mardi 20 novembre 2018

Survol de l’immense et si périlleux Sahel

Mali, un pays toujours miné

Deux soldats français de l’opération «Barkhane», au Mali, ont été tués et un autre blessé, le mercredi 21 février, entre Gao et Ménaka, dans l’est du pays. Ils ont été touchés par l’explosion d’une mine artisanale au passage de leur véhicule blindé, portant à 21 le nombre de soldats français morts au Mali.

La guerre n’est pas finie

La France est engagée depuis janvier 2013 au Mali, d’abord sous le nom d’opération «Serval», puis sous celui d’opération «Barkhane», pour chasser les groupes djihadistes du pays. Près de 4.000 soldats français sont toujours engagés dans le pays.
Cherchant à se désengager, Paris souhaite accélérer depuis plusieurs mois le déploiement de la force G5 Sahel réunissant le Mali, le Niger, le Burkina Faso, le Tchad et la Mauritanie. Lancée au début de 2017, l’initiative vise à former une force de 5.000 hommes, composée de soldats des cinq pays impliqués, d’ici à la mi-2018. Bien que, depuis 2013, les groupes liés à Al-Qaïda aient été dispersés et en grande partie chassés du nord du Mali, des zones entières du pays échappent au contrôle des forces maliennes, françaises et de l’ONU (Minusma), régulièrement visées par des attaques, malgré la signature en mai-juin 2015 d’un accord de paix censé isoler définitivement les djihadistes.
Pour sa première visite au siège des Nations Unies depuis son retour à la tête des Affaires étrangères maliennes, Tiéman Hubert Coulibaly devait se douter qu’il ne bénéficierait d’aucun état de grâce lié à sa récente nomination, le 31 décembre 2017. Son pays va mal et les Casques bleus de l’ONU en paient le prix du sang, d’une manière récurrente, au sein de la mission de paix la plus meurtrière de toutes celles déployées dans le monde (plus de 130 morts depuis 2013). A l’aube d’une année électorale incertaine, la sécurité se détériore au gré des assauts de nouveaux groupes armés surgis depuis la signature, en 2015, d’un accord de paix qui patine.

A New York, Tiéman Hubert Coulibaly a donc pu mesurer l’exaspération du Conseil de sécurité de l’ONU. Celle-ci a pris la forme d’une déclaration au ton très ferme, préparée par la France et adoptée à l’unanimité, mercredi 24 janvier. Le texte fait état d’un «sentiment partagé d’impatience au regard des délais persistants dans la mise en œuvre de l’accord de paix», conclu à Alger entre le gouvernement malien, les séparatistes touaregs et d’autres groupes armés.

«Sur le plan politique, il y a un déficit avec le pouvoir en place qui n’arrive à maintenir le dialogue ni avec la société civile, ni avec l’opposition, ni avec les mouvements signataires de l’accord de paix. C’est une situation qui ne fait qu’aggraver les choses». Soumaïla Cissé, chef de l’opposition malienne et président de l’Union pour la République et la Démocratie (URD), principal adversaire d’Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) en 2013, ne décolère pas.

«L’accord de paix n’avance pas, alors que son application était censée se terminer dans les 24 mois après la date de sa signature (le 20 juin 2015). Il n’y a pas de vision pour ce pays et, pour preuve, nous en sommes au cinquième Premier ministre depuis l’arrivée de ce pouvoir en 2013».

«Le pays est menacé, l’échec du président est patent. C’est impératif qu’il y ait une nouvelle direction à la sortie des prochaines élections», lance de son côté l’opposant Tiébilé Dramé, leader du Parena.

«Ce n’est pas une question d’homme, en réalité, mais nous voulons nous attaquer à tout ce système qui est aujourd’hui dépassé. L’homme malien a changé et il faut changer pour mieux répondre à ses besoins», dit Moussa Mara, président du parti Yelema et ancien Premier ministre d’Ibrahim Boubacar Keïta.

