vendredi 22 juin 2018
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Syrie : La nouvelle guerre d’Espagne

Guerre de Syrie, guerre d’Espagne. Nous avons déjà fait cette comparaison. Mais même si comparaison n’est pas raison, les ressemblances ne font que s’accroître.

Une guerre presque finie est en train de rebondir et un nouvel incendie plus terrible pourrait surgir des braises du premier conflit.

Une guerre civile opposant des forces autoritaires à des combattants de la démocratie, mais aussi des extrémistes. Une guerre civile qui menace de s’internationaliser et qui est déjà un banc d’essai pour des puissances rêvant d’en découdre. Qui ne pense pas à la guerre d’Espagne?

La régionalisation du conflit s’est accélérée ces dernières semaines, avec une implication notamment de plus en plus nette d’Israël. En l’espace d’une seule semaine, au moins trois menaces de guerres différentes, qui concernent aussi bien des puissances régionales que la Russie et les Etats-Unis, se sont brutalement manifestées, faisant craindre un débordement généralisé.

Il y a certainement en Syrie des Guernica, mais les Russes ne son t pas nazis et les Iraniens les fascistes. Quant aux milices internationales, elles sont des milices djihadistes, on est loin d’un rêve de liberté et de démocratie.

La guerre d’Espagne a précédé la Guerre mondiale. Celle de Syrie est aussi une petite guerre mondiale déjà en elle-même, comme le fut celle d’Espagne aussi internationale que civile.

L’ONU en a pris acte. «Nous sommes devant un risque de confrontation régionale et internationale», disait le représentant français. C’est l’un des moments les plus «violents, préoccupants et dangereux» depuis le début de la guerre, enchaînait l’émissaire de l’ONU, Staffan de Mistura. Même limitée géographiquement à l’espace syrien, la guerre est pratiquement devenue une affaire mondiale.

Jusqu’ici, Israël avait fait mine de se tenir à l’écart du conflit syrien, semblant compter aussi bien sur les Etats-Unis que sur la Russie pour qu’ils maîtrisent ce que l’Etat hébreu perçoit comme la principale menace se profilant à sa porte: la mainmise, en Syrie, de l’Iran et du Hezbollah son allié libanais

Un drone iranien abattu au-dessus d’Israël. Des avions de combat israéliens qui, en représailles, détruisent à Tiyas, au cœur de la Syrie, le centre de commandement tenu par les Gardiens iraniens de la révolution d’où serait parti l’engin. Puis, à son tour, la défense syrienne réagit et abat l’un des F-16 israéliens, le premier appareil israélien à tomber au combat depuis… 1982.

Israël, de son côté, aurait commencé à équiper certains groupes rebelles dans le sud de la Syrie, restés orphelins après le retrait décidé dans la région par l’administration américaine. «Nous devons nous préparer, disait ces jours Amit Fisher, le commandant des forces israéliennes dans la région. Le grand test sera celui de la guerre».

 L’Iran multiplie en effet la construction d’installations qui, à l’instar du centre militaire de Tiyas, sont destinées à durer. Une aile syrienne du Hezbollah regroupe déjà des milliers de combattants qui, à l’instar de ce qui se passe depuis longtemps au Liban, fonctionnent en dehors de tout pouvoir national.

Après avoir nié en bloc, Moscou reconnaissait pour la première fois, jeudi 15 février, que «5 Russes pouvaient avoir été tués» lors de cette première confrontation directe à avoir eu lieu en Syrie, entre les deux grandes puissances. La Russie, de fait, est déjà en guerre contre les Etats-Unis.

Le troisième risque d’escalade est a priori le plus inattendu. «Soit nous améliorons nos relations avec les Etats-Unis, soit elles vont s’effondrer complètement», résumait récemment le chef de la diplomatie turque MEV-lût Cavusoglu. Au-delà des mots, ces relations ont rarement paru plus menacées. Depuis qu’elle a lancé son opération militaire «Rameau d’olivier» dans le nord de la Syrie, le 20 janvier, la Turquie n’en fait pas mystère: elle entend s’emparer non seulement de la ville d’Afrine (qu’elle a commencé à bombarder), mais aussi de Manbij, une centaine de kilomètres plus à l’est. Or, cette offensive turque, qui vise avant tout à interdire la progression sur le terrain des miliciens kurdes des Unités de protection du peuple (YPG), risque à tout moment de trouver sur sa route les conseillers américains, réunis en nombre à Manbij, qui soutiennent ces mêmes forces kurdes.

Maintenant que Daech a été vaincu territorialement dans l’est du pays, les conflits les plus inquiétants par leurs risques de débordements n’opposent pas Bachar Al-Assad à ses opposants, mais des puissances régionales ou des voisins de la Syrie, soucieux de garantir leurs intérêts sécuritaires, d’ici la fin de la guerre.

Patrice Zehr

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