lundi 11 décembre 2017

Les acteurs doivent prendre les devants…

Abdellah Toukouna

Entretien

Abdellah Toukouna, connu sous le pseudonyme «Ferkouss», est l’un des acteurs et comédiens les plus appréciés des Marocains. Il débute sa carrière à 15 ans et, depuis, le succès est au rendez-vous. En plus de sa qualité d’acteur, il réalise «Swingun» un film en amazigh (sorti en salle en 2010) et « Graine de grenade» en 2011.

Beaucoup d’acteurs ne sont pas venus à l’ouverture du Festival de Marrakech. Savez-vous pourquoi?

En tous cas, moi, j’y suis bien passé, Al Hamdouli’Allah. J’étais avec Amal Temmar et Omar El Azzouzi. Certains candidats passent, d’autres non. On ne peut pas se mettre dans la tête d’un acteur; il se peut qu’il ait du travail ou qu’il ne veuille pas venir.
Personnellement, j’ai aimé ce qu’a fait Daoud. Il est venu même s’il n’a pas été invité. Il a pris un badge et a regardé les films. Lui, le Festival l’intéresse.

Si on ne vous invitait pas, est-ce que vous viendriez quand même?

Si on ne m’appelait pas, je viendrais quand même car, ce qui m’importe, ce sont les films et ma présence. Je viendrais prendre le badge «visiteur» juste pour regarder des films. Ce n’est pas «hchouma». Nous les comédiens, ce qu’on gagne d’un festival pareil, ce sont les films et les rencontres. On rencontre des réalisateurs et d’autres acteurs.

Ne pensez-vous pas qu’il y a un décalage entre le cinéma marocain et l’étranger?

Au Maroc, on fait avec les moyens qu’on a. J’ai travaillé dans de nombreuses productions étrangères, par exemple avec Indiana Jones. J’ai gagné 45 millions (de centimes), un cachet que je n’ai jamais touché dans un film marocain. Et pourtant, je ne faisais ni le premier, ni le second rôle. J’étais seulement le chef d’un gang. Mais ce que j’ai fait dans ce film dépassait ce que j’ai l’habitude de faire dans des films marocains où j’ai le rôle principal. Le problème des jeunes, c’est qu’ils font vite la comparaison avec les Américains et les Européens. Ces derniers ont une industrie du cinéma, ils ont d’énormes moyens, alors que nous, nous venons de commencer. Il faut avancer pas à pas.
Quand Tom Cruise est venu récemment tourner au Maroc son film, il a reçu à lui seul 13 milliards et ils ont déboursé à peu près la même somme pour louer l’autoroute. Chez nous, le film le plus coûteux se fait à 1 milliard. C’est celui qu’a fait Lakhmari. En gros, il nous faut un peu de patience et de l’aide.

Que pensez-vous des salles qui ferment?

Si elles ferment, c’est qu’elles ne font pas rentrer assez d’argent. Et si elles ne rentrent pas assez d’argent, c’est que les gens ne vont pas voir les films.

Pourquoi?

Peut-être parce qu’ils trouvent tout à la maison, à la télé… On ne sait pas d’où vient la fuite.

Comment y remédier?

C’est à vous, aux journalistes, aux jeunes de faire aimer au public le cinéma marocain, le pousser à aller acheter des tickets et entrer regarder les films. Nous, avant, on avait une passion: il fallait qu’on aille voir au moins une pièce de théâtre par semaine. On allait voir 4 films par semaine! Mais je comprends que, par notre temps, c’est devenu difficile pour tout le monde. Il y a beaucoup de traites à payer, celles de la maison, de la voiture qui consomme, de l’école, etc. Et puis, certains ont des boulots difficiles, il faut le dire. Il y a des personnes qui n’ont du temps libre que le week-end, d’autres qui n’en ont pas du tout. Et pour ceux qui ne finissent leur boulot qu’à 21h, ils ne veulent rentrer chez eux que pour dormir.
En même temps, par exemple en Europe, ils arrivent à trouver un équilibre. Les couples sortent regarder un film pendant la semaine. Le samedi, ils vont au restaurant et le dimanche, ils le consacrent aux enfants qui, eux aussi, vont au cinéma. C’est obligatoire pour eux!

Sur quels projets avez-vous travaillé en 2014?

J’ai fait un film «Heb Remana» qui était en salles. J’ai fait «Lferrouj» qui sortira en février 2015 et j’ai fait un autre film avec Ahmed Boulane qui sortira cette année aussi. Et j’ai joué dans deux films pour la télévision… Je n’ai pas de problèmes pour faire 1 ou 2 films par an. Je voudrais juste être tranquille, je ne suis pas de ceux qui aiment trop travailler.

Pourtant, certains acteurs n’ont pas la chance d’être aussi constants que vous. Ils peuvent faire une bonne année et une autre non. Qu’est-ce qu’ils peuvent faire?

Dieu régit tout ça… Ils peuvent se joindre à une troupe de théâtre; ils peuvent faire du théâtre pour enfants. On a besoin de ça pour nos enfants! Et puis, des gens gagnent leur vie grâce à cela. Ils ne trouvent pas le temps de faire autre chose. Ils peuvent jouer des rôles à la télévision. Quand ils sont informés d’un projet, il faut qu’ils aillent à la rencontre des producteurs, etc. Il ne faut jamais attendre qu’on les appelle. Les acteurs doivent prendre les devants et «se» proposer.

C’est ce que vous faites? Vous vous proposez?

Oui, je le fais avec mes amis Ahmed Boulane, Daoud Oulad Siyed, Si Mohamed Tazi et Mohamed Ahd Bensouda. Ainsi, quand ils veulent faire quelque chose, ils pensent à moi. Je travaille avec ces 4 réalisateurs et ça me suffit.

Cela vous suffit-il vraiment?

Oui, amplement! Dans un film de cinéma, tu peux gagner par exemple 10 millions et dans un film pour la télé 3 millions. Donc, c’est suffisant. Et puis, il y a des à-côtés, des Prix, des séries-télé, des émissions… Il faut s’en réjouir et il faut bosser. J’ai ouvert un snack ici à Marrakech, tout près de la gare. Cela fait 3 mois et ça marche, Al Hamdouli’Allah. Je compte en ouvrir un autre à Casablanca aussi.

Un scoop pour nous?

Non, rien de particulier… Ferkouss n’a de secret pour personne, vous savez! À part que je mange du couscous tous les vendredis et que je suis quelqu’un de casanier (rires).

Avez-vous écrit récemment une pièce théâtrale ou un scénario?

Vous avez fini par me faire avouer! Je suis en cours de préparation d’un spectacle qui se nomme «Ach Waka’e?» (Que se passe-t-il?). Il y aura entre autres Fadila Benmoussa, Fatima Ahrich et un groupe de Dekka Marrakchia. En tout, 4 acteurs et 6 musiciens. En ce moment, nous faisons la réécriture du scénario en y ajoutant des notes d’humour. Ce sera pour le mois de mai et on se produira en France, en Belgique et en Hollande.

Propos recueillis par Yasmine Saih

Accroche :
Quand ils sont informés d’un projet, il faut qu’ils aillent à la rencontre des producteurs, etc. Il ne faut jamais attendre qu’on les appelle. Les acteurs doivent prendre les devants et «se» proposer.

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