Au Mali, comme à l’extérieur du pays, l’opposition se prépare plus que jamais à ce rendez-vous électoral de 2018.

Et puis la menace djihadiste perdure.

Iyad Ag Ghali, charismatique leader de feu le mouvement islamiste Ansar Dine, colonne vertébrale de l’occupation du Nord Mali voici cinq ans, est inscrit sur la liste des terroristes recherchés par le département d’Etat américain. S’il n’est jamais arrêté, c’est que celui que l’on surnomme «le lion du désert» n’a rien perdu de son influence dans la région. Ses puissants réseaux, de Kidal aux renseignements algériens (l’ancien DRS), en passant par les plus influents acteurs du pouvoir à Bamako, comme l’imam Dicko, président du Haut Conseil Islamique, en font une personnalité incontournable, pesant de tout son poids dans la crise malienne.

Personne, pas même l’armée française qui, lors de l’opération de l’armée française en 2013, le laissa s’échapper probablement à la demande d’Alger, ne semble pressé d’arrêter Iyad Ag Ghali. Pourtant, réfugié un temps avec son épouse dans le sud algérien vers la ville de Tinzawaten où il possèderait une maison, l’homme navigue régulièrement à travers les dunes, entre l’Adrar des Ifoghas au Mali et le sud de la Libye.

Sahel: des euros dans les dunes

Les dirigeants du G5 Sahel et d’une vingtaine de pays européens  veulent franchir la barre des 300 millions d’euros d’aide à la force régionale, dont la montée en puissance s’accompagne d’un regain de tensions.

«L’objectif c’est de franchir un palier supplémentaire dans le soutien au G5 Sahel», souligne-t-on à Paris, où Emmanuel Macron est à la manœuvre depuis son élection, pour mobiliser ses partenaires internationaux sur cette force militaire dont le coût est estimé à 423 millions d’euros.

«Jusqu’à présent, on a réussi à mobiliser environ 250 millions d’euros. L’idée, c’est de pouvoir passer la barre des 300 millions d’euros», ajoute-t-on. «On s’attend notamment à une contribution supplémentaire de l’Union européenne et d’autres Etats membres».

Outre les cinq présidents des Etats du G5 Sahel, dix-huit chefs d’Etat et de gouvernement européens seront présents aux côtés d’une dizaine de ministres des Affaires étrangères de pays partenaires (Norvège, Turquie, Arabie saoudite, Afrique du Sud, Ethiopie, Maroc, Sénégal, Tunisie…).

A ce stade, les Etats membres du G5 se sont engagés chacun à hauteur de 10 millions, l’Union européenne à 50 millions et la France à neuf millions. Lors de la réunion de décembre à la Celle-Saint-Cloud, l’Arabie saoudite et les Emirats ont respectivement promis 100 et 30 millions d’euros et les Pays-Bas cinq millions.

«Tout l’enjeu, c’est la pérennité de ce soutien. Il n’existe pas à l’heure actuelle de mécanisme pérenne et automatique de financement, comme il en existe un pour la force de l’Union africaine en Somalie, par exemple», note-t-on à l’Elysée.

La malédiction de l’instabilité libyenne

La fête du 17 février, symbole de la révolution contre le président Kadhafi, a été différemment célébrée et selon les villes libyennes.

Ainsi, des festivités grandioses ont été organisées à Tripoli, Misurata, Derna… Les habitants de ces villes continuent de célébrer le nouveau pouvoir comme au premier jour. «Les gens parlent ici de la révolution et des défis sans aucun brin d’hésitation», constate le juge Jamal Bendor, membre du premier Conseil de transition à Benghazi en 2011.

Par contre, pour d’autres villes, notamment à l’Est, comme Benghazi, Al Baydhabo ou Tobrouk, il n’y avait pas grand-chose à célébrer dans un pays où l’insécurité règne toujours et les services de base (eau, électricité, monnaie, etc.) ne sont pas revenus à la normale. Pis encore, poursuit le juge, au regard de la tension existant entre les différents bords de la crise libyenne, le pays pourrait toujours sombrer dans une nouvelle guerre civile, si l’on en juge par les armes en circulation et les intérêts opposés sur le terrain.

