mardi 19 février 2019

Russie : Poutine, la Serbie et le Kosovo musulman

Le Kosovo est un peu la Crimée de la Serbie. Pour autant, on ne peut envisager une annexion du même  type. Cependant, le voyage triomphal du tsar russe auprès de son allié historique orthodoxe serbe confirme que la question du Kosovo n’est pas définitivement réglée pour Moscou, comme pour Belgrade.

Sur cette question, toujours sensible vingt ans après la fin de la guerre entre forces serbes et rebelles indépendantistes kosovars albanais (1998-99, plus de 13.000 morts), Moscou est le principal soutien de Belgrade qui ne reconnaît pas l’indépendance proclamée, en 2008, par son ancienne province méridionale.

Le gouvernement kosovar de Pristina exerce de facto son pouvoir sur la majorité du territoire; sa partie nord, 15% de la région avec une population à majorité serbe, est contrôlée par les Serbes du Kosovo et revendique son maintien au sein de la Serbie.

Depuis les accords de paix de Kumanovo, une force de l’OTAN, la KFOR, assure la paix et l’ordre dans cette région. Les négociations sur le statut du Kosovo entre les autorités serbes et kosovares sont,  en fait, dans une impasse, les premières ne parlant que d’une large autonomie du Kosovo au sein de la Serbie, les secondes voulant l’indépendance complète et reconnue par la communauté internationale. Le veto russe ferme au Kosovo la porte de l’ONU.

La guerre du Kosovo a eu lieu du 6 mars 1998 au 10 juin 1999, sur le territoire de la République fédérale de Yougoslavie, opposant l’armée yougoslave à l’armée de libération du Kosovo et l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN). C’est la seule vraie guerre sur le territoire européen depuis 1945.

Lors de sa visite  en Serbie, le Président russe a déclaré que la Russie regrettait la décision des autorités du Kosovo de créer leur armée et a indiqué qu’il y voyait un risque de déstabilisation de la situation dans les Balkans.

«Il est évident que c’est une violation claire de la résolution (des Nations Unies, ndlr) qui interdit la création de toute formation militaire sur le territoire du Kosovo, exception faite pour un contingent international de l’ONU», a-t-il fait remarquer… «Je parle avant tout de la déclaration faite par le Kosovo, le 14 décembre, sur la mise en place d’une force désignée comme étant l’armée du Kosovo», a-t-il souligné lors d’une conférence de presse, à l’issue de négociations avec le Président serbe Aleksandar Vucic.

Vladimir Poutine a plaidé  pour sa vision de la stabilité des Balkans, selon lui menacée par les Occidentaux, à l’occasion d’une visite triomphale en Serbie, son principal allié dans la région.

Evoquant le Kosovo, il a expliqué que pour «aboutir à une stabilité dans la région», il fallait «trouver des compromis» et «savoir les respecter».

Le président serbe, Aleksandar Vucic, a dit son intention de trouver un accord final de normalisation des relations avec Pristina.

«En raison de son poids au Conseil de sécurité de l’ONU, il est clair qu’il n’y aura pas de solution sans la Russie», a prévenu Aleksandar Vucic, alors que les pourparlers sous égide de l’Union européenne sont au point mort depuis des mois. Pour le président serbe Aleksandar Vucic, il s’agissait en fait de réussir une puissante démonstration de force, alors qu’il est contesté depuis un mois par des manifestations qui s’étendent à tout le pays

Lors d’un aparté, le représentant serbe au sein de la présidence collégiale bosnienne, Milorad Dodik, a rassuré Vladimir Poutine qu’il continuerait à s’opposer à tout rapprochement de son pays avec l’OTAN. Moscou n’a pu empêcher le Monténégro de rejoindre l’OTAN en 2017, un chemin qu’emprunte également la Macédoine.

En cas de succès de Skopje, tous les pays frontaliers de la Serbie seront dans la sphère de l’OTAN, à l’exception de la Bosnie. C’est ce qui inquiète Poutine.

Pour célébrer l’arrivée en Serbie du président russe, trois Mig-29 serbes ont escorté son avion, les cloches d’églises ont sonné, les canons de cérémonie ont tonné. Des dizaines de milliers de Serbes, plus de 120.000 selon la police, ont défilé drapeaux au vent, en l’honneur du «cher président Poutine», leur «cher ami», avant de l’acclamer sur le parvis de la monumentale église Saint-Sava, dont la rénovation a été en partie financée par le géant gazier, Gazprom. «Merci à vous pour l’amitié», leur a lancé en russe et en serbe Vladimir Poutine.

Depuis l’intervention humanitaire en faveur des musulmans du Kosovo victime d’une terrible répression, toute l’ex-Yougoslavie du  sud reste dans un affrontement entre musulmans (soutenus par l’Albanie et la Turquie) et orthodoxes slaves (défendus par Belgrade), les minorités serbes et, bien sûr, la Russie. Une situation balkanique toujours explosive, comme le rappelle le déplacement super Tsar de Poutine en Serbie.

Patrice Zehr

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