mercredi 18 juillet 2018

Raqqa et le «sale secret» des djihadistes perdus

L’affaire a été révélée par la BBC, lors d’une véritable enquête journalistique d’investigation. Quelques centaines de djihadistes, combattant pour Daech, ont quitté, mêlés  aux civils évacués, la ville reconquise.

Cela veut dire que des terroristes en puissance, notamment des combattants étrangers, sont en liberté et peuvent tenter de revenir dans leurs pays d’origine pour, peut -être, y perpétrer de nouvelles horreurs de masse. C’est inadmissible et cela soulève bien des questions sur un accord qui paraît aberrant. Une enquête stupéfiante de la BBC révèle l’ampleur d’un arrangement qui a permis de laisser partir des centaines de combattants étrangers avec leurs familles et leurs armes, y compris des chefs de la formation terroriste.

Ce sont les milices kurdes qui ont autorisé le convoi à quitter la ville, pour éviter la perte de nombreux civils. La coalition internationale avait aussi donné son accord. Selon elle, aucun combattant ne se trouvait à bord. Le reportage de la BBC prouve le contraire.

On le savait: la prise de Raqqa s’est conclue par un marché avec l’Etat islamique (EI) pour l’évacuation de ses derniers combattants retranchés au cœur de la ville. Les Forces démocratiques syriennes (FDS), qui ont mené la bataille de Raqqa, ont conclu un accord avec l’EI, tandis que la coalition internationale a fermé les yeux. Mais les informations sur les termes de l’accord et surtout le nombre et l’identité des djihadistes concernés restaient inconnues.

Un témoin clé, rencontré par le reporter de la BBC Quentin Sommerville, a permis de découvrir «le sale secret de Raqqa», titre choisi pour l’enquête. Retrouvé à Tabqa, près de Raqqa, Abou Fawzi, chauffeur d’un camion de dix-huit roues, a pris la tête d’un convoi de cinquante camions et treize bus, auquel s’est ajoutée une centaine de voitures privées des hommes de l’EI, chargées d’armements lourds. «On était terrorisé dès qu’on est entré dans Raqqa», raconte Abou Fawzi, qui indique que le point de rassemblement était à l’hôpital central de la ville. «On a aussitôt vu les combattants de l’EI portant leurs armes et des ceintures explosives. Ils ont piégé nos camions. Au cas où l’accord déraillait, ils étaient prêts à faire exploser tout le convoi. Même leurs femmes et leurs enfants portaient des ceintures explosives», souligne le chauffeur, qui a accepté la mission pour la rémunération juteuse qui lui était promise. N’ayant finalement pas été payé par les FDS, l’homme dévoile tout. «Il y avait un très grand nombre d’étrangers. Français, Turcs, Azéris, Pakistanais, Yéménites, Saoudiens, Chinois, Tunisiens», énumère-t-il.

Pourquoi ce deal, s’interroge le quotidien français Libération, qui a assuré la survie de centaines de djihadistes, après quatre mois de bataille à Raqqa? Les témoins de la BBC pensent que les FDS ont cherché à limiter les pertes humaines. Les hommes de l’EI étaient bien retranchés dans l’hôpital et le stade de Raqqa et auraient pu se battre férocement. Il faut aussi signaler que trois jours après l’annonce de la chute de la ville syrienne, les hommes de l’EI se retiraient des deux champs pétroliers, les plus importants de Syrie, qu’ils contrôlaient, les laissant aux FDS.

L’accord arrangeait beaucoup de monde, mais certainement pas la France, ni les USA. «La dernière chose que nous voulons, c’est que les combattants étrangers soient libérés, afin qu’ils puissent retourner dans leur pays d’origine et causer plus de terreur», renchérissait le porte-parole américain de la coalition internationale. «Si des djihadistes périssent dans ces combats, je dirai que c’est tant mieux», déclarait même la ministre française des Armées, Florence Parly, brisant un tabou. D’après Alain Marsaud, ancien député Les Républicains, l’armée française a une mission en Irak et en Syrie que personne ne crie sur les toits et pour cause: les autorités ont mandaté les unités déployées sur le terrain pour liquider les djihadistes français affiliés à Daech. La consigne serait qu’aucun «loup» ne soit au bercail, où il serait une menace permanente, une bombe à retardement. Et quand Marsaud parle, on l’écoute, forcément, car il en sait un rayon sur la question en tant que Fondateur du Service central de la lutte antiterroriste au Parquet de Paris, en 1986.

«La réalité sur le terrain, c’est que nous sommes en train de nettoyer» après la reconquête du bastion des djihadistes en Syrie, Raqqa, a-t-il affirmé sur RMC.

La Russie, de son côté, en fait des gorges chaudes. Moscou ne détient pas de preuves selon lesquelles la coalition internationale, dirigée par les États-Unis en Syrie, aurait contribué à la sortie de djihadistes de Daech de Raqqa, mais il faut y voir un peu plus clair, a déclaré  aux journalistes Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères, commentant l’information de la chaîne britannique BBC sur l’existence d’un arrangement secret qui a permis à des centaines de terroristes de Daech de quitter la ville.«Je ne peux pas parler de connivence, nous nous fondons sur les faits et nous n’avons rien qui prouve l’existence de celle-ci. Mais il est évident que ce qui se passe réellement à l’issue de cette sortie, quand les djihadistes s’en sont tirés sains et saufs, a déjà influé sur la situation au sol», a souligné le ministre russe des AE. «Dans tous les cas, que ce soit un arrangement ou pas, il faut voir de plus près et nous avons adressé une demande appropriée à Washington», a-t-il indiqU2.

Le bug de Raqqa n’a pas fini de faire parler.

Patrice Zehr

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