Tout le monde avait crié victoire, le 17 décembre 2015 à Skhirate, au Maroc, lorsque les belligérants libyens ont signé l’accord de réconciliation qui a donné naissance au Conseil de la présidence de Fayez Al Sarraj.

Tout le monde parlait déjà d’une Libye unie, avec des élections au bout d’une année. Néanmoins, plus de deux ans après cet accord, le gouvernement d’Al Sarraj n’a pas encore été reconnu par le Parlement de Tobrouk, condition sine qua non pour l’application des autres parties dudit accord. Pire, Al Sarraj et son gouvernement n’ont pas de véritable pouvoir sur le terrain, dominé par les milices en tout genre dans l’ouest libyen, notamment à Tripoli.

Enfin, le Parlement et l’Est refusent l’autorité du Conseil de la présidence dans la nomination du commandement général de l’armée. Il s’agit donc d’abroger l’article 8 de l’accord de Skhirate. Salam croyait que ces amendements pouvaient passer facilement. Mais, quatre mois après l’adoption de cette feuille de route, rien n’a encore été fait pour son application.

Tchad: la presse en première ligne

Depuis le déclenchement de la crise qui secoue le pays, les journalistes et les médias les plus critiques subissent toutes sortes de pressions. Intimidations, arrestations arbitraires et séquestrations sont le lot quotidien des professionnels de l’information sur place. C’est le cas, par exemple, du journaliste Djimet Wichet, directeur de publication du site internet Alwihda-Info, brutalisé à deux reprises en l’espace de trois semaines par les forces de l’ordre. «Le 25 janvier, la société civile organisait une marche pacifique», raconte-t-il. «J’étais au rond-point du 10 octobre pour essayer de photographier l’environnement. Mais j’ai été pris à partie par les éléments de la police: ils m’ont tabassé et m’ont traîné une centaine de mètres, avant de me libérer». Des violations de la liberté de la presse qui mettent le métier de journaliste en péril au Tchad, selon Belngar Larmée Laguerre, le président de l’Union des journalistes tchadiens. Malgré les condamnations de la quasi-totalité des organisations professionnelles des médias, ainsi que les multiples rencontres avec les autorités pour dénoncer ces dérives, la pratique continue de plus belle», déplore-t-il. Selon lui, aucun agent des forces de l’ordre et de sécurité n’a été inquiété par la justice, en dépit de la saisine du parquet par les victimes. «Vous comprendrez que dans ces conditions, l’exercice du journalisme est ainsi presque impossible». Le Haut conseil de la communication (HCC) a tenté de dissuader les initiateurs de cette journée au cours d’une réunion, mais sans succès. Selon le président du HCC, Dieudonné Djonabaye, le moment de cette revendication est mal choisi». Le contexte ne s’y prête pas. Nous leur avons dit que les journalistes sont de connivence avec les grévistes. Les journalistes ont pris leur décision. Nous ne sommes pas d’accord, mais nous les comprenons», déclare-t-il. 

Burkina Faso base djihadiste

Ansarul Islam est un groupe salafiste djihadiste, actif au Burkina Faso et au Mali, qui apparaît en décembre 2016.

