jeudi 16 août 2018

Proche-Orient : Protéger les Palestiniens sans les instrumentaliser

La cause palestinienne est partagée par l’ensemble du monde arabo-musulman et bien au-delà. La répression israélienne et les carnages de Gaza ont provoqué une émotion légitime.

La population palestinienne doit être protégée. Le problème, cependant, n’est pas simple dans le contexte actuel où certains se servent, bien sûr, de la tragédie d’un peuple, parfois cyniquement, pour leurs propres intérêts.

Dans les heures qui ont suivi le bain de sang de Gaza, la plupart des chancelleries arabes avaient réagi avec un communiqué condamnant le comportement de l’armée israélienne. Les pays musulmans ont souhaité aller plus loin lors d’un sommet à Istanbul. Les représentants des cinquante-sept pays, regroupés au sein de l’Organisation de la coopération islamique (OCI), ont appelé à «une protection internationale pour le peuple palestinien, y compris par l’envoi d’une force de protection internationale», selon le communiqué final du sommet».
C’est déjà ça, mais cette belle unité de façade ne peut cacher la réalité des divisions et des arrière-pensées.

A Istanbul, Erdogan a voulu reprendre la main. A l’ouverture du sommet, il a comparé le traitement des Palestiniens de Gaza par l’Etat hébreu à la persécution des juifs par les nazis. Avant d’ouvrir le sommet, M. Erdogan avait reconnu, en haranguant des milliers de manifestants rassemblés dans le centre d’Istanbul pour apporter leur soutien aux Palestiniens, que le monde musulman avait «échoué dans le test de Jérusalem», n’ayant pas réussi à empêcher le transfert de l’ambassade américaine de Tel-Aviv dans la ville sainte.

Mais il est loin de faire l’unanimité. L’Arabie saoudite, dont le ministre des Affaires étrangères, Adel Al-Jubeir, était présent à Istanbul et ses alliés du Golfe, ainsi que l’Egypte voient d’un mauvais œil le soutien de la Turquie d’Erdogan à des mouvements comme les Frères musulmans et le Hamas, ainsi qu’au Qatar qu’ils cherchent à isoler.

Riyad et ses alliés, qui semblent avoir assoupli leurs positions envers Israël, seraient en outre réticents à d’éventuelles actions susceptibles de heurter Washington, dont ils espèrent le soutien pour endiguer l’Iran chiite, qu’ils voient comme la principale menace dans la région. Le président iranien, Hassan Rohani, a condamné dans son discours «le silence de certains pays», sans lequel «les sionistes n’auraient pas osé une telle brutalité».

Mais tout cela ne trouble en rien Netanyahu. La Cour suprême israélienne a validé  le recours à des tirs mortels de l’armée contre les Palestiniens qui manifestent le long de la frontière dans la bande de Gaza.

Dans le jugement de 41 pages publié par le ministère de la Justice, la Cour a rejeté à l’unanimité le recours d’ONG israéliennes et palestiniennes qui avaient demandé, fin avril, l’arrêt de ces tirs mortels de l’armée contre les Palestiniens à Gaza.
La présidente de la Cour, Esther Hayut, a accepté la position du gouvernement israélien, pour lequel les manifestants de Gaza ne sont pas des manifestants civils pacifiques, mais des acteurs d’un «conflit armé» entre Israël et le groupe islamiste Hamas qui contrôle Gaza.

La riposte palestinienne est également juridique. Le ministre palestinien des Affaires étrangères, Riyad al-Maliki, a appelé la Cour pénale internationale (CPI) à «ouvrir immédiatement une enquête» sur des crimes de guerre et d’apartheid présumés envers les Palestiniens. Riyad al-Maliki s’est entretenu durant une heure avec la procureure de la CPI, Fatou Bensouda, au siège de la Cour à La Haye. Il s’agit d’une «étape importante et historique vers la justice pour le peuple palestinien qui continue de souffrir de crimes généralisés et systématiques», a-t-il déclaré aux journalistes à l’issue de cet entretien.

A la demande des Palestiniens, après la guerre de Gaza à l’été 2014, la CPI a lancé en 2015 une enquête préliminaire sur des accusations de crimes de guerre en Israël et dans les territoires palestiniens. Mais elle doit encore décider l’ouverture d’une enquête en bonne et due forme sur des crimes de guerre présumés. «Cette étape vise à obtenir justice en recherchant les responsabilités», a déclaré M. Maliki. Selon lui, «les responsables de ces crimes, cités dans la demande, doivent rendre des comptes pour leurs actions sans délai supplémentaire».

Les conséquences diplomatiques pour Israël sont pour le moment limitées, mais le malaise est sensible, notamment en France. Le Premier ministre de ce pays a informé les autorités israéliennes qu’il annulait sa visite dans l’Etat hébreu, prévue les 31 mai et 1er juin. L’annulation de cette visite intervient dans un contexte de tension des relations entre la France et Israël, après les récentes violences survenues dans bande de Gaza. Le président Macron avait alors «condamné les violences et souligné l’importance de la protection des populations civiles et du droit à manifester pacifiquement». 

Reste à imposer ce devoir et ce droit dans le seul intérêt des Palestiniens.

PZ

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