dimanche 23 juillet 2017

Afghanistan : L’enjeu des retours à Tora Bora

Alors que les talibans marquent des points en Afghanistan, Daech a pris le contrôle de la dernière forteresse de Ben Laden.

Les islamistes  radicaux se font la guerre et le pouvoir de Kaboul, soutenu par les Américains et leurs alliés, paraît débordé et perd du terrain. Trump a donné un feu vert à ses militaires pour décider de renforts.

Le groupe armé Etat islamique (EI) a en effet pris le contrôle de la forteresse de Tora Bora, dans l’est de l’Afghanistan, là où Oussama Ben Laden s’était retranché pour échapper aux Américains, après l’attaque du 11 septembre 2001 contre les Etats-Unis. Le leader d’Al-Qaïda s’était caché dans ce réseau de grottes qui avait été le théâtre d’affrontements et de bombardements intenses, en décembre 2001, jusqu’à ce que Ben Laden gagne les zones tribales pour se réfugier au Pakistan.

«La zone de Tora Bora, dans le district de Pachir Agam, est tombée aux mains des combattants de Daech», a indiqué le porte-parole du gouverneur provincial du Nangarhar, Ataullah Khogyani, à l’AFP. Un porte-parole des talibans a confirmé à l’AFP qu’ils avaient perdu le secteur de Tora Bora aux mains de l’EI. «Nous avons essayé de résister, mais nous avons échoué et sept de nos moudjahidines sont tombés en martyrs lors des combats», a poursuivi Zabihullah Mujahid. Située à la frontière du Pakistan, la province du Nangarhar abrite de nombreux insurgés talibans, mais elle est également devenue la porte d’entrée du groupe armé Etat islamique (EI) pour l’Afghanistan.

Tora Bora est situé à quelques dizaines de kilomètres de leur principale base dans l’est de l’Afghanistan, où les forces américaines soutiennent poursuivre l’EI, sans relâche, depuis l’été 2016. C’est dans cette région, à Achin, que l’armée américaine avait largué la plus puissante bombe conventionnelle de l’arsenal américain, qui était utilisée pour la toute première fois depuis sa conception, pour détruire un réseau de grottes de tunnels utilisés par l’EI. La bombe avait tué 96 djihadistes de l’EI, selon un bilan officiel.

L’EI a aussi revendiqué une attaque à Kaboul, contre une mosquée, qui a tué trois civils et un policier et blessé huit personnes. Leurs rivaux talibans ont en revanche condamné l’attaque, un de leurs porte-parole affirmant qu’ils ne s’en prenaient pas aux lieux de culte. L’an dernier déjà, une vague d’attaques visant les chiites afghans ont ainsi été revendiquées par l’EI qui les considère comme apostats. La capitale afghane a subi une série d’attaques depuis le début du Ramadan, notamment un attentat dévastateur au camion piégé qui a frappé, le 31 mai, le quartier diplomatique de Kaboul, faisant plus de 150 morts.

Ce revers Taliban n’empêche pas des progrès des anciens maîtres du pays dans d’autres régions. Ils se sont illustrés notamment par un carnage dans une caserne qui a humilié l’armée régulière. Un officier afghan, à l’intérieur de la base attaquée, celle du 209ème Corps d’armée aux abords de Mazar-è-Charif, la capitale du nord, a rapporté un bilan de  «150 tués et des dizaines de blessés», au terme d’un assaut perpétré par dix assaillants lourdement armés pendant plus de cinq heures. Ce bilan ensuite confirmé, et au-delà, fait de cette attaque la plus meurtrière, conduite en Afghanistan contre des civils ou des militaires.

Les talibans frappent et progressent en Afghanistan, a averti  le secrétaire américain à la Défense, Jim Mattis, alors que l’administration Trump envisage un renforcement des effectifs militaires américains sur place. «Nous ne sommes pas en train de gagner. Nous allons corriger cela aussi vite que possible», a déclaré le chef du Pentagone devant le Congrès.

«Les talibans ont eu une bonne année, l’année dernière; ils essaient d’en avoir une autre cette année (…). En ce moment, je pense que l’ennemi progresse», a-t-il dit. L’administration Trump doit se prononcer sur un renforcement des effectifs militaires américains en Afghanistan, demandé par le chef des forces américaines et de l’Otan sur place, le général John Nicholson.

Les effectifs américains en Afghanistan sont actuellement d’environ 8.400 soldats, auxquels s’ajoutent quelque 5.000 militaires des alliés de l’Otan. Un renfort américain ferait repartir les effectifs à la hausse après des années de décrue.

Le ministre de la Défense a estimé que les militaires américains pourraient aider les forces afghanes à reprendre l’avantage s’ils étaient autorisés à plus se rapprocher des combats. Pour l’instant, le rôle des militaires américains est essentiellement un rôle de conseil.

Le président des Etats-Unis, Donald Trump, laisse à son ministre de la défense, Jim Mattis, le soin de trancher sur un éventuel renfort de soldats en Afghanistan, a rapporté, mardi 13 juin, un responsable américain. Il reviendra au chef du Pentagone de fixer le nombre total de militaires déployés dans le pays, a expliqué cette source, précisant qu’aucune décision concernant le niveau futur du contingent n’avait encore été prise.
Les chefs militaires américains dans la région réclament, depuis plusieurs mois, le renfort de plusieurs milliers de soldats de l’Otan. Selon les estimations circulant à Washington, les Etats-Unis pourraient décider d’envoyer de 3.000 à 5.000 hommes supplémentaires.

Patrice Zehr

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