mardi 22 août 2017

Monde/Diplomatie : Les nouvelles donnes

Le discours du président américain, Donald Trump, vis-à-vis du monde arabo- musulman, n’était que le début d’une semaine diplomatique intense qui a concerné le Proche et le Moyen-Orient, l’Europe, l’Otan et le G7 des grands pays du monde, face aux défis du terrorisme et du climat.

L’attentat de Manchester a, bien sûr, remis au premier plan la menace terroriste. Dans toutes ces rencontres, c’est Donald Trump qui a été le plus observé sur tous les sujets, car il reste imprévisible et souvent contradictoire. Comme il se sait guetté, le président américain tient  souvent des propos plus  ou moins rassurants, mais qui ne l’engagent pas à grand-chose. C’est le cas du Moyen-Orient où, après l’Arabie Saoudite, il s’est rendu en Israël, puis en territoires palestiniens.

Pour son premier grand rendez-vous international dans cette région du monde, le président américain n’a commis aucun faux pas diplomatique. Partagés, les commentateurs lui reprochent de n’avoir fait aucune proposition concrète.

«Voilà le retour de l’Amérique qui nous manquait», peut-on lire dans l’éditorial du journal «Israël Hayom», réputé proche du gouvernement, qui retient surtout la ligne dure adoptée par Donald Trump à l’égard de l’Iran.

Moins élogieux, le «Jerusalem Post» résume de façon lapidaire la visite du président américain: «beaucoup de faste et aucun contenu». Le quotidien israélien en anglais, pourtant conservateur, prédit que son passage n’aura probablement aucun «effet durable» dans la région. «Le président américain a dit tout ce qu’il fallait pour que Benyamin Netanyahou et ses ministres l’applaudissent comme des adolescents pubères à un concert de Justin Bieber», poursuit le journal. Contrairement aux Israéliens, les Palestiniens ne misaient guère sur Donald Trump. Sa visite éclair à Bethléem, mardi matin (23 mai), au cours de laquelle il s’est entretenu avec le président Mahmoud Abbas, n’a suscité aucun commentaire des cadres du Fatah. A l’inverse, leurs rivaux islamistes du Hamas, qualifiés de «terroristes» par le nouveau chef de la Maison Blanche, ont bruyamment protesté contre lui dans les rues de Gaza.

Le président,  quand il était candidat, avait considéré l’Otan comme obsolète. Il a complètement changé d’avis et voudrait impliquer une alliance rénovée dans la guerre contre Daech. Mais il veut que l’Europe augmente sa participation financière et cela inquiète Bruxelles. Il voulait une réponse à des attaques «vicieuses et barbares» comme celle de Manchester et il avait obtenu, à la veille de cette réunion tenue à Bruxelles, jeudi 25 mai, une mesure symbolique: l’acception par les Européens, jusque-là réticents (Français, Allemands, Italiens…), d’une implication plus directe de l’Otan dans la coalition internationale contre l’Etat islamique (EI). Malgré les craintes -exprimées par la France surtout- de voir cette structure, qui rassemble actuellement 68 pays, connaître des défections et les opinions arabes manifester leur hostilité.
En fait, le président Trump a enjoint, à l’occasion de sa première visite en Europe depuis son entrée à la Maison Blanche en janvier, ses alliés de l’Otan à s’investir plus fortement dans la lutte antiterroriste et à payer leur juste part, sans cependant lever les ambiguïtés sur l’engagement américain à défendre l’Europe en cas d’attaque. L’Otan du futur doit se concentrer sur le terrorisme et l’immigration, ainsi que sur les menaces de la Russie et les frontières à l’est et au sud de l’Otan», a insisté M. Trump, s’appuyant sur ces exigences pour réclamer que les alliés mettent davantage la main à la poche.

Restait le G7 en Sicile avec l’incertitude climatique. On a vu monter en puissance, comme représentant des sensibilités européennes, le nouveau président français, Emanuel Macron. L’enjeu pour Paris s’annonce compliqué. L’Elysée reconnaît que le sujet du climat «sera le plus compliqué» à traiter lors du G7 et qu’il pourrait empêcher l’écriture d’un communiqué final commun. Pour la présidence française, qui veut «coordonner ses positions avec ses alliés européens encore plus que d’habitude», «l’enjeu est d’être le plus ambitieux possible sur la mise en œuvre des accords de Paris». Seulement, la diplomatie française tient à rester en bons termes avec les Etats-Unis pour qu’ils ne «sortent» pas de l’accord. «Ce serait une très mauvaise nouvelle, avec aussi un probable effet d’entraînement sur d’autres», note l’Elysée.

Les dossiers commerciaux seront également très délicats en raison du protectionnisme de Trump. Mais l’absence d’un vrai consensus sera cachée par l’unanimisme contre le terrorisme.

Cependant, le G7 est-il encore vraiment représentatif? Comment aborder les questions cruciales de la sécurité internationale sans un acteur majeur comme la Russie? Aujourd’hui, en outre, les pays du G7 ne pèsent qu’un peu plus de 40% du produit intérieur brut (PIB) mondial. Comment discuter de la relance de l’économie mondiale sans la Chine ou l’Inde?

L’émergence de nouveaux visages  est cependant révélatrice de nouvelles diplomaties qui se cherchent. Pour quatre des sept chefs d’Etat et de gouvernement, réunis vendredi 26 et samedi 27 mai à Taormine, en Sicile, ce sommet du G7 est une première. C’est vrai pour Emmanuel Macron, comme pour Donald Trump, mais aussi pour la Britannique Theresa May et Paolo Gentiloni, le président du conseil de l’Italie, pays organisateur de la rencontre.

Avec un grand point d’interrogation, de Riyad à Taormine: peut-on se fier à ce qu’a dit Donald Trump? Certes, il y a une nouvelle donne diplomatique mondiale, mais  de plus en plus  partielle et surtout peu fiable.

Patrice Zehr

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