jeudi 20 juin 2019

Algérie : La chasse aux sorcières se poursuit

Ahmed Ouyahia à son arrivée au tribunal de Sidi M’hamed, au centre d’Alger

Depuis la démission de Abdelaziz Bouteflika, le 2 avril 2019, la justice algérienne a ouvert une série d’enquêtes sur des affaires de corruption et de transferts illicites de capitaux, impliquant des hommes d’affaires et des personnalités influentes du pays.

Dans ce cadre, l’ancien patron du Forum des chefs d’entreprises, Ali Haddad, avait été écroué le 3 avril 2019. Son arrestation était survenue quelques jours seulement après son interception à un poste-frontière avec la Tunisie. Après l’avoir soumis à une fouille minutieuse, la police algérienne des frontières a trouvé en sa possession des devises étrangères, en plus de deux passeports non déclarés.

Les têtes continuent de tomber

La chasse aux sorcières déclenchée en Algérie, sur ordres du chef d’état-major et nouvel homme fort du pays, Ahmed Gaïd Salah, ne s’est pas limitée au seul Haddad. D’autres figures influentes sous le régime de Abdelaziz Bouteflika ont été, à leur tour, inquiétées par la justice. Ainsi, le PDG du groupe Cevital, Issad Rebrab, classé homme le plus riche d’Algérie, a été placé en détention préventive le 24 avril 2019. Les faits qui lui sont reprochés se rapportent à de «fausses déclarations en matière de transferts de capitaux et d’importations». D’autres hommes d’affaires appartenant à des familles influentes en Algérie ont été mouillés dans des affaires d’abus de pouvoir à des fins économiques personnelles.

Tour à tour, les frères Kouninef et le gouverneur de la Banque centrale algérienne et ministre des Finances, Mohamed Loukal, ont été entendus le 24 avril 2019, pour leur implication présumée dans des affaires de dilapidation de fonds publics, de corruption, de détournement de foncier et de trafic d’influence. La justice algérienne a, en outre, annoncé son intention d’enquêter sur l’ex-ministre de l’Energie, Chakib Khelil, dans le cadre d’une affaire de corruption. Signalons enfin qu’Ahmed Ouyahia, quatre fois Premier ministre depuis 1995 (dont trois fois sous la présidence de Abdelaziz Bouteflika), a, lui aussi, été entendu par la justice dans des dossiers de «dilapidation de fonds publics».

Dans une note publiée le vendredi 26 avril 2019, le centre de réflexion international, «Crisis Group», a estimé que l’actuelle campagne anticorruption en Algérie est un moyen pour le régime d’essayer de diviser le mouvement de contestation, tout en réglant des comptes internes. Les manifestants, qui continuent d’investir les rues d’Alger, entre autres villes du pays, exigent le départ de l’ensemble des symboles du pouvoir en place.

Pour les protestataires, il n’y a plus de demi-mesures qui tiennent. Mardi 30 avril 2019, des milliers d’étudiants ont encore défilé dans le centre d’Alger, devant la Grande Poste, pour réclamer un changement profond au sein du pouvoir. Le même jour, le chef d’état-major de l’armée algérienne, Ahmed Gaïd Salah, s’est à nouveau exprimé depuis Constantine, au nord-est du pays. Il a affirmé qu’il comptait «lutter contre la corruption», «respecter la Constitution» et «organiser des élections dans les plus brefs délais». Les spécialistes des questions algériennes estiment que le chef de l’armée, devenu le véritable homme fort du pays après la démission de Abdelaziz Bouteflika, prouve de jour en jour qu’il s’est définitivement rangé contre la volonté du peuple assoiffé de démocratie.

Mohcine Lourhzal

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