mardi 22 août 2017

Daech : Les leçons du revirement turc

Ahmet davutoglu premier ministre turc

Tous les pays arabo-musulmans se doivent de réfléchir à la leçon turque. Ce pays, pour diverses raisons, a cru devoir ménager le «prétendu califat». Ankara est maintenant obligé de faire vraiment la guerre.

En effet, le terrorisme a frappé sur son territoire, mettant gravement en cause sa souveraineté nationale et sa réputation sécuritaire. Il ne sert à rien de temporiser pour de bonnes ou de mauvaises raisons avec Daech -la preuve par la Turquie-.
La Turquie estimait que Daech allait lui permettre de se débarrasser du gouvernement de Damas. Elle redoute également, plus que tout, la naissance en Syrie ou ailleurs d’une entité territoriale autonome kurde. Située en première ligne du conflit syrien, incapable de contrôler ses quelque 900 kilomètres de frontière avec la Syrie, la Turquie craignait de se mettre mal avec l’organisation radicale sunnite, négociant habilement, en septembre 2014, la libération des otages du consulat de Mossoul contre la libération de nombreux djihadistes emprisonnés dans les geôles turques. La fin obligée du double ou triple jeu turc est un tournant qui sera peut-être fatal à l’organisation terroriste déjà aux prises avec l’Iran, maintenant plus libre de ses mouvements depuis l’accord international sur le nucléaire.

La Turquie a finalement autorisé, jeudi 23 juillet, l’armée américaine à utiliser ses bases aériennes situées à proximité de la frontière syrienne pour mener des frappes contre les positions de l’organisation Etat islamique (EI) en Syrie. Officialisé au lendemain d’une conversation téléphonique entre Barack Obama et son homologue turc Recep Tayyip Erdogan, après l’attentat de Suruç (32 morts, attribué à l’EI), l’accord prévoit l’utilisation des bases d’Incirlik et de Diyarbakir par les Américains et la participation des Turcs aux bombardements en territoire syrien. Les détails de l’accord américano-turc n’ont pas été révélés. La création d’une zone de sécurité a-t-elle été évoquée? Laura Seal, porte-parole du Pentagone, a confirmé, jeudi 23 juillet, que Washington et Ankara avaient «décidé d’intensifier davantage la coopération contre l’EI». Pour le reste, les responsables américains ont dit qu’ils préféraient laisser la Turquie s’exprimer sur le sujet.
Les turcs ont donné quelques précisions.
«L’opération menée contre l’EI a rempli son objectif et ne s’arrêtera pas», a affirmé devant la presse le Premier ministre, Ahmet Davutoglu. «Le moindre mouvement menaçant pour la Turquie entraînera la plus sévère des réactions», a insisté le chef du gouvernement islamo-conservateur. «Nous prendrons toutes les mesures nécessaires pour protéger nos frontières».
Comme l’a rappelé M. Davutoglu, ce raid aérien a été ordonné en représailles à l’attaque menée le 23 juillet par un groupe de combattants djihadistes contre un poste avancé de l’armée turque près de Kilis. Un sous-officer turc a été tué et deux autres soldats blessés. Des chars turcs avaient immédiatement riposté en ouvrant le feu contre des cibles de l’EI, tuant un de ses hommes et endommageant trois de ses véhicules.
La Turquie a changé son logiciel régional.
L’ennemi principal n’est plus le régime syrien et si la menace kurde reste d’actualité, le vrai grand danger immédiat a enfin été identifié et nommé. Ce tournant de l’été peut être capital. Il a été imposé par la réalité sur le terrain. Le terrorisme sans frontières des fanatiques de Daech menace la civilisation arabo-musulmane dans son identité intemporelle et dans ses choix de société. Le progrès dans le respect de la tradition ne peut négocier, ni accepter l’obscurantisme.
Il n’y a qu’une façon de se comporter avec Daech: la Turquie à son tour a été obligée de l’admettre, rattrapée sur son sol et dans sa chair par des ambiguïtés, non sans motivations devenues au regard des faits et de la réalité indéfendables.

Patrice Zehr

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