mardi 12 décembre 2017

Irak-Syrie : Le péché originel des frontières coloniales

Damas syrie

De plus en plus souvent, les frontières issues de la colonisation sont mises en cause. Elles ne tenaient compte que de l’intérêt des puissances européennes, sans intégrer l’histoire et la géographie humaine des pays concernés.

Le Maroc en sait quelque chose, désavantagé par rapport à l’Algérie et ayant dû récupérer son Sahara ex-espagnol.
La fin des blocs est-ouest et l’émergence de revendications ethniques ou religieuses sont en train de faire craquer un équilibre artificiel, dont certains se contentaient par peur de désordres futurs plus graves que les injustices passées.
Les Djihadistes sunnites d’Irak et de Syrie tentent de créer un nouvel Etat, un émirat ne tenant pas compte des frontières nationales tracées à la fin de la première Guerre mondiale.
En pleine Guerre mondiale, le Britannique sir Mark Sykes et le Français François Georges-Picot négocient un accord qui prévoit le démantèlement de l’empire ottoman après la guerre et le partage du monde arabe entre les deux Alliés. L’accord est signé à Londres, le 16 mai 1916, par sir Edward Grey, ministre britannique des Affaires étrangères et Paul Cambon, ambassadeur de France. Il sera modifié à la marge par Lloyd George et Clemenceau, le 1er décembre 1918, de façon tout aussi secrète. Les Français se réservent le Liban, la Syrie et la région de Mossoul, au nord de la Mésopotamie; les Britanniques le reste de la Mésopotamie (Irak) et la Transjordanie.

La Palestine doit devenir zone internationale et le port d’Alexandrette (Syrie) acquérir le statut de port franc. La Conférence de San Remo, du 19 au 26 avril 1920, confirme l’accord Sykes-Picot et les protectorats de Londres et de Paris sur le Moyen-Orient. Les Alliés violent ainsi outrageusement la promesse faite aux Arabes de leur offrir une indépendance complète en contrepartie de leur aide contre les Turcs; promesse dont le «colonel» Thomas Edward Lawrence, dit «Lawrence d’Arabie», s’était porté garant auprès du chérif de La Mecque, Hussein et de son fils, Fayçal.
Et pourtant les puissances coloniales ne sont pas satisfaites.
Ces accords, qui révèlent toute la complexité des relations franco-britanniques, ne font cependant l’unanimité ni parmi les Français, ni parmi les Britanniques. Les Français relèvent en particulier les avantages considérables qu’en retire la Grande-Bretagne sur la Palestine, lui permettant notamment de sécuriser la route des Indes. Pour les Britanniques, les accords placent la France dans une position d’intruse: une Syrie française isolant en effet l’Egypte de la Mésopotamie, au lieu de créer un territoire commun sous influence britannique. Pour la France, les négociations portent sur la Syrie naturelle, territoire s’étendant de la Cilicie au Sinaï et du littoral méditerranéen à Mossoul. Sykes, de son côté et comme promis à Hussein de La Mecque, estime que la zone française ne peut s’étendre que sur la Syrie du nord, car les villes de Damas, Homs, Hama et Alep sont réservées à Hussein et la Palestine à la Grande-Bretagne. La suite des événements le révèle encore mieux…
Fayçal ben Hussein el-Hachimi Eljai, fils de Hussein ben Ali, chérif de La Mecque et roi du Hedjaz, fut le roi d’Irak, Fayçal 1er d’Irak, de 1921 à 1933, après avoir été roi de Syrie, du 7 mars au 27 juillet 1920. C’est lui qui mène la grande révolte arabe contre les forces ottomanes, conduisant l’armée du nord composée de quarante mille hommes. Il explique: «Le but des mouvements nationalistes arabes (…) est d’unir finalement les Arabes en une seule nation (…). Nous croyons que notre idéal d’unité arabe en Asie est justifié sans avoir besoin d’argument».
Le 7 mars 1920, le Congrès national syrien (en) vote l’indépendance de la Syrie et son unité intégrale avec la Palestine et la Transjordanie et proclame l’émir Fayçal ben Hussein «roi constitutionnel» du Royaume arabe de Syrie sous le nom de Fayçal 1er.
Le 25 avril 1920, la Syrie est placée sous mandat français par le Traité de San Remo. Cédant à l’ultimatum du haut-commissaire, le général Gouraud , ses partisans étant écrasés par les troupes françaises à la bataille de Khan Mayssaloun, le 24 juillet 1920, le roi Fayçal est contraint à l’exil. Les Britanniques le placent alors sur le trône d’Irak en 1921, durant la période du Mandat britannique de Mésopotamie. Il mène le pays sur le chemin de l’indépendance, obtenant en 1932 l’autonomie pleine et entière du Royaume d’Irak et son adhésion à la Société des Nations.
Le 4 février 1958, le roi Fayçal II d’Irak et son cousin, le roi Hussein, voulurent, eux, réunir les deux royaumes hachémites de Jordanie et d’Irak en un seul État. Ceci conduisit à la création de la Fédération arabe d’Irak et de Jordanie, dont le roi Fayçal II devint le dirigeant. La Fédération fut dissoute le 21 août 1958, après seulement cinq mois d’existence, quand l’Irak s’en est retiré après le coup d’Etat qui a mis fin à la monarchie.
La République arabe unie, de son côté, est un Etat créé en 1958 par l’union de l’Égypte et de la Syrie, puis, pendant une courte période, du Yémen. Elle a disparu en 1961, mais l’Égypte continua d’être appelée sous ce nom officiel jusqu’en 1971.
Le monde arabe rêve toujours de son unité volée… Mais le djihadisme, bien sûr, n’a rien à voir avec les monarchies ou le nassérisme.

Patrice Zehr

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Le Front Al Nosra se soumet


Le Front al-Nosra «a prêté allégeance à l’EIIL», permettant à ce dernier de contrôler les deux côtés de la frontière, avec la prise d’Al-Qaïm, la ville voisine irakienne, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).
L’EIIL, qui avance dans l’ouest irakien, progresse aussi dans cette province syrienne frontalière de l’Irak, a expliqué l’OSDH qui s’appuie sur un vaste réseau de militants et de sources médicales en Syrie.
Cette soumission montre à quel point l’offensive de l’EIIL en Irak a déstabilisé les rebelles et le Front al-Nosra dans l’est de la Syrie où ils combattaient tant le régime de Bachar Al-Assad que leurs anciens alliés ultra-radicaux.
Issus tous des deux d’Al-Qaïda en Irak, l’EIIL et le Front al-Nosra sont désormais rivaux en Syrie. Depuis janvier, les affrontements entre, d’une part, l’EIIL et d’autre part, Al-Nosra et des rebelles «modérés» excédés par les exactions et les volontés hégémoniques de l’EIIL, ont fait 6.000 morts, selon l’OSDH. En avril, une attaque de l’EIIL sur Boukamal, repoussée par le Front al-Nosra et des rebelles islamistes, avait fait une centaine de morts.
«Ils sont rivaux, mais ce sont tous les deux des jihadistes et des extrémistes. Cette allégeance créera des tensions avec les autres groupes rebelles, y compris les islamistes», a précisé le directeur de l’OSDH, Rami Abdel Rahmane.

PZ

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