lundi 18 décembre 2017

La finance islamique, passée au scanner

Conference finance islamique chambre britannique du commerce casa

La finance islamique ou participative est un vecteur important pour l’économie et un secteur de référence. Le Maroc adopte une démarche graduelle pour l’instaurer, malgré une expérience dans ce domaine qui date de 2004 (celle de Dar Safa d’Attijariwafa bank) et l’adoption par les banques de ce produit participatif.

La Chambre de commerce britannique au Maroc a organisé, jeudi 19 mai à Casablanca, une conférence-débat sous le thème «Finance islamique au Maroc: quel modèle stratégique et opérationnel pour un secteur financier intègre?». Le projet de loi bancaire, qui prévoit un chapitre sur la finance islamique, est actuellement dans le circuit législatif. Il a été récemment adopté par la commission des finances de la première Chambre du Parlement.
La finance islamique a pris beaucoup d’importance au Maroc, notamment par rapport aux enjeux des financements. Finance islamique ou finance participative, c’est un vecteur pour l’économie et un secteur de référence. Sa mise en place pourrait accroître l’assiette de l’épargne à l’intérieur du Maroc, ainsi que les investissements étrangers à destination du pays, selon le modérateur Aziz Saïdi.

«Le rôle de Bank Al-Mahgrib est de conduire la politique monétaire. Les banques sont donc supervisées par BAM. Celle-ci devait élaborer un texte du code réglementaire régissant ces banques islamiques dites participatives. En plus de la mise en place des mesures d’accompagnement pour le développement de ces banques, c’est la banque centrale qui octroie à celles-ci les agréments. BAM doit également veiller sur la conformité des produits participatifs et préparer les acteurs à les offrir au public», informe Lhssane Benhalima, directeur de la supervision bancaire de Bank Al-Mahgrib. Et d’ajouter: «Le Maroc a déjà une expérience dans ce domaine. En 2004, Attijariwafa bank a créé Dar Safa, la spécialiste de la finance islamique. Nous essayons depuis des années de former nos collaborateurs grâce aux accords avec des pays amis, comme le Bahreïn et d’autres. Nous avons veillé aussi à l’élaboration de trois produits et avons accordé la possibilité aux banques de produire ces produits participatifs. Nous adoptons donc une démarche graduelle. Après une multitude d’amendements de la part des députés, on s’achemine vers l’élaboration d’une loi islamique dédiée, c’est-à-dire tout un chapitre dédié dans la loi bancaire. Les équipes travaillent d’arrache-pied sur les textes de loi et ils sont très avancés. Ces lois ont un socle commun: la loi commune».
Selon Lhssane Benhalima, le chapitre relatif à la loi islamique comprend le Comité national, le principe de la chariaâ, le Conseil supérieur des oulémas, la définition des produits, l’octroi des agréments, les conditions requises, le capital, les fonds de garantie déposés dans une société ad hoc… Dès que ces textes seront prêts, ils seront communiqués. La finance islamique aura des banques dédiées. Les associations de micro-crédit proposeront également des produits participatifs. On n’est pas très avancé en matière de textes d’application.
«Une fois ces textes finalisés, nous allons les discuter avec le GPBM (Groupement professionnel des banques du Maroc)», informe le directeur de la supervision bancaire de Bank Al-Maghrib. Et d’ajouter que le Maroc est en train de se doter d’un code monétaire et financier avec l’appui de la Banque africaine de développement, dont l’objectif réside dans la simplification et la clarification du dispositif juridique régissant le secteur financier marocain. Il y a donc lieu de regrouper ces textes, au lieu de les éparpiller pour se retrouver dans un «labyrinthe» juridique.

La finance islamique pour financer les activités économiques

Abderrahmane Belbachir, partenaire d’Al Maali Islam Finance Consulting, a parlé dans un premier temps de l’innovation financière qui a connu une importante invention concernant les guichets automatiques, le commerce de la dette… Les acteurs doivent se coller aux besoins de l’économie car, ce qui prime, c’est de gagner un maximum d’argent. Aujourd’hui, les finances souffrent de virus spéculatifs, du système inflationniste et de l’opacité des transactions et les populations sont exclues du système financier, ce qui crée un creusement des inégalités, ainsi que la pauvreté, selon lui. «Afin de trouver des solutions à de telles situations, il fallait inventer le commerce équitable, la finance éthique, crowdfunding, shadow banking, etc. Durant 40 ans, il fallait penser à la création de la micro-finance moderne ou le financement des pauvres, puisque 200 millions de personnes de par le monde ont bénéficié du financement de leurs propres emplois. Et puis, c’est autour de la finance islamique ou le financement sans intérêt, tout en étant rentables. La finance islamique est proposée aussi pour financer les activités économiques».
Selon Belbachir, la finance islamique est une jeune industrie en plein essor qui a quarante ans d’âge. Elle a existé pour la première fois en Malaisie avec le Fonds Hadj. L’année 2000 a connu plusieurs innovations concernant plusieurs produits alternatifs et l’émission des «Sukuk». Cette finance connaît un taux de croissance annuel de 15%. Les actifs sociaux de cette finance sont de 1.300 milliards de dollars et ils dépasseront les 4.000 milliards, selon les pronostics des connaisseurs. La finance islamique, c’est aussi 250 banques dédiées et 636 fonds islamiques. «Les principes de cette finance islamique sont l’interdiction de l’intérêt, l’interdiction des spéculations financières et l’interdiction des activités non sociétales. La finance islamique repose aussi sur le principe de partage des pertes et des profits et sur le principe de tangibilité des actifs», explique-t-il. Et d’ajouter: «50% de la population est bancarisée. Cette finance islamique peut à ce niveau-là apporter un plus et contribuer à la stabilisation du système financier, surtout que ses principes sont l’équité, la transparence et la tangibilité des activités. Elle mobilise également l’argent de la ”Zakate”pour le développement économique. Il y a beaucoup de fonds islamiques qui ne demandent qu’à être investis. La finance islamique permet aussi le développement du secteur de la micro-finance et le financement du secteur agricole», affirme l’expert de la finance islamique. Abderrahmane Belbachir souligne par ailleurs que les enjeux de la finance islamique sont importants pour élargir l’offre des produits d’inclusion financière et renforcer la base Clients. Le Maroc est très positionné pour attirer les investissements étrangers, plus précisément les capitaux bancaires des investisseurs des pays islamiques, que ce soit ceux des pays du Golfe ou ceux d’Afrique.

Badia Dref

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