Dès 2015, la province de Soum, au nord du Burkina Faso, sert de base arrière aux djihadistes maliens de la Katiba Macina -dirigée par Amadou Koufa et affiliée à Ansar Dine- et en particulier aux hommes de l’imam Ibrahim Malam Dicko. A cette période, Ibrahim Malam Dicko combat au Mali avec une quarantaine de combattants sous les ordres de Kouffa; ce dernier aurait fait part de son opposition à une insurrection au Burkina, considérée comme prématurée et comme risquant de perturber les trafics en essence et en vivres qui ravitaillent ses combattants. Selon le témoignage d’un ancien membre d’Ansarul Islam, c’est fin novembre 2016, au moment de l’opération «Séguéré», menée par l’armée burkinabée, que Malam Dicko décide de passer, malgré tout, à l’insurrection armée. En novembre 2016, Ansarul Islam est formé dans la forêt de Foulsaré. Il mène en décembre l’attaque de Nassoumbou qu’il revendique dans un communiqué rédigé par l’imam Ibrahim Malam Dicko.

Selon l’International Crisis Group: «Ansarul Islam, créé par Malam Ibrahim Dicko, un prêcheur originaire du Soum, est né de la contestation de l’organisation sociale en vigueur dans la province. Des années durant, Malam prône l’égalité entre les classes sociales. Il remet en cause la toute-puissance des chefferies coutumières et le monopole de l’autorité religieuse détenu par les familles maraboutiques, qu’il accuse de s’enrichir aux dépens des populations. Même s’il perd une grande partie de ses adeptes lorsqu’il bascule dans la lutte armée, il parvient à en conserver suffisamment pour mener une guerre de basse intensité contre les autorités locales et nationales. Produit des réalités sociopolitiques et culturelles locales, Ansarul Islam tient au moins autant de l’insurrection sociale que du mouvement islamiste. Il n’est pas tant un groupe critique de la modernité qu’un mouvement qui rejette des traditions perçues comme archaïques.

L’islam devient alors un référent de contestation d’une société figée, productrice de frustrations

Et des attaques à Ouagadougou…

Le Groupe pour le soutien de l’islam et des musulmans (GSIM) a revendiqué, samedi 3 mars, les attaques de la veille à Ouagadougou. Par le biais d’un communiqué, ce groupe djihadiste affirme avoir agi en représailles à une opération française au Mali, rapporte, samedi 3 mars, l’agence privée mauritanienne Al Akhbar.
Dirigé par le Touareg-malien Iyad Ag Ghali, le groupe affirme avoir mené ces attaques contre l’état-major des forces armées du Burkina Faso et l’ambassade de France à Ouagadougou, qui ont fait 8 morts parmi les militaires, «en réponse à la mort de plusieurs de ses dirigeants dans un raid de l’armée française, dans le nord du Mali il y a deux semaines», selon cette source.

Le président français a envoyé un message de soutien aux personnels et à la communauté française, dans un entretien téléphonique avec l’ambassadeur de France au Burkina Faso. Il lui a redit sa détermination d’être présent et actif aux côtés du Burkina dans ce moment, tout en réaffirmant l’engagement de la France aux côtés de ses partenaires du G5 Sahel dans la lutte contre les mouvements terroristes.
Le 15 février, une vingtaine de djihadistes présumés avaient été «tués ou capturés», selon l’état-major français, lors d’une opération aérienne et au sol des forces françaises, visant le groupe d’Iyad Ag Ghali dans le nord-est du Mali, à proximité de la frontière avec l’Algérie.

Le GSIM avait déjà revendiqué l’attaque qui a couté la vie à deux militaires français et blessé un troisième, le 21 février dans le nord-est du Mali, une zone frontalière du Niger réputée servir de refuge à des groupes djihadistes que la force conjointe du G5 Sahel s’est donné pour mission de chasser.

Patrice Zehr

Voir aussi

Angela Merkel : Une chancelière en hiver

Il n’y a pas si longtemps, elle était désignée comme la femme la plus puissante …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Inscrivez-vous gratuitement à la newsletter du Reporter

Pour recevoir les dernières actualités et mises à jour de notre équipe.

Félicitations vous êtes bien inscrit(e) !

En poursuivant votre navigation, vous acceptez l'utilisation de cookies afin de réaliser des statistiques d'audiences et vous proposer des services, contenus ou publicités adaptés selon vos centres d'intérêts. En savoir plus.