lundi 23 octobre 2017

Obama : Une étoile s’éteint

Obama election

Qui ne se souvient de l’emballement mondial après l’élection pour la 1ère fois d’un noir -même métis- à la tête de la plus puissante démocratie du monde? Comme la naissance pour certains commentateurs d’un messie démocratique annonçant l’ère post raciste pour l’humanité! Aujourd’hui, condamné pour sa politique internationale, il est rejeté par la majorité des Américains.

Il ne méritait sans doute, selon le vers de Racine «ni cet excès d’honneur, ni cette indignité».
Que dire de ce Prix Nobel de la paix attribué comme une incantation et qui, avec le recul, discrédite un jury coupable de populisme mondial ou d’humour involontaire?
Le monde est moins sûr aujourd’hui et l’Amérique est moins forte, même si elle va mieux économiquement. Obama, une étoile était née; cette étoile est en train de s’éteindre et, pour le monde des hommes de bonne volonté, c’est bien sûr globalement une mauvaise nouvelle.
Obama a du charme. Ce charisme, quand on le voit en campagne, paraît intact. Alors, pourquoi est-ce que ça ne marche plus? Parce qu’Obama est un homme froid et qui n’est chaleureux que dans les meetings électoraux. Une approche de professeur de droit et il ressort désormais que cette froideur irrigue l’ensemble de son travail. «Obama aborde généralement les questions politiques avec une approche de professeur de droit, s’appuyant avant tout sur la logique et non sur son charisme de leader», peut-on lire dans l’extrait du livre de Leon Panetta, ancien directeur de la CIA, publié par le Washington Post (en anglais). Même analyse pour Dominique Moïsi (Ifri) qui estime que Barack Obama est «trop intellectuel».

Barack Obama n’a pu mener à bien tout ce qu’il avait annoncé et tout ce que les Américains attendaient de lui. Et cela l’emporte sur les points positifs qui existent sur le plan économique.
Mais c’est l’international qui est terrible pour lui. «Barack Obama est un président à la Jimmy Carter, plutôt faible en matière de politique étrangère, qui n’aime pas prendre ses responsabilités», analysait Laurence Nardon, responsable du programme Etats-Unis de l’Institut français des relations internationales (Ifri), pour francetv info, en septembre 2013. C’est vrai pour l’Ukraine, la Syrie, l’Etat Islamique en Irak et au Levant et surtout le dossier palestinien, sans oublier Ebola.
Son aptitude à mener la politique étrangère de son choix va être encore diminuée, son poids sur la scène internationale aussi. Ce n’est pas une bonne nouvelle quand on connaît l’idéologie républicaine. Mais jusqu’à où peuvent aller les républicains?
La majorité républicaine n’a pas le pouvoir de revenir totalement sur les grands axes de la diplomatie américaine: relatif désengagement du Moyen-Orient (c’est déjà fait); affichage d’une présence renforcée des Etats-Unis dans la zone Pacifique face à une Chine de plus en plus sûre d’elle-même; front commun avec les Européens face à un président russe, Vladimir Poutine, parti en croisade contre le système occidental.
Les républicains savent l’opinion opposée à toute nouvelle aventure extérieure: ils ne proposent rien de plus que ce qu’a entrepris M. Obama pour contenir les djihadistes de l’Etat Islamique en Irak et en Syrie.
Il y a des sujets plus dangereux.
Convaincus que l’Amérique est une manifestation du Bien, les républicains ont besoin d’une puissance incarnant le Mal absolu. Ils l’ont trouvée en la personne de la République islamique d’Iran. Ils feront tout pour s’opposer à un accord sur le nucléaire avec l’Iran, préfigurant un début de normalisation entre Washington et Téhéran. Tant pis si une telle évolution est pourtant l’une des rares perspectives de stabilisation de la région. Sur ce dossier, comme sur celui de la négociation israélo-palestinienne, les républicains sont alignés sur les positions du gouvernement de Benyamin Netanyahu.
Obama compte jouer la cohabitation et devra se tourner vers le Congrès pour poursuivre sa lutte contre Daesh, affirmant qu’une «nouvelle autorisation d’utiliser les forces militaires contre Daesh» sera sollicitée. «Le monde doit savoir que les Etats-Unis sont unis dans cet effort et les hommes et femmes de notre armée méritent notre soutien clair et uni», a-t-il déclaré.
Le casus belli sera sans doute l’immigration. Le Président a annoncé qu’il agira par décret sur l’immigration d’ici la fin de l’année. La réforme sur l’immigration est un sujet explosif entre démocrates et républicains. Quelques minutes plus tôt, le chef des républicains du Sénat, Mitch McConnell, avait qualifié de «chiffon rouge» d’éventuels décrets unilatéraux sur l’immigration qui incluraient vraisemblablement la régularisation d’une partie des 11 millions de sans-papiers installés aux Etats-Unis.
Fin de mandat difficile pour un président normalisé après avoir été historiquement tout de même hors norme.

Patrice Zehr

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