samedi 23 juin 2018
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Polémique : «Elevons un peu le niveau!»

L’élection du patron des patrons a connu, pour la première fois depuis de nombreuses années, une vraie course à la présidence. Mais celle-ci ne s’est cependant pas passée sans petits «coups de gueule», de critiques et de reproches…

En effet, Marrakchi, qui a sorti l’artillerie lourde, n’a raté aucune occasion, lors de sa campagne, pour lancer autant que possible des piques envers son concurrent Mezouar. Il est même allé jusqu’à dire qu’il  y a quelques années, «j’ai présenté une partie de ce programme à l’ancien ministre de l’Economie et des Finances. A l’époque, ce ministre s’appelait Salaheddine Mezouar. C’est amusant de voir que, des années plus tard, il vient avec un programme qui ressemble peu ou prou à ce que nous proposons ici et qui dit: ‘‘Dynamisons notre économie en faisant ce que je n’ai pas fait’’!».

Mezouar en rit et rétorque en appelant son concurrent «à se montrer plus mûr et à élever un peu le niveau de la compétition, par respect à cette prestigieuse institution qu’est la CGEM, qui connaît aujourd’hui un tournant décisif dans son histoire… Batailler pour réussir est tout à fait légitime, mais la manière «enfantine» n’est pas acceptable…». 

Soutenu par d’anciens présidents de la CGEM, en l’occurrence Hassan Chami et Abderrahim Lahjouji, le duo Marrakchi-Benhida se sentait trop à l’aise. En effet, au-delà du programme, pour Chami, cette présidentielle patronale s’est jouée entre «un candidat issu du milieu politique, qui était certes entrepreneur, mais qui a fait une autre carrière (…) et un candidat issu de l’entreprise et qui a bâti une entreprise par lui-même», autrement dit, un candidat qui connaît, mieux que personne, les rouages de l’entreprise et de la Confédération. Lahjouji renchérit qu’il est  «dangereux d’avoir une CGEM qui a des liens politiques avec un parti. Je le dis clairement, car de triste mémoire, en 1993, lorsque l’opération d’assainissement s’est abattue sur les entreprises et a jeté leurs leaders en prison de manière injuste. A ce moment-là, aucun parti politique n’a levé le doigt et il a fallu compter sur l’autonomie et l’indépendance de la CGEM»…

Le soutien des anciens présidents ne semblait cependant pas acquis du seul candidat Marrakchi. En effet, lors du meeting de Mezouar, deux autres ténors de la Confédération étaient présents auprès de nombreux  patrons, ce qui a fait dire à Mezouar qu’il s’agissait d’un  «message de confiance et d’encouragement». Ainsi, si le duo Marrakchi/Benhida était soutenu par Lahjouji et Chami, Mezouar avait également des soutiens parmi les anciens qu’il a d’ailleurs chaleureusement remerciés, «Je tiens à remercier le président de la CGEM Abderrahmane Bennani-Smires et un des piliers infatigables de la CGEM Ahmed Benkirane», avait-il dit. Et puis, comme pour brouiller les pistes de son concurrent, il a fait appel à ses dons de diplomatie, pour relever que  «Ssi Lahjouji qui est à Rabat et Ssi Chami qui a une contrainte m’ont chargé de vous transmettre leurs meilleures salutations et nous ont assurés de leur encouragement, pour continuer dans cette dynamique sympathique». C’est à se demander avec qui ces deux figures de proue sont-elles vraiment? Joli coup!

Sur cette question de l’appartenance politique, Marrakchi n’avait pas non plus caché son jeu. Il a bien souligné: «Je connais beaucoup de gens du RNI qui me soutiennent, des gens de l’Istiqlal peut-être. Des gens d’autres partis, je n’en sais rien. Ceux du RNI me le disent, justement parce qu’ils sont du RNI et que mon concurrent vient de ce parti. Je n’ai pas de conviction partisane, je suis libre, je représente et défends l’entreprise».

La réponse de Mezouar sur cette histoire d’appartenance politique était sans équivoque. Il a ainsi fait savoir qu’il était fier de son parcours. «Faire de la politique au niveau où je l’ai faite, il faut se lever de bonne heure. Il faut être capable de porter et de supporter, parce que la politique, c’est d’abord des coups et peu de reconnaissance. Mais c’est une grande école de la vie». Et d’ajouter: «J’ai déposé ma candidature à la CGEM qui a été acceptée et validée. Cela veut dire qu’il n’y a pas d’incompatibilité». «Ce qui me gêne dans tout cela, c’est la manière avec laquelle on a essayé d’utiliser cela dans le débat et d’amener les membres de la CGEM à avoir un débat politique au milieu d’un débat sur les programmes. Attention, je ne suis pas candidat d’un parti politique. Penser qu’un parti puisse faire une OPA sur la CGEM, c’est infantiliser la CGEM et manquer de respect vis-à-vis de l’intelligence collective». Quant à son aptitude à être patron des patrons, Mezouar a noté: «Déjà en 2004, Ahmed Benkirane me voyait président de la CGEM».

Quant à l’action proprement dite, Marrakchi a préconisé, compte tenu de l’existence de moyens, «de mettre en place des services d’intelligence économique et de les offrir à nos PME, de façon à ce que nous soyons plus efficients lorsque nous exportons». Il a estimé qu’aujourd’hui, «nous avons besoin de passer d’une situation où nous gérons la réaction à une situation où nous anticipons l’administration et nos partenaires publics. Nous ne pouvons pas nous laisser guider, nous devons nous-mêmes orienter, nous devons avoir des dossiers prêts. Anticiper, c’est notre métier de chefs d’entreprise ou sinon, on ne risquerait rien. Nous sommes habitués à le faire, c’est pour cela qu’il est important que le patron des patrons soit un vrai patron».

Mais Mezouar voyait autrement en estimant qu’il fallait «… remettre le secteur privé au cœur de l’équation du nouveau modèle de développement économique». Et d’argumenter: «L’argent est devenu tabou chez nous. Tout le monde a peur de dire qu’il gagne de l’argent. J’ai comme impression, des fois, en écoutant les brouhahas ici et là, que la vocation d’une entreprise est de perdre de l’argent. C’est grave ce qui se passe. Il faut avoir le courage de porter les vraies valeurs et ramener les gens au sens des réalités. L’entreprise privée porte dans ses gènes la nécessité de créer de la valeur, pour gagner de l’argent et continuer de prospérer».

H. Dades

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