mercredi 16 août 2017

Turquie : Erdogan cherche-t-il la guerre avec la Syrie?

erdogan turquie

La Turquie était donnée en exemple pour sa gouvernance par des islamistes modérés, mais la politique nationale et internationale d’Ankara commence à inquiéter.

Cet homme est-il dangereux? La question ne peut plus être éludée depuis que l’on a des indices permettant de penser que le pouvoir turc pourrait tenter de détourner l’attention de ses problèmes internes par une aventure militaire syrienne. Cela semble remonter à une autre époque!
Les islamistes turcs qualifiés de modérés étaient donnés en exemple au monde arabe et Erdogan était écouté comme un sage. Depuis, des scandales se sont multipliés, la contestation de la rue a pris de l’ampleur, les libertés ont été réduites et la politique internationale d’Ankara inquiète. Il est bien évident que les municipales et leur enjeu sur la popularité de l’AKP au pouvoir ont fait monter la tension.

Dans l’enregistrement de YouTube, quatre personnes présentées comme étant de hauts responsables turcs, dont le ministre des AE, Ahmet Davutoglu et le chef des services de renseignement (MIT) Hakan Fidan, évoquent ouvertement le scénario d’une opération secrète susceptible de justifier ensuite une riposte militaire turque en Syrie. L’authenticité de cette discussion, sa date et les conditions de son enregistrement n’ont pas été établies.
Selon la télévision CNN-Türk, cette réunion s’est tenue récemment dans le bureau de M. Davutoglu.
Le ministère des Affaires étrangères n’a pas démenti son existence, mais a assuré que l’enregistrement publié avait été «manipulé» et a dénoncé une «attaque haineuse» et un «grave acte criminel». Sur cette bande sonore, la voix attribuée à M. Fidan envisage d’envoyer «quatre hommes (en Syrie) pour lancer huit missiles dans un terrain vague» en Turquie. «S’il le faut, nous pouvons lancer une attaque», poursuit le chef du MIT. «Ce n’est pas un problème, une justification peut être fabriquée».
«Entre vous et moi, le Premier ministre a dit au téléphone que ça (cette attaque) pourrait aussi être utilisé si nécessaire dans cette atmosphère», intervient à un moment de la conversation le personnage présenté comme M. Davutoglu.
Kemal Kiliçdaroglu, chef du principal parti d’opposition, le Parti républicain du peuple (CHP), avait évoqué un tel scénario en affirmant que le Premier ministre «pourrait décider de faire entrer l’armée en Syrie avant les élections». Dans un communiqué, le ministère turc des Affaires étrangères a assuré que cet enregistrement a été «manipulé». Il a dénoncé avec véhémence une «attaque haineuse» à la sécurité nationale de la Turquie.
Depuis février, des dizaines d’enregistrements de conversations téléphoniques piratées, mettant en cause M. Erdogan et son entourage dans un vaste scandale de corruption, ont été diffusées sur Internet.
Pour empêcher leur publication, Ankara a déjà bloqué le réseau Twitter, provoquant une avalanche de critiques dans le monde. «Nous allons supprimer Twitter. Je me moque de ce que pourra dire la communauté internationale», avait lancé Erdogan devant des milliers de ses partisans. Un tribunal d’Ankara a ordonné la suspension de cette mesure qui restait toutefois en vigueur, car la TIB (l’Autorité turque des télécommunications) dispose de trente jours pour s’y conformer.
L’AKP aborde les élections à venir en position de favori. Les municipales du 30 mars seront suivies d’une présidentielle en août, puis de législatives d’ici à 2015. L’opposition, fractionnée et prisonnière de ses propres luttes internes, ne semble pas en mesure de proposer une alternative. Le principal adversaire de M. Erdogan est le mouvement du prédicateur Fethullah Gülen, exilé aux Etats-Unis depuis 1999, qui, après dix ans d’étroite collaboration, souhaite en finir avec l’ère Erdogan.
Face aux scandales, M. Erdogan joue sa survie et entraîne la Turquie dans sa dérive. L’instabilité et la violence politique resurgissent.
Un retour des militaires dans le jeu politique n’est plus à exclure. C’est le risque que prend M. Erdogan pour contrer le mouvement Gülen. De nombreux officiers impliqués dans une tentative de complot sont sortis de prison à la faveur d’une réforme judiciaire et ont promis de poursuivre leur combat contre Erdogan.

Patrice Zehr

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Turquie: Erdogan gagne une manche


Le Premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, a proclamé, dimanche 30 mars, sa victoire totale aux élections municipales en Turquie, malgré des mois de critiques et de scandales. Il a aussitôt promis à tous ses ennemis de leur en faire «payer le prix».
Au soir du large succès de son Parti de la justice et du développement (AKP), l’homme fort du pays a repris sa rhétorique agressive de campagne pour s’en prendre à l’opposition et surtout aux «traîtres» de l’organisation de l’imam Fethullah Gülen qu’il accuse de comploter contre son régime.
«Le peuple a aujourd’hui déjoué les plans sournois et les pièges immoraux (…). Ceux qui ont attaqué la Turquie ont été démentis», a-t-il paradé devant des milliers de partisans en liesse, réunis devant le quartier général de l’AKP à Ankara.
«Il n’y aura pas d’Etat dans l’Etat, l’heure est venue de les éliminer», a poursuivi le chef du gouvernement face à la foule brandissant des drapeaux du parti. Celle-ci a repris en cœur: «La Turquie est fière de toi» ou encore «Dieu est grand».
Après le dépouillement de 95% des suffrages exprimés, les candidats de l’AKP sont arrivés nettement en tête en recueillant 45% des suffrages, largement devant ceux de son principal concurrent, le Parti républicain du peuple (CHP, centre gauche), avec 28,5%.

PZ

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