samedi 23 septembre 2017

La question kurde : Prétendu califat et Kurdistan virtuel

Un Kurdistan indépendant peut- il naître sur les ruines du prétendu califat de l’Etat islamique? Ce serait un bouleversement régional capital. Les kurdes sont un peuple sans Etat, avec une entité autonome sur les ruines de l’Irak unitaire de Saddam.

De nombreux Kurdes d’Irak ont salué comme historique l’annonce d’un référendum sur leur indépendance. La présidence du Kurdistan irakien a «franchi le Rubicon» en fixant la semaine dernière la tenue, le 25 septembre, de ce référendum, malgré l’opposition de Bagdad. Cette annonce survient dans un contexte délicat pour la région autonome du nord de l’Irak, avec la poursuite de la guerre contre le groupe djihadiste Etat islamique (EI), l’accueil de plus d’un million de déplacés et le marasme économique lié notamment à la chute des prix du brut. Ce projet suscite déjà l’opposition de Bagdad et des pays voisins, comme la Turquie et l’Iran qui craignent qu’il ne fasse tache d’huile chez leur propre minorité kurde.
«Les deux plus gros obstacles à un Kurdistan indépendant sont la question des frontières avec l’Irak et la reconnaissance internationale», souligne l’expert Nathaniel Ribkin. Massoud Barzani, élu président du Kurdistan en 2005, a vu son mandat arriver à échéance en août 2015, mais est resté au pouvoir malgré les critiques de l’opposition. Le Parlement de la région a été suspendu en 2015.
L’administration de M. Barzani peine à payer les fonctionnaires et est confrontée à une forte opposition, notamment de deux partis pour lesquels un référendum ne peut avoir lieu avant des élections parlementaires et présidentielle.

En Syrie également, les kurdes sont actifs

Autrefois maltraités par le régime, les kurdes en Syrie ont réussi, en six ans de guerre, à contrôler une partie du territoire et sont choyés aujourd’hui par les Etats-Unis pour conquérir Raqa, bastion du groupe djihadiste Etat islamique. La chance leur a souri après, avec la décision de leurs dirigeants de se tenir à l’écart des manifestations pacifiques de mars 2011 réclamant des réformes et rapidement réprimées dans le sang par le régime de Bachar Al-Assad.

Leur non-engagement dans la révolte anti-régime a fait enrager l’opposition, mais a favorisé mi-2012 le retrait de l’armée des régions à majorité kurde du nord-est, vers des fronts en ébullition.

Les Kurdes, devenus au fil des ans le fer de lance de la lutte anti-EI, contrôlent la majorité de la province de Hassaké, une partie de celle de Raqa et une partie de celle d’Alep. Ils y ont installé une administration autonome, développé des institutions politiques et sécuritaires et formé trois «cantons».

La décision de la direction kurde de «limiter ses ambitions» et son modus vivendi avec le régime, dont elle ne réclame pas la chute, lui ont permis d’asseoir son pouvoir, note Sam Heller, expert sur la Syrie à la Century Foundation. Le puissant Parti démocratique kurde (PYD) et son bras armé des Unités de protection du peuple kurde (YPG) sont devenus de fait le gouvernement et les forces de sécurité dans la «Rojava».

Avec un «commandement militaire compétent» et une «hostilité résolue aux djihadistes», les YPG se sont affirmées comme une pièce essentielle pour la coalition internationale conduite par les Etats-Unis dans son combat contre l’EI, souligne Sam Heller. Cette alliance a permis une série de victoires contre les djihadistes en commençant par la ville kurde de Kobané en janvier 2015, sur laquelle l’EI s’est cassé les dents.

Pour le moment, le soutien américain aux YPG leur procure une certaine protection, assure Noah Bonsey, un analyste d’ICG, estimant cependant que «rien ne garantit» que ce soutien soit «permanent et dure plus longtemps que la campagne actuelle» de Raqa.

D’autres défis se profilent, notamment l’éventualité que le régime d’Al-Assad cherche à rétablir son contrôle sur les régions à majorité kurde.

La Turquie estime que les milices YPG sont une émanation du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), formation considérée comme terroriste par les Etats-Unis et l’Union européenne et qui est en lutte depuis trente ans contre le pouvoir central turc.

Le gouvernement turc dit avoir obtenu l’assurance, ce mois-ci, que les armes fournies par les Américains aux miliciens kurdes des Unités de protection du peuple leur seraient reprises une fois les djihadistes de Daech vaincus à Raqa.

Dans son premier commentaire public sur ce sujet, Jim Mattis, le chef du Pentagone, n’a pas contesté cette version, mais s’est contenté de dire: «Nous ferons ce que nous pourrons». Mais, dans un échange avec des journalistes à bord de l’avion le conduisant en Allemagne, il a souligné que les YPG étaient déjà relativement bien armés avant que Washington ne leur fournisse, le mois dernier, des armes plus perfectionnées. Et, a fait valoir le secrétaire américain à la Défense, la lutte contre l’EI ne s’arrêtera pas à la reprise de Raqa.

Les miliciens des YPG représentent la principale composante des Forces démocratiques syriennes (FDS) qui mènent actuellement l’offensive contre l’EI à Raqa. Les Etats-Unis sont parvenus à la conclusion que les FDS sont la seule force sur laquelle ils peuvent s’appuyer pour lutter sur le terrain syrien contre les djihadistes.

La Turquie redoute la création d’une zone contrôlée par les Kurdes dans le nord de la Syrie, à la frontière turque. Elle a ainsi lancé une offensive terrestre dans le nord de la Syrie en août, afin de repousser l’EI de sa frontière, mais également pour empêcher la jonction des différentes zones contrôlées par les YPG. 

Un Etat kurde transfrontalier n’est pas pour demain et la montée en puissance des kurdes peut déclencher rapidement d’autres conflits régionaux.

Patrice Zehr   

Le PKK, c’est quoi?

Le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK, en kurde) a été fondé en 1978 par Abdullah Öcalan. Organisation armée, ce parti milite pour l’autonomie du Kurdistan en Turquie. Selon son numéro deux, Murat Karayilan, le PKK serait fort d’environ 7.000 à 8.000 hommes, répartis entre la Turquie et l’Irak. Attentats à la bombe, enlèvements, le PKK est considéré comme une organisation terroriste par l’Union européenne depuis le 12 juillet 2010, dernière mise à jour de la position commune de 2001 contre le terrorisme. D’autres pays ont ajouté le PKK à leur liste d’organisations terroristes: outre la Turquie, l’Australie, le Royaume-Uni, le Canada, la Nouvelle-Zélande et les Etats-Unis depuis 1997. La dernière révolte lancée dans les années 1990 par le PKK a été sévèrement réprimée par l’armée turque. En 1999, leur leader Abdullah Öcalan est arrêté au Kenya par les services secrets turcs, américains et israéliens. Il est depuis incarcéré sur l’île-prison d’Imrali (nord-ouest de la Turquie). Depuis, selon Murat Karayilan, numéro deux du parti, les revendications séparatistes ont été abandonnées. Les militants du PKK appellent désormais la Turquie au dialogue, en vue d’une «plus grande autonomie culturelle et politique», selon une étude menée par une agence de l’ONU. Ils souhaitent avant tout que l’identité kurde soit reconnue par la Turquie et l’amnistie de ses militants emprisonnés. Daech a tout changé.

PZ

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