne faut pas avoir honte de le dire. Il a même perdu un avion et un pilote. Un f 16 payé justement par les saoudiens. Les principes coûtent cher et le Maroc n’a pas les moyens d’en avoir. Eh oui c’ est comme ça